Lettre de Saint Léonard juillet
PAROISSE ORTHODOXE
SAINT LEONARD
Eglise Orthodoxe de France
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Prier
Par Alexandre Jollien
M’a toujours surpris que chaque messe débute par la pénitence. Nous nous proclamons pauvres pécheurs. Aujourd’hui, ce constat réitéré me réjouit. Le sommet de l’égoïsme correspond à l’ignorance de notre propre réalité, à la croyance en notre pleine Puissance, à une infaillibilité que je laisse à quelqu’un qui habite Rome. Trêve de plaisanterie ! Se savoir pécheur, c’est s’ouvrir à plus grand que nous, à autre que nous. Hélas, la pénitence a souvent dégénéré en culpabilité. Maître Eckhart nous enseigne: « S’il (Dieu) le (le pécheur) trouve maintenant autrement disposé, il ne regarde pas ce que cet homme a été auparavant, car Dieu est le Dieu du présent. Tel il te trouve, tel il te prend et t’accueille, non pas ce que tu as été mais ce que tu es maintenant ». Il peut y avoir beaucoup de narcissisme dans le sentiment de culpabilité. Nous ne nous croyons pas dignes de l’estime de l’autre ou de celle de Dieu. Nous voulons mériter Dieu. C’est oublier qu’un Dieu d’amour ne se mérite pas, qu’il se donne gratuitement. Il ne s’agit pas de se complaire dans nos erreurs mais de prendre conscience qu’il y a une faille, une vulnérabilité en nous que nous ne saurions totalement extirper. La prière nous dégage des fausses images de Dieu, des idoles. Car souvent nous anthropomorphisons notre Seigneur. Saint Grégoire de Nazianze nous mettait en garde contre le danger qui menace celui qui interpose un signe visible entre Dieu et lui, fût-ce un crucifix, un tabernacle, une icône. Dieu est toujours plus grand que nous nous l’imaginons. Il est au-delà de nos représentations mentales. Il se révèle, il est sans cesse à découvrir. La prière est dépouillement.
Elle n’est pas un tour de magie, c’est une rencontre. A dix-huit heures trente-deux, après une journée de travail, nous nous recueillons en nous-mêmes et déplorons de n’y trouver personne. C’est oublier que la divine présence n’est pas corvéable à merci, elle n’accourt pas quand il nous chante. En outre, trop souvent nous considérons le silence comme une absence tandis qu’il est plénitude, paix. Le rapport à Dieu n’est pas Une activité annexe. Aux Indes, un ermite méditait au bord d’une rivière. Un homme lui rendit visite et lui dit qu’il voulait trouver Dieu. Le maître plongea la tête de l’inconnu dans le courant pour l’y maintenir une minute. Le sage lui demanda: « Lorsque tu étais sous l’eau que désirais-tu le plus ? ». « De l’air » rétorqua le garçon. L’ermite l’autorisa à revenir lorsque son besoin de Dieu serait aussi intense. L’histoire illustre bien le ferme désir qui doit habiter celui qui veut s’approcher de Dieu. Un saint grec du 4ème siècle avait tenté de répondre à l’appel de l’apôtre Paul qui exhortait à prier sans cesse. Il s’y efforça. Mais la tentation est grande d’en être distrait. Quand l’obscurité tomba, il sentit rôder autour de lui, le danger, le bruit des bêtes sauvages alors il s’écria, « Seigneur Jésus, aie pitié de moi ». Les fauves ne lui laissèrent guère de répit et Maxime passa la nuit en prière. Son exemple nous montre qu’il faut profiter de nos difficultés présentes pour descendre en nous afin d’y découvrir, dans le fond du fond, Dieu. Les mystiques chrétiens prennent l’allégorie de l’océan. En surface, la mer peut-être agitée et les vagues nombreuses. Si nous nous débattons, nous accroissons l’agitation alors qu’il convient de plonger pour rejoindre la paix, La sérénité est une question de profondeur.
Pour libérer cet espace où Dieu réside, il sied de se dépouiller, d’évacuer ce qui encombre notre intériorité. Il me plaît de passer des heures durant à l’église pour vider mon cœur, offrir, sans censure, la révolte, la peur, la colère à Dieu. Souvent, je m’y rendais pour m’enrichir, trouver quelque sérénité. Or, le chemin demande un acte de libération intérieure. Etre là, dans le silence, et laisser monter et partir ce qui nous effraie, ce qui nous fait honte, déposer cette matière au pied de la croix pour sortir de l’église un peu moins lourd et un peu plus libre. L’amour vrai commence à poindre. On réintègre le quotidien en compagnie d’un Dieu qui nous connaît et devant lequel nous nous sommes réellement mis à nu. Plus que jamais, je repense à cette phrase de la philosophe Simone Weil: « Ce n’est pas à la manière dont quelqu’un me parle de Dieu que je vois qu’il a été brûlé à l’amour divin, mais à la façon dont il me parle des choses terrestres ».
Philosophe et écrivain
Salut Alexandre !
Je connaissais Alexandre Jollien de nom et de réputation. Pas grand mérite à cela. Tout le monde connaît Alexandre Jollien. Parce que Alexandre est un cas.
Un accident de naissance, une faiblesse dont il tire une incroyable force. Un parcours qui débute dans un établissement spécialisé pour IMC (infirmes moteurs cérébraux), puis des études de philosophie, de grec ancien. Enfin, une vie consacrée à la philosophie et à l’écriture. Le prix Mottart de l’Académie Française de soutien à la création littéraire pour « Eloge de la faiblesse », le prix Montyon de littérature et de philosophie.
Parcours remarquable dirons certains qui réduiront Jollien à un handicapé qui a réussi. Alors qu’Alexandre, lui, tire précisément sa force de sa faiblesse et sa liberté d’un corps déficient. Un pied de nez aux canons et certitudes de la réussite selon le monde.
Non pas théoricien du bonheur, mais philosophe de la joie, Alexandre se meut comme un poisson dans l’eau dans le quotidien et l’utile tout de suite, ici et maintenant. Ainsi rend-il, par une pédagogie et un langage d’aujourd’hui, des concepts philosophiques difficiles accessibles à tous.
En conclusion: Lisez les livres d’Alexandre Jollien qui sont autant de respirations profondes qui permettent de mieux affronter les vicissitudes de la vie.
« le métier d’homme »
« La construction de soi »
Bonne lecture et bonnes vacances.
Jeûne, aumône et prière
Germain, évêque de Saint-Denis
1. Le jeûne, nous l’avons vu, est la particularité du corps, son labeur, non une obligation.
L’aumône, qui est une forme de charité, est une discipline et une vertu de l’âme, sa nourriture: par la charité l’âme s’engraisse.
La prière est une discipline et une attention de l’esprit envers le Seigneur et en même temps, une nourriture de l’esprit.
Vous remarquerez que cette triade restaure la triade anthropologique traditionnelle corps-âme-esprit.
2. Le corps humain est très individuel, par rapport à l’âme et à l’esprit, il est même ce qui est le plus individuel. Nous ne pouvons pas nous prêter nos corps réciproquement, et les greffes sont très souvent rejetées. Le jeûne Est donc un acte très individualisé, il se fait dans le corps, c’est un acte envers soi-même.
Vient ensuite l’âme, qui est moins individuelle que le corps, il y a des lignées et des groupes psychiques, on partage des goûts psychiques, des éthiques, des esthétiques. L’âme est l’instrument le plus puissant des relations entre les hommes. Son activité propre est la charité et l’aumône qui s’adressent au groupe, à la communauté, au prochain.
Enfin vient l’esprit: si l’on creuse profondément il apparaît « universel ». Nous le partageons tous, c’est-à-dire que nous l’avons « en commun ». La prière est l’activité de l’esprit de l’homme vers Dieu. La prière restaure son être entier.
Avec ces trois, le jeûne envers soi-même, l’aumône envers le prochain et la prière envers Dieu, l’Homme restaure son être entier.
3. Le corporel exprime le spirituel (et le théologique) mieux que le psychique: par exemple, les paraboles, comme toute la Bible, sont physiques.
Il s’ensuit que le jeûne-abstinence, acte corporel, entraîne très normalement et très naturellement un acte spirituel. Ceci n’est pas forcément vrai pour un acte psychique (par exemple un sentiment), qui peut n’avoir de liaison réelle ni avec le physique ni avec le spirituel. Ainsi, ne pas manger, jeûner, c’est se nourrir de Dieu, se coordonner avec le Verbe et respirer l’Esprit Saint.
Le jeûneur chrétien, qui ne mange pas, se nourrit mystiquement de la prière et ascétiquement soigne son âme par l’aumône: selon l’antique coutume, il donne aux pauvres l’argent qu’ il économise en jeûnant, c’est-à-dire, qu’il donne ensuite aux autres, car il n’est pas seul, il rend ainsi son âme plus vivante. Ne commencez pas par l’âme (l’aumône) mais par la prière et le jeûne.
D’où cette définition: le jeûneur se nourrit de Dieu pour nourrit les autres; par la tension vers Dieu, le jeûneur retrouve le prochain, par l’amour de Dieu il peut aimer le prochain.
4. Mais prêtons attention aux nuances qui rendent inséparables le jeûne, l’aumône et la prière.
a. Jeûner est bien, mais:
- Le jeûne sans prière risque, en brisant la triade, d’entraîner la suffisance ou l’orgueil, comme chez le pharisien.
Exemples de jeûnes sans prière: grève de la faim, perdre du poids pour la santé, élément esthétique, loi morale ou religieuse. Ce type de jeûne a cependant son efficacité: la grève de la faim anime la société, ce qui montre le lien réel entre le corps et l’âme (de même celui qui se brûle en place publique émeut l’opinion publique).
- Le jeûne sans aumône ou charité a pour piège l’égoïsme ou l’avarice.
B. L’aumône, qui procède de l’âme, est bonne mais:
- L’aumône sans la prière est comme l’âme sans l’esprit: comme chez le pharisien, elle entraîne la vanité, la suffisance et quelque fois la domination. Cependant, l’aumône sans prière trouve son efficacité, elle est quasi nécessaire, elle aère l’âme des riches.
- L’aumône sans le jeûne, telle l’âme sans le corps ou l’opprimant, a pour piège le moralisme, la facilité, la distribution sociale.
c. La prière, tension et nourriture de l’esprit, est bonne mais:
- La prière sans jeûne, comme l’esprit sans corps, risque l’angélisme et l’illusion: Le Christ pratique le jeûne et expérimente la faim. Satan, par contre, dit: « Vous êtres ascètes, vous jeûnez ? Moi aussi, mais je n’ai pas faim ! »
- La prière sans aumône, tel l’esprit sans âme, risque la dureté, la sécheresse et la froideur du cœur, l’injustice.
5. Notre triade anthropologique, corps-âme-esprit, se reflète entièrement dans le jeûne, détermine les trois aspects du jeûne corporel:
- Ascétique: ce jeûne est pour le corps , il est individualisé, dépend de soi-même. Quelqu’un devra jeûner ascétiquement, un autre pas du tout. Il n’y a pas de conseils généraux à donner: regardez-vous vous-mêmes.
- Psychique: ce jeûne est pour l’âme, il est social, il est fait davantage pour autrui que pour soi, il dépend du prochain (exemple: grève de la faim).
- Mystique: ce jeûne est pour l’esprit et il dépend de Dieu, comme le jeûne du Vendredi et du Samedi saints: « Voici, des jours viendront ou l’Époux leur sera enlevé, alors ils jeûneront » (Matthieu 9:15)
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02 Juillet 2009 à 11:46 dans
- Général

