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Paroisse orthodoxe St Léonard

Jean Chrysostome: Homélies sur les Actes des Apôtres

Saint Jean Chrysostome
Homélies sur les Actes des Apôtres

.HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES.
Tome VIII 557-595

 HOMÉLIES SUR LES ACTES DES APOTRES. *

HOMÉLIE XL. PAUL, APRÈS ÊTRE DEMEURÉ UN GRAND NOMBRE DE JOURS AVEC LES FRÈRES, LEUR FIT SES ADIEUX, ET NAVIGUA POUR LA SYRIE. IL ÉTAIT ACCOMPAGNÉ PAR PRISCILLE ET AQUILA, S'ÉTANT FAIT COUPER LES CHEVEUX A CENCHRÉE, CAR IL AVAIT FAIT UN VOEU. (CHAP. XVIII, VERS. 8, JUSQU'AU VERS. 8 DU CHAP. XIX.) *

HOMÉLIE XLI. PAUL ENTRA DANS LA SYNAGOGUE, ET, PENDANT TROIS MOIS, IL Y PARLA AVEC LIBERTÉ, DISCOURANT SUR LE ROYAUME DE DIEU, ET PERSUADANT LES JUIFS. (CHAP. XIX, VERS. 8, JUSQU'AU VERS. 20.) *

HOMÉLIE XLII. APRÈS CES CHOSES, PAUL, PAR L'INSPIRATION DU SAINT-ESPRIT, RÉSOLUT D'ALLER A JÉRUSALEM ; EN PASSANT PAR L'ACHAÏE ET LA MACÉDOINE, IL DISAIT : " LORSQUE J'AURAI ÉTÉ LA IL FAUT QUE JE VOIE ROME". AYANT DONC ENVOYÉ EN MACÉDOINE DEUX D'ENTRE CEUX QUI LE SERVAIENT, TIMOTHÉE ET ÉRASTE: IL PASSA LUI-MÊME UN CERTAIN TEMPS EN ASIE. IL ARRIVA QUE PENDANT CE TEMPS IL Y EUT UN GRAND TROUBLE TOUCHANT LA VIE DU SEIGNEUR. (CHAP. XIX, VERS. 21-23, JUSQU'À LA FIN DU CHAPITRE.) *

HOMÉLIE XLIII. LE TUMULTE APAISÉ, PAUL CONVOQUA LES DISCIPLES, ET LES AYANT SALUÉS, IL PARTIT POUR *

ALLER EN MACÉDOINE. (CHAP. XX, VERS. 1, JUSQU'AU VERS. 16.) *

HOMÉLIE XLIV. ÉTANT A MILET, PAUL ENVOYA A ÉPHÉSE ET CONVOQUA LES PRÊTRES DE CETTE ÉGLISE. LORSQU'ILS FURENT VENUS PRÉS DE LUI, IL LEUR DIT : " VOUS SAVEZ QUE DEPUIS LE PREMIER JOUR OU JE SUIS ENTRÉ EN ASIE, JE SUIS DEMEURÉ AVEC VOUS PENDANT TOUT LE TEMPS, SERVANT LE SEIGNEUR AVEC VOUS EN TOUTE HUMILITÉ, AVEC BEAUCOUP DE LARMES, ET AU MILIEU DE BEAUCOUP D'ÉPREUVES QUI NE SONT ARRIVÉES PAR LES EMBUCHES DES JUIFS; QUE JE N'AI RIEN NÉGLIGÉ DE CE QUI ÉTAIT NÉCESSAIRE POUR VOUS ANNONCER LA PAROLE ET VOUS INSTRUIRE EN PUBLIC ET EN PARTICULIER, PRÊCHANT AUX JUIFS ET AUX GENTILS LA PÉNITENCE ENVERS DIEU, ET LA FOI ENVERS NOTRE- *

SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST ". (CHAP. XX, 17-21, JUSQU'AU VERS. 31.) *

HOMÉLIE XLV. ET MAINTENANT, MES FRÈRES, JE VOUS RECOMMANDE A DIEU, ET AU VERRE DE SA GRACE, A CELUI QUI PEUT ACHEVER L'ÉDIFICE, ET VOUS DONNER LE DROIT D'HÉRITAGE PARMI TOUS LES SAINTS. (CHAP. XX, VERS. 32, JUSQU'AU VERS. 18 DU CHAP. XXI.) *

HOMÉLIE XLVI. LE JOUR SUIVANT PAUL ENTRAIT AVEC NOUS CHEZ JACQUES; TOUS LES PRÊTRES ÉTAIENT PRÉSENTS. LORSQU'IL LES EUT SALUÉS, IL LEUR RACONTA UNE A UNE LES CHOSES QUE DIEU AVAIT FAITES PARMI LES NATIONS PAR SON MINISTÈRE. (CHAP. XXI, 18, 19, JUSQU'AU VERSET 16. DU CHAP. XXII.) *

HOMÉLIE XLVII. PAUL DIT : " JE SUIS JUIF, NATIF DE TARSE EN CILICIE, CITOYEN DE CETTE VILLE. JE VOUS EN PRIE, PERMETTEZ-MOI DE PARLER *

AU PEUPLE ". LE TRIBUN LE LUI AYANT PERMIS, PAUL, SE TENANT DEBOUT SUR LES DEGRÉS, FIT SIGNE DE LA MAIN AU PEUPLE. UN GRAND SILENCE S'ÉTANT FAIT, IL PARLA EN HÉBREU, DISANT... (CHAP. XXI, VERS. 39 ET 40, JUSQU'AU VERS. 16 DU CHAP. XXII.) *

HOMÉLIE XLVIII. ÉTANT REVENU A JÉRUSALEM, PENDANT QUE JE PRIAIS DANS LE TEMPLE, IL ARRIVA QUE J'EUS UNE EXTASE, ET JE VIS JÉSUS QUI ME DISAIT: " HATE-TOI, SORS PROMPTEMENT DE JÉRUSALEM, CAR ILS NE RECEVRONT PAS TON TÉMOIGNAGE SUR MOI ", ET JE DIS : " SEIGNEUR, ILS SAVENT EUX-MÊMES QUE C'ÉTAIT MOI QUI METTAIS EN PRISON ET QUI FAISAIS FOUETTER DANS LES SYNAGOGUES CEUX QUI CROYAIENT EN VOUS, ET QUE, LORSQU'ON RÉPANDAIT LE SANG D'ÉTIENNE, VOTRE TÉMOIN, J'ÉTAIS PRÉSENT, ET QUE J'ÉTAIS CONSENTANT A SA MORT, ET QUE JE GARDAIS LES VÊTEMENTS DE CEUX QUI LE *

METTAIENT A MORT. " (CHAP. XXII, 17-20.) *

HOMÉLIE XLIX. OR, PAUL SACHANT QU'UNE PARTIE DE CEUX QUI ÉTAIENT LA ÉTAIENT SADUCÉENS, ET L'AUTRE PHARISIENS, IL S'ÉCRIA DANS L'ASSEMBLÉE : " MES FRÈRES, JE SUIS PHARISIEN ET FILS DE PHARISIEN; ET C'EST A CAUSE DE L'ESPÉRANCE D'UNE AUTRE VIE ET *

DE LA RÉSURRECTION QUE L'ON VEUT ME CONDAMNER ". PAUL AYANT PARLÉ DE LA SORTE, IL S'ÉLEVA UNE CONTESTATION ENTRE LES PHARISIENS ET LES SADUCÉENS , ET L'ASSEMBLÉE FUT DIVISÉE. CAR LES SADUCÉENS DISENT QU'IL N'Y A NI RÉSURRECTION, NI ANGE, NI ESPRIT; AU LIEU QUE LES PHARISIENS RECONNAISSENT L'UN ET L'AUTRE. (CHAP. XXIII, VERS. 6-8, JUSQU'AU VERS. 30.) *

HOMÉLIE L. LES SOLDATS DONC, POUR EXÉCUTER L'ORDRE QU'ILS AVAIÉNT REÇU, PRIRENT PAUL AVEC EUX, ET L'EMMENÈRENT LA NUIT A ANTIPATRIDE. ET LE LENDEMAIN, ILS S'EN RETOURNÈRENT A LA FORTERESSE, AYANT LAISSÉ LES CAVALIERS CONTINUER LEUR ROUTE AVEC LUI. CEUX-CI, ÉTANT ARRIVÉS A CÉSARÉE, RENDIRENT LA LETTRE AU PROCURATEUR, ET REMIRENT PAUL ENTRE SES MAINS. (CHAP. XXIII, VERS. 31-33, JUSQU'AU VERS. 21 DU CHAP. XXIV.) *

HOMÉLIE LI. OR FÉLIX, QUI CONNAISSAIT TRÈS-BIEN CETTE DOCTRINE, LES AJOURNA, DISANT : " LORSQUE LE TRIBUN LYSIAS SERA VENU, JE JUGERAI VOTRE AFFAIRE ". ET IL ORDONNA A UN CENTURION DE GARDER PAUL, MAIS EN LUI DONNANT PLUS DE LIBERTÉ, ET SANS EMPÊCHER QU'AUCUN DES SIENS LE SERVIT OU LE VISITAT. (CHAP. XXIV, 22-23, JUSQU'AU VERS. 22, DU CHAP. XXV.) *

HOMÉLIE LII. LE LENDEMAIN DONC, AGRIPPA ET, BÉRÉNICE VINRENT AVEC GRANDE POMPE, ET ETANT ENTRÉS DANS LA SALLE DES AUDIENCES AVEC LES TRIBUNS ET. LES PRINCIPAUX DE LA VILLE. PAUL FUT AMENÉ PAR LE COMMANDEMENT DE FESTUS. (CHAP. XIV, VERS. 23, JUSQU'AU VERS. 29 DU CHAP. XXVI.) . *

HOMÉLIE LIII. LE ROI, LE GOUVERNEUR, BÉRÉNICE, ET CEUX QUI ÉTAIENT ASSIS AVEC EUX, SE LEVÈRENT. ET S'ÉTANT RETIRÉS A PART, ILS PARLÉRENT ENSEMBLE ET DIRENT : " CET HOMME N'A RIEN FAIT QUI SOIT DIGNE DE LA MORT OU DE LA PRISON ". AGRIPPA DIT A FESTUS : " CET HOMME POUVAIT ÊTRE RENVOYÉ ABSOUS, S'IL N'EN EUT POINT APPELÉ A CÉSAR. " (CHAP. XXVI VERS. 30-32, JUSQU'À LA FIN DU CHAPITRE XXVII.) *

HOMÉLIE LIV. ET LES BARBARES NOUS TRAITÈRENT AVEC BEAUCOUP DE BONTÉ, CAR ILS NOUS REÇURENT TOUS CHEZ EUX ET ILS ALLUMÈRENT UN GRAND FEU A CAUSÉ DE LA PLUIE ET DU FROID QU'IL FAISAIT, ALORS PAUL AYANT RAMASSÉ QUELQUES SARMENTS, ET LES AYANT MIS AU FEU, UNE VIPÈRE, QUE LA CHALEUR EN FIT SORTIR, LE PRIT A LA MAIN. (CHAP. XXVIII, VERS. 1-3, JUSQU'AU VERS. 16.) *

HOMÉLIE LV. TROIS JOURS APRÈS, PAUL PRIA LES PRINCIPAUX D'ENTRE LES JUIFS DE LE VENIR TROUVER; ET QUAND ILS FURENT VENUS, IL LEUR DIT : " MES FRÈRES, QUOIQUE JE N'EUSSE RIEN COMMIS CONTRE LE PEUPLE, NI CONTRE LES COUTUMES DE NOS PÈRES, J'AI ÉTÉ FAIT PRISONNIER A JÉRUSALEM, ET MIS ENTRE LES MAINS DES ROMAINS QUI, M'AYANT EXAMINÉ, ME VOULAIENT METTRE EN LIBERTÉ, PARCE QU'ILS NE ME TROUVAIENT COUPABLE D'AUCUN CRIME QUI MÉRITAT LA. MORT. MAIS LES JUIFS S'Y OPPOSANT. J'AI ÉTÉ CONTRAINT D'APPELER A CÉSAR, SANS QUE J'AIE DESSEIN NÉANMOINS D'ACCUSER EN AUCUNE CHOSE CEUX DE MA NATION. C’EST POUR CE *

SUJET QUE JE VOUS AI PRIÉS DE VENIR ICI, AFIN DE VOUS VOIR ET DE VOUS PARLER ; CAR C'EST POUR L'ESPÉRANCE D'ISRAEL QUE JE SUIS LIÉ DE CETTE CHAÎNE ". (CHAP. XXVIII, VERS. 17-20; JUSQU'A LA FIN DU LIVRE DES ACTES.} *
 

 HOMÉLIE XL. PAUL, APRÈS ÊTRE DEMEURÉ UN GRAND NOMBRE DE JOURS AVEC LES FRÈRES, LEUR FIT SES ADIEUX, ET NAVIGUA POUR LA SYRIE. IL ÉTAIT ACCOMPAGNÉ PAR PRISCILLE ET AQUILA, S'ÉTANT FAIT COUPER LES CHEVEUX A CENCHRÉE, CAR IL AVAIT FAIT UN VOEU. (CHAP. XVIII, VERS. 8, JUSQU'AU VERS. 8 DU CHAP. XIX.)
Traduit par M. HOUSEL.

ANALYSE. 1 et 2. Priscille et Aquila ; leur zèle. — Ils complètent l'instruction d'Apollon. — Zèle de ce disciple. — Divers voyages de saint Paul. — Saint Paul à Ephèse. — Différence entre le baptême de Jean et celui du Christ.

3 et 4. Exhortation à la charité, obstacles qui s'opposent à ce que la charité commence à exister; comment se forme la charité; sa force, ses effets.

1. Voyez comme la loi mosaïque n'est plus observée, et comme la conscience est désormais la règle des âmes ! C'était une coutume juive de se tondre la tête par suite d'un voeu. Le sacrifice qui n'avait pas été fait après que Sosthène avait été frappé, devait s'accomplir. Il fallait que Paul s'éloignât; c'est pourquoi il se hâte. Prié par les Ephésiens de rester avec eux, Paul n'accède pas à leur désir. Pourquoi va-t-il de nouveau à Antioche ?En effet: " Il monta à Jérusalem, et ayant salué l'Eglise, il descendit vers Antioche ". Il avait pour cette ville une sorte d'affection humaine. En effet, c'est là que les disciples avaient été qualifiés du nom de chrétiens, et l'apôtre livré à la grâce de Dieu; là qu'il avait achevé son instruction. Il navigua donc vers la Syrie, et laissa les autres à Ephèse pour y instruire les fidèles. Pendant le long séjour qu'ils avaient fait avec lui, ils avaient appris bien des choses, mais n'avaient pas encore cependant abandonné les pratiques judaïques. Une femme fait la même oeuvre que les hommes , elle enseigne. le pense que ce qui l'empêchait d'aller en Asie, (199) c'est que des affaires plus pressantes l'appelaient en Syrie. Remarquez que; prié de rester à Ephèse, il ne se rend pas à la demande qu'on lui fait, parce qu'il était nécessaire qu'il s'en allât. Il ne les quitte pas cependant sans leur promettre de revenir; apprenez de quelle manière. " Paul " , disent les Actes, " vint à Ephèse, et les y laissa. Pour lui, il entra dans la synagogue et discuta avec les Juifs. Comme ils lui demandaient de rester plus longtemps avec eux, il n'acquiesça pas à leur demande; mais il leur fit ses adieux, et leur dit : Il faut que j'aille passer la fête qui arrive, à Jérusalem; ensuite , si Dieu le veut, je reviendrai vers vous. Et il s'éloigna d'Ephèse , et partit pour Césarée. Lorsqu'il fut monté à Jérusalem et qu'il eut salué l'Eglise, il descendit vers Antioche. Il y passa un certain temps, et , lorsqu'il en fut parti , il traversa la Galatie et la Phrygie, en confirmant tous les disciples dans la foi (19-23) ". Remarquez qu'il visite tous les lieux où il est allé auparavant. " Un Juif, nommé Apollon, Alexandrin de naissance, homme éloquent et instruit dans les Ecritures, vint à Ephèse ". Voici que les hommes érudits entreprennent de prêcher, et les disciples voyagent. Voyez-vous comment se propage la prédication ? " Cet homme était instruit dans la voie du Seigneur , il parlait plein du feu de l'Esprit-Saint et enseignait exactement les choses du Seigneur, quoiqu'il ne connût que le baptême de Jean. Il commença à parler hardiment dans la synagogue; mais Aquila et "Priscille l'ayant entendu, s'emparèrent de lui et lui enseignèrent d'une manière plus exacte la voie du Seigneur (23-26) ". Si cet homme ne connaissait que le baptême de Jean, comment était-il enflammé du feu de l’Esprit-Saint? L'Esprit-Saint, en effet, n'était pas donné ainsi. Si ceux qui vinrent après lui eurent besoin du baptême du Christ, comment cet homme n'en eût-il pas eu besoin ? Qu'y a-t-il donc à dire ? Ce n'est pas sans raison que l’écrivain a marqué ces deux choses. Il me semble que cet Apollon était l'un des cent-vingt disciples qui furent baptisés avec les apôtres (Act. I, 15) ; ou bien, s'il n'en est pas ainsi, ce qui arriva à Corneille advint aussi pour lui. Mais ne fut-il baptisé qu'après qu'Aquila et Priscille l'eurent instruit plus exactement? Il me paraît certain qu'il avait dû être baptisé, puisque les douze apôtres ne connurent rien parfaitement, pas même ce qui concernait Jésus avant le baptême. Il est donc vraisemblable qu'il avait été baptisé. Du reste, si ceux qui avaient reçu le baptême de Jean se faisaient baptiser de nouveau, il convenait que les disciples le fissent aussi. " Apollon voulant passer en Achaïe, les frères qui l'y avaient engagé écrivirent aux disciples, et les supplièrent de le recevoir. Lorsqu'il y fut allé, il fut très-utile à ceux qui avaient cru par la grâce de Dieu. Il convainquait les Juifs en public avec grande force, et démontrait d'après les Ecritures que Jésus était le Christ. Il advint que, pendant qu'Apollon était à Corinthe, Paul, après avoir parcouru les hautes provinces, vint à Ephèse. Ayant rencontré plusieurs disciples, il leur dit : " Avez-vous reçu le Saint-Esprit après avoir cru? Ils lui répondirent : Nous n'avons pas même ouï dire qu'il y ait un Saint-Esprit. Il leur dit donc : En qui donc avez-vous été baptisés? Ils lui répondirent: Nous avons été baptisés du baptême de Jean. Paul leur dit : Jean a donné le baptême de la pénitence en disant au peuple de croire en Celui qui viendrait après lui, c'est-à-dire, en Jésus-Christ. " Lorsqu'ils l'eurent entendu, ils furent baptisés au nom du Seigneur Jésus; et Paul leur ayant imposé les mains, le Saint-Esprit descendit sur eux; et ils parlaient diverses langues et prophétisaient. Et ils étaient environ douze hommes (27; XIX, 7) ". Ceux-ci, qui ne savaient même pas si l'Esprit-Saint existait, étaient bien éloignés d'Apollon. Ceux qui lui ont expliqué plus complètement la voie du Seigneur, le poussent en avant et lui donnent des lettres pour les frères. " Lorsqu'il y fut allé, il fut très-utile à ceux qui avaient cru, car il convainquait fortement les Juifs en public, et démontrait d'après les Ecritures que Jésus était le Christ ". Par là Apollon montre combien il était savant dans les Ecritures. Il fermait vigoureusement la bouche aux Juifs, (c'est le sens du mot convainquait). Il augmentait la confiance de ceux qui avaient cru, et les faisait demeurer fidèles à la foi. " Il advint ", disent les Actes, " que Paul, après avoir parcouru les hautes provinces, arriva à Ephèse ". Ces provinces sont auprès de Césarée et au delà. " Et ayant rencontré quelques disciples, il leur dit : Avez-vous reçu le Saint-Esprit après avoir été baptisés? " Que ces hommes crussent en Jésus-Christ, cela (200) est évident par cette parole : " Disant qu'ils croient en Celui qui doit venir après lui ". Il ne dit pas : Le baptême de Jean n'est rien, mais : Il est imparfait. Il ne dit pas cela sans raison, mais pour les instruire et leur persuader de se faire baptiser au nom de Jésus-Christ: ce qu'ils firent; et ils reçurent le Saint-Esprit par l'imposition des mains de Paul. " Paul leur ayant imposé les mains, le Saint-Esprit vint en eux ". De sorte que ceux à qui il imposait les mains recevaient le Saint-Esprit. Il est vraisemblable qu'ils avaient le Saint-Esprit, mais sans qu'il se manifestât d'abord; il se montra ensuite par son action en leur faisant parler diverses langues.

2. Mais reprenons ce qui a été lu précédemment. " Paul s'embarqua pour la Syrie, ayant avec lui Priscille et Aquila ", qu'il laissa à Ephèse lorsqu'il y fut parvenu. Il les laissa à Ephèse, ou bien parce qu'il ne voulut pas leur faire partager la fatigue de ses voyages, ou bien parce qu'il voulait qu'ils demeurassent à Ephèse pour -y enseigner. lis habitèrent ensuite Corinthe : on le voit par le témoignage si honorable que Paul leur rend. Il les salue aussi dans son épître aux Romains : j'en conclus qu'ils allèrent ensuite à Rome, comme pour revoir, cette ville qu'ils avaient quittée par l'ordre de Néron. " Et après être descendu vers Césarée, il monta à Jérusalem , et lorsqu'il eut salué l'Eglise , il alla à Antioche. Il y séjourna un certain temps, et en partit pour parcourir la Galatie et la Phrygie ". Il me semble que les fidèles s'étaient rassemblés là, car les apôtres ne se séparaient pas d'eux si promptement. Voyez comment il les presse. Il parcourt de nouveau ces contrées afin de fortifier les disciples par sa présence. " Un Juif, nommé Apollon ", disent les Actes, " savant dans les Ecritures, vint à Ephèse ". C'était un homme zélé, c'est pour cela qu'il voyageait. " Celui-ci étant venu en Achaïe convainquait avec force les Juifs en public ". C'est de lui que parle Paul lorsqu'il écrit : " Touchant notre frère Apollon ". (I Cor. XVI, 42.) Qu'il les confondît en public, cela montrait sa confiance ; qu'il le fît avec vigueur, cela prouve son talent ; par les saintes Ecritures , cela témoigne en faveur de sa science. La confiance ne peut rien par elle-même sans le talent de la parole, ni le talent de la parole sans la confiance. Ce n'est donc pas en vain que Paul laissa Aquila à Ephèse : l’Esprit-Saint en disposa ainsi à cause d'Apollon, pour que cet homme fût plus fort pour Corinthe. Et pourquoi donc les Juifs ne firent-ils rien contre cet homme et se révoltèrent-ils contre Paul? Ils savaient que Paul était le Coryphée, ou bien que son nom était célèbre. " Aquila et Priscille le prirent chez eux , et l'instruisirent plus exactement sur les voies de Dieu ". Voyez comme ils agissent avec foi , et non par envie et malveillance. Aquila était instruit, mais il était plutôt instruit lui-même. Comme ils avaient fait un long séjour avec Paul, ils avaient été assez instruits pour pouvoir enseigner les autres. " Comme il voulait passer en Achaïe , ceux qui l'exhortaient écrivirent aux disciples " de le recevoir. L'auteur explique la raison pour laquelle ils écrivent: c'est " afin qu'on le reçoive ".

Comment est-il prouvé que ces habitants d'Ephèse avaient reçu le baptême de Jean? De ce qu'à l'interrogation : " Au nom de qui avez-vous été baptisés? " ils répondent ; " Nous avons été baptisés du baptême de Jean". Peut-être étaient-ils allés à Jérusalem dans ce temps; ils étaient sortis vers Jean, et s'étaient fait baptiser; mais, bien que baptisés, ils ne connaissaient pas Jésus. Il ne leur dit pas Croyez-vous en Jésus? mais bien : " Avez-vous reçu le Saint-Esprit? " Il savait qu'ils ne l’avaient pas reçu : Paul veut qu'ils le disent, afin que, sachant ce qui leur manquait, ils le demandassent. " Et Paul leur ayant imposé les mains, l'Esprit-Saint vint sur eux, et ils parlaient diverses langues et prophétisaient". En vertu même du baptême, ils prophétisent. Le baptême de Jean n'avait pas ce privilège, et c'est pour cela qu'il était imparfait. Pour qu'ils soient dignes de ces grâces, Paul les prépare d'avance. C'est pour cela que Jean, lorsqu'il baptisait, voulait qu'on crût en celui qui viendrait après lui. Par là est démontré un grand dogme, à savoir : que ceux qui sont baptisés sont purifiés totalement de leurs péchés. En effet, s'ils n'étaient pas purifiés, ils ne recevraient pas le Saint-Esprit, et ne seraient pas aussitôt dignes de ces grâces. Remarquez que la grâce était double : grâce de parler diverses langues, grâce de prophétiser. C'est donc avec raison que Paul leur dit que le baptême de Jean fut un baptême de pénitence et non de pardon, pour les élever plus haut, et leur persuader que le baptême était dénué de ce don; car le pardon était l'effet du baptême donné en (201) second lieu. Comment ceux-qui reçurent le Saint-Esprit n'enseignaient-ils pas , tandis qu'Apollon qui ne l'avait pas encore reçu enseignait? Parce qu'ils n'étaient ni si fervents, ni si instruits, et que celui-ci était très-instruit et brûlant de zèle. Il me semble que cet homme avait une grande liberté de parole. Cependant s'il parlait exactement de Jésus, il avait besoin d'une instruction plus soignée. Ainsi, bien qu'il ne sût pas toute chose, il attirait l'Esprit-Saint par sa ferveur, comme il arriva à Cornélius. Beaucoup peut-être regrettent le baptême de Jean et voudraient qu'il fût encore donné; mais beaucoup négligeraient de mener une vie vertueuse, ou bien chacun s'imaginerait de rechercher la vertu à cause de ce baptême, et non à cause du royaume des cieux. D'ailleurs il y aurait de nombreux faux prophètes; les hommes d'une vertu éprouvée ne brilleraient guère, et on n'appellerait non plus guère bienheureux ceux qui auraient reçu simplement la foi. De même donc que "Bienheureux sont ceux qui ont cru sans avoir vu ", bienheureux sont aussi ceux qui croient sans prodiges. Dites-moi, en effet, n'était-ce pas un reproche. que le Christ faisait aux Juifs, lorsqu'il disait : " Si vous ne voyez des miracles, vous ne croyez point ". (Jean, XX, 29.) Nous ne souffririons pas de l'absence des miracles si nous voulions regarder nos avantages actuels. Nous possédons la source de tous les biens par le baptême. Nous avons reçu le pardon de nos péchés, la sanctification, la participation de l'Esprit-Saint, l'adoption, la vie éternelle. Que voulez-vous de plus? Des prodiges ? Ils ont cessé. Vous avez la foi , l'espérance, la charité qui demeurent; cherchez ces choses, elles sont plus grandes que les prodiges. Rien de comparable à la charité : " La charité est la plus grande de toutes les vertus" (I Cor. XIII, 13) , dit l'Ecriture. Mais de nos jours la charité périclite, le nom seul en reste, mais la chose n'est nulle part , nous sommes divisés entre nous.

3. Que faire donc pour que nous soyons unis? Réprimander est facile, mais ce n'est là que la moitié de l'oeuvre. Il faut donc montrer comment se forme l'amitié ; il faut nous appliquer à rejoindre les membres désunis. Il n'y a pas seulement à chercher si nous avons une même église, un même dogme; mais, ce qui est grave, c'est que nous soyons en communion pour toute autre chose et que nous n'y soyons pas dans les choses nécessaires; que nous soyons en paix avec tous, et que sous d'autres rapports nous soyons en dissentiment. Ne considérez pas que nous n'excitons pas de luttes journalières, mais bien que nous n'avons plus une charité sincère et stable. Il est besoin d'huile et de ligaments. Pensons que la charité est la marque distinctive des disciples du Christ, que sans elle tout le reste n'est rien, et que la charité est chose facile si nous le voulons. Certes, dit-on, nous savons cela, mais comment s'y prendre pour y arriver? Comment faire pour que cela soit ? Comment s'y prendre pour nous aimer les uns les autres? Commençons par détruire ce qui détruit la charité, et nous l'établirons ensuite. Que personne n'ait souvenir des injures , que nul ne soit jaloux, que nul ne se réjouisse du mal. Voilà les obstacles de la charité. Ce qui la fait naître est tout autre. Il ne suffit pas de montrer quels sont les obstacles à enlever; il faut encore montrer ce qui la fait vivre. Sirach dit bien ce qui détruit la charité, mais non ce qui la concilie, et il indique les injures , la révélation d'un secret confié , et le mal fait par ruse. (Eccli. XXII, 27.) Mais ces choses convenaient aux Juifs charnels. Loin de nous de pareilles choses; nous ne vous conduisons pas par ces moyens, mais par d'autres: Rien ne nous 'est utile sans la charité. Ayez mille biens, qu'en revient-il? Ayez la richesse, soyez dans les délices et sans amis, quel gain en tirerez-vous? Rien même dans les biens de la vie n'est plus beau que la charité; de même que rien n'est plus nuisible que l'inimitié : " La charité couvre la multitude des péchés " (I Pier. IV, 8), l'inimitié soupçonne même ce qui n'est pas. Il ne suffit pas de n'être pas ennemi, mais il faut aimer. Pensez que le Christ l'a ordonné et cela suffit. La persécution forme les amitiés et les noue. Mais, direz-vous, que faire maintenant qu'il n'y a pas de persécution ? Comment s'y prendre pour devenir amis? n'avez-vous pas d'autres amis, dites -moi? Comment êtes-vous leurs amis? Comment persévérez-vous dans leur amitié? Que personne, en attendant, n'ait d'ennemi, c'est déjà, beaucoup; que personne ne porte envie; quand on n'est pas envieux, on n'accuse personne. Nous habitons tous une même terre, nous nous nourrissons des mêmes fruits. Mais tout cela est peu de chose; (202) nous jouissons des mêmes mystères et de la même nourriture spirituelle. Certes, ce sont là les droits de l'amitié. Mais l'affection chaleureuse, qui nous la donnera? dit-on. Qu'est-ce qui fait l'amour des corps, la beauté du corps? Formons-nous donc de belles âmes, et nous serons amoureux les uns des autres; car il ne suffit pas d'aimer, il faut encore être aimé. Obtenons d'abord d'être aimés, et l'autre sera facile. Comment nous ferons-nous aimer? Soyons beaux, et agissons de telle sorte que nous ayons toujours des amants. Que personne ne travaille autant à acquérir des biens, des serviteurs et des maisons-, qu'à se faire aimer, qu'à acquérir une bonne réputation. " La bonne renommée est meilleure que d'a" bordantes richesses ". (Prov. XXII, 1.) L'une demeure, les autres périssent; on peut s'approprier l'une, les autres sont impossibles à garder. Celui qui a une mauvaise réputation, s'en débarrassera difficilement; le pauvre sera vite riche par sa bonne renommée. Que quelqu'un ait dix mille talents, et un autre cent amis, celui-ci est plus riche que le premier. N'agissons pas sans réflexion, mais bien comme pour acquérir une certaine opulence. Comment le pourrons-nous? dit-on. " La gorge douce et la langue gracieuse multiplient les amis ". (Eccli. VI, 5.) Ayons donc une bouche qui parle comme il convient et des moeurs pures. Celui qui est ainsi fait ne saurait rester inconnu.

4. Voyez combien les païens avaient imaginé de liens d'amitié : l'adoption, le voisinage, la parenté. Mais les nôtres sont plus grands que ceux-là; cette table est plus digne de vénération. Beaucoup s'en approchent qui ne se connaissent même pas les uns les autres; c'est la multitude qui en est cause, direz-vous. Nullement, mais notre négligence. Ils étaient trois mille et cinq mille les premiers fidèles, et tous ils n'avaient qu'une âme; maintenant chacun méconnaît son frère, et ne rougit pas de prétexter la foule. Celui qui a de nombreux amis, est invincible à tous, est plus fort que tout tyran. Les gardes de celui-ci ne veillent pas si bien sur lui, que ses amis ne gardent l'autre, et le premier est plus honoré que le second. En effet, le tyran est gardé par ses esclaves, l'autre par ses égaux; le tyran par des gens qui y sont forcés et le craignent; l'autre par des gens qui veillent sur lui de bonne volonté et sans crainte; et on peut voir une chose admirable, beaucoup en un seul, et un seul en beaucoup. Et de même que dans une lyre il y a divers sons et une seule symphonie, et un seul musicien qui pince les cordes de la lyre; ainsi dans ce cas: la lyre est la charité, les sons qui retentissent, les paroles d'amour proférées par charité, formant une seule et même harmonie, une seule symphonie; le musicien est la vertu de la charité qui produit la douce mélodie. Je voudrais vous conduire dans une semblable cité, s'il était possible, où il y aurait une.seule âme, et où il se ferait une symphonie mieux accordée que celle de n'importe quelle lyre et de n'importe quel musicien, une symphonie qui ne laisse entendre aucun son discordant. Cette mélodie charme les anges et le Seigneur des anges, c'est elle qui anime le théâtre tout entier dans le ciel, retient la colère du démon, calme les élans de la passion. Cette mélodie ne charme pas seulement les passions, mais elle ne leur permet pas même de s'éveiller, et les réduit à un silence absolu: De même que dans un théâtre tous écoutent en silence le choeur des musiciens, et qu'on n'entend aucun bruit; ainsi parmi les amis, quand la charité s'exerce, toutes les passions s'apaisent et se calment comme des bêtes sauvages qu'on a charmées et fascinées; au sein des inimitiés, c'est tout le contraire. Mais nous ne dirons rien présentement de l'inimitié, nous ne parlerons que de l'amitié. S'il vous échappe une parole téméraire, personne ne se lève pour vous reprendre, mais tous vous pardonnent. Si vous avez mal agi, personne ne vous soupçonne, on a une grande indulgence; tous tendent la main bien vite à celui qui tombe, tous ont à coeur qu'il se relève.

L'amitié est véritablement un mur inébranlable que ne peuvent prendre ni le démon, ni à plus forte raison les hommes. Il ne se peut que celui qui a de nombreux amis tombe dans le danger. Il n'a aucune occasion de colère, tout l'entretient dans la paix. Il est toujours dans la joie et le contentement; l'envie n'a pas de . prise sur lui,, le souvenir des injures ne saurait trouver place dans son coeur. Voyez comme cet homme mène avec facilité ses affaires temporelles et spirituelles. Qu'est-ce donc qui peut lui être comparé? Il est comme une ville toute environnée de murailles; tout autre est comme une cité sans murs. C'est le fait d'une grande sagesse de pouvoir créer (203) l'amitié. Détruisez l'amitié, et vous aurez tout détruit, vous aurez tout confondu. Si l'image de la charité a tant de puissance, quelle force n'aura pas la vérité elle-même ? Préparons-nous donc des amis, je vous en prie, que chacun s'applique à cet art. — Mais voici, dites-vous, que je m'y applique, mais celui-ci ne s'y applique pas. — Il y aura pour vous une plus grande récompense. — Oui, dites-vous, mais la chose est plus difficile. — Comment, dites-moi? Voici que je vous atteste que si vous vous adjoignez seulement dix amis, et que si vous faites cette oeuvre comme les apôtres ont fait celle de la prédication, les prophètes celle de l'enseignement, la récompense sera grande. Préparons-nous des images royales, c'est là la marque distinctive des disciples. Comment négligeons-nous de faire une oeuvre qui est plus grande que de ressusciter les morts? Le diadème et la pourpre désignent le roi, et quoiqu'on ait des vêtements d'or, si l'on n'a pas la pourpre, le roi ne se montre pas encore. Ainsi, dans le cas présent, prenez cette marque, et vous vous ferez des amis à vous-même et aux autres. Nul ne voudrait haïr étant aimé lui-même. Apprenons quelles sont les couleurs à mélanger pour parvenir à former cette image; soyons affables, allons au-devant des amis. Ne dites pas : Si je vois quelqu'un en retard avec moi, je deviens plus méchant que lui; mais lorsque vous voyez quelqu'un en retard avec vous, allez au-devant et faites cesser sa froideur. Vous le voyez souffrir et vous aggravez son mal? Appliquons-nous surtout à nous prévenir mutuellement par des témoignages d'honneur. (Rom. XII, 10.) Ne pensez pas que ce soit se rabaisser soi-même que de tenir les autres pour supérieurs à nous. Si vous prévenez cet homme par l'honneur que vous lui rendez, vous vous honorez bien plus encore vous-même , à cause de l'honneur que vous vous attirez. Cédons partout aux autres les premières places. N'ayons aucun souvenir du mal qu'on nous a fait, ne nous souvenons que du bien. Rien ne rend si cher qu'un langage gracieux, des paroles bienséantes, un esprit sans morgue, méprisant la gloriole et les honneurs. Si nous agissons ainsi, nous serons inaccessibles aux embûches du diable, et, après avoir suivi avec exactitude les sentiers de la vertu, nous pourrons jouir des biens promis à ceux qui aiment, par la grâce et la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec qui appartient gloire, puissance, honneur, au Père et au Saint-Esprit, maintenant et toujours, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. 
 

HOMÉLIE XLI. PAUL ENTRA DANS LA SYNAGOGUE, ET, PENDANT TROIS MOIS, IL Y PARLA AVEC LIBERTÉ, DISCOURANT SUR LE ROYAUME DE DIEU, ET PERSUADANT LES JUIFS. (CHAP. XIX, VERS. 8, JUSQU'AU VERS. 20.)
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ANALYSE. 1-3. Saint Paul à Ephèse ; son zèle, ses miracles. — Punition des exorcistes juifs. — Examen de la manière d'agir du démon contre les fils de Scéva. — Puissance du démon contre les incrédules. — Les grands exemples servent peu de temps, à cause de la malice des hommes. — Puissance du nom de Jésus, Sauveur du monde. — Des possédés du démon, et des grâces que leur procure leur état.

4 et 5. Du péché et des maux qu'il cause à l'homme. — De la colère et de la rancune. — Maux qu'elles produisent, nécessité d'en triompher.

1. Voyez que Paul entre dans les synagogues partout où il va, c'est toujours par là qu'il débute. En effet, partout il voulait prendre chez les Juifs son point d'appui, comme je l'ai déjà dit. Du reste, déjà les nations remplies de ferveur le recevaient avec empressement , et les Juifs faisaient pénitence en voyant les gentils recevoir la foi. Il voulait trouver chez les Juifs quelques disciples, les séparer de leur nation et en faire un peuple à part. Il disputait assidûment avec eux, parce qu'il les persuadait. Parce qu'il est dit qu'il parlait avec liberté, ne croyez pas que cela veuille dire avec rudesse. " Comme plusieurs s'endurcissaient et ne voulaient pas croire, et parlaient en mal de la voie du Seigneur devant le peuple, il s'éloigna d'eux, et emmena ses disciples, et chaque jour il parlait dans l'école d'un certain Tyrannus. Cela eut lieu, pendant deux ales, si bien que tous les habitants de l'Asie, " Juifs et gentils, entendirent la parole du Seigneur Jésus ". On appelait avec raison la prédication une voie. Car c'était véritablement la route qui conduit au royaume des cieux. " Il disputait ", dit l’auteur, "dans l'école d'un certain Tyrannus. Et cela eut lieu pendant a deux ans, si bien que tous, Juifs et gentils, entendirent la parole du Seigneur Jésus". Voyez-vous combien fut utile l'assiduité de Paul? Les Juifs et les Grecs entendirent la parole. " Et Dieu faisait par les mains de Paul des prodiges plus qu'ordinaires; au point que l'on mettait sur les malades les mouchoirs et les linges qui avaient touché son corps, et les maladies les abandonnaient, et les esprits mauvais sortaient de leurs corps (9, 12) ". Non-seulement ceux qui les portaient les touchaient, mais ceux qui les recevaient se les appliquaient. C'est pourquoi le Christ, observant ces circonstances, ne permit pas, à ce que je crois, qu'il allât en Asie. " Quelques-uns des exorcistes juifs qui parcouraient le pays, essayèrent d'invoquer sur ceux qui étaient possédés des esprits mauvais le nom du Seigneur Jésus, en disant : Nous vous adjurons par le Jésus que prêche Paul ". Voyez : ils ne voulaient .pas croire en Jésus-Christ, et ils voulaient chasser les démons en son nom. Oh! combien était grand le nom de Paul. " Il y avait sept fils de Scéva, prince des prêtres, qui faisaient cela ". Mais l'esprit mauvais leur répondit et leur dit : " Je connais Jésus, et je sais qui est Paul, mais vous, qui êtes-vous ? Et l'homme en qui était l'esprit mauvais sauta sur eux, et s'étant rendu maître d'eux, les maltraita si fort qu'ils s'enfuirent de cette maison nus et blessés. Ce fait fut connu de tous les Juifs et des grecs qui habitaient Ephèse ". Ils agissaient ainsi en secret, et ensuite leur faiblesse fut divulguée. " Et la crainte s'empara de tous ceux-là, et le nom du Seigneur Jésus fut glorifié. Et un (205) grand nombre de ceux qui avaient cru, venaient, et ils confessaient et révélaient leurs actions ". Puisqu'ils avaient assez de puissance pour pouvoir faire de telles choses par les démons, c'est avec raison que tout se passe ainsi. " Beaucoup d'entre ceux qui avaient pratiqué la magie prirent leurs livres, et les brûlèrent en présence de tous; on supputa le prix de ces livres, et on trouva une somme de cinquante mille deniers d'argent; ainsi la parole de Dieu s'accroissait et se fortifiait (13, 20) ".Voyant qu'ils leur seront désormais inutiles, ils brûlent leurs livres. Quelquefois les démons eux-mêmes en agissent ainsi. Le nom ne sert donc à rien, s'il n'est prononcé avec foi. Le Christ a donc dit avec raison : " Celui qui croit en moi fera des choses plus grandes " (Jean, XIV, 12) ; et il faisait allusion à ces miracles. Voyez par là comment ils ont tourné leurs armes contre eux-mêmes. " Et il parlait ", dit l'auteur, " dans l'école d'un certain Tyran, pendant deux années ". Là, il y avait des hommes fidèles et très-fidèles. Ces Juifs croyaient si peu à la puissance de Jésus, qu'ils ajoutaient le nom de Paul, aimant mieux croire à la grandeur de Paul qu'à celle de son maître. On peut admirer ici que le démon ne voulut pas se prêter à la fourberie des exorcistes; qu'il les confondit et révéla leur comédie. Il me semble qu'il fut enflammé de colère, comme le serait quelqu'un qui, exposé aux derniers périls, se verrait poussé à bout par quelque misérable, et voudrait décharger sur lui toute sa colère. Pour ne pas sembler mépriser le nom de Jésus, il lé confessa d'abord, et reprit ensuite sa puissance. Il est évident que ce n'est pas l'impuissance du nom de Jésus, mais bien la fraude de ces hommes; autrement, comment expliquer que rien de semblable n'arriva à Paul? Et l'homme sautant sur eux ", dit l'auteur. Peut-être déchira-t-il leurs vêtements, et leur serra-t-il la tête; c'est ce qu'indique le mot : " Sautant sur eux"; c'est-à-dire, les attaquant avec une violence capable de les maltraiter de la sorte. Que signifie: " S'éloignant d'eux, il emmena "ses disciples? " Qu'il coupa court à leurs mauvais propos. Paul agit ainsi et s'en va parce qu'il ne voulait pas enflammer leur envie, ni amener une dispute plus grave. Le mot, " il parlait avec liberté ", signifie qu'il était préparé au danger, et qu'il enseignait clairement et sans voiler les dogmes. Par là, nous apprenons que nous ne devons pas nous mêler aux médisants, mais les fuir. Offensé en paroles par les Juifs, il ne leur rendit pas offense pour offense; au contraire, il redoublait de zèle pour la prédication, et se conciliait de nombreux adhérents; précisément, par cette raison que, bien qu'il entendît leurs mauvais propos, il ne s'en allait pas et ne se séparait pas d'eux. Remarquez que lorsque l'épreuve a cessé de la part des gens qui sont en dehors de l'Eglise, elle commence de la part des démons.

Voyez-vous l'aveuglement des Juifs ? Ils voyaient les vêtements de Paul accomplir des prodiges, ils n'y faisaient pas attention. Quel plus grand miracle pourrait-on voir? Mais au lieu de tourner à leur salut, il tourne à leur perte. Si quelque grec est incrédule, quil croie en voyant l'ombre de Paul faisant ces prodiges. Ainsi, parce que Paul s'éloigne d'eux, les médisants et ceux qui calomniaient la foi (il l'appelle la voie) sont vaincus. Il s'éloigne pour que les disciples ne se retirent pas, et pour -ne pas exciter les Juifs à la colère, et il montre qu'ils fuient le salut par tous les moyens. Du reste, il ne se disculpe pas devant eux et ne leur montre pas la foi partout embrassée par les gentils. Et il discourt, non pas dans n'importe quel lieu, mais dans une école, parce que l'endroit est plus commode pour se rassembler.

2. Oh ! combien est grande la vertu de ceux qui croient ! Combien est grand l'aveuglement de ceux qui demeurent dans l'incrédulité, même après la manifestation de la vertu divine ! Simon demandait par esprit de lucre la grâce du Saint-Esprit, et ceux-ci agissaient de même pour la même raison. Quel aveuglement ! Et pourquoi Paul ne leur fait-il pas de reproches? Parce que ses reproches eussent semblé dictés par l'envie. Telle est la raison de sa conduite en cette occasion. La même chose aussi au Christ; mais alors on n'empêchait rien (c'était le commencement de l'Evangile) : Judas volait et n'était pas réprimé. Ananie et Saphire furent frappés de mort. Beaucoup de Juifs, qui faisaient opposition à Jésus-Christ ne souffrirent aucun châtiment, et Elymas fut frappé de cécité. " Je ne suis pas venu ", dit le Christ, " pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé ". (Jean, III, 37.) Voyez quelle scélératesse ! Des Juifs qui demeuraient encore dans le judaïsme (206) voulaient trafiquer de ce nom divin. Ainsi ils faisaient tout par vaine gloire et en vue du gain. Considérez que partout les hommes se convertissent moins par les événements heureux que par les événements terribles. A propos du châtiment de Saphire , l'épouvante tomba sur l'Eglise, et les autres n'osaient se joindre à eux. Ici, ils prenaient les mouchoirs et les linges de Paul, et ils étaient guéris, mais ce n'est qu'après le châtiment infligé aux exorcistes qu'ils viennent confesser leurs fautes. De ce que le démon saute sur les Juifs, il est prouvé que la puissance du démon est grande lorsqu'elle s'exerce contre les infidèles. Pourquoi l'esprit mauvais ne dit-il pas : Qu'est-ce que Jésus? Pourquoi prononce-t-il des paroles inutiles pour lui? Il craignait lui-même le châtiment; il savait que c'était ce nom qui lui donnait la faculté de se venger des insulteurs. Pourquoi ces misérables ne lui dirent-ils pas : Nous croyons ? lis redoutaient Paul. Cependant, combien n'eût-il pas été plus glorieux pour eux de le dire, si par là ils s'étaient approprié la puissance de Jésus ? D'ailleurs, ce qui était arrivé à Philippes les rendit sages. Considérez la modération de l'auteur; il écrit simplement l'histoire, et n'accuse pas. La sincérité des apôtres est admirable. Saint Luc rapporte de qui ces exorcistes étaient fils, leur nom, leur nombre , donnant ainsi à ceux qui vivaient alors un signe certain de la vérité de ce qu'il raconte. Pourquoi donc ces Juifs voyageaient-ils? Pour gagner de l'argent, mais non pour annoncer la parole. Comment l'auraient-ils fait? Ils avaient raison de voyager, ensuite ce qui leur était arrivé faisait d'eux des prédicateurs involontaires. C'est ce que l'auteur donne à entendre en disant : " Cela fut connu de tous les Juifs et des Grecs habitants d'Ephèse " . Ce fait étrange ne devait-il pas convertir les endurcis, dites-moi? Mais il ne les convertit pas. Et qu'on ne s'en étonne pas, rien ne persuade la méchanceté. Permettez-moi de vous montrer quelle fut la malice des exorcistes.- Pourquoi cela n'arriva pas sous le Christ, ce n'est pas le moment de traiter cette question ; disons seulement que ce fait ne se produit qu'au temps où il pouvait se produire utilement. Je soupçonne que ces exorcistes agissaient ainsi pour se moquer ; c'est pourquoi ils sont châtiés, pour que personne désormais n'ose prononcer ce nom témérairement. Cet événement amena beaucoup de fidèles à la confession , les remplit de crainte et fut une preuve éclatante que Dieu connaît tout. Ils se préservaient de l'affront d'être accusés par les démons en s'accusant eux-mêmes. Du moment que les démons, leurs auxiliaires pour le péché , se faisaient leurs accusateurs au lieu de les défendre, quel espoir leur restait, sinon la confession de leurs péchés ? Voyez quels grands maux arrivent peu après que de si grands prodiges ont été accomplis. Notre nature est ainsi faite : nous oublions promptement les bienfaits. Ne vous souvient-il pas que la même chose a eu lieu de notre temps? Dites-moi donc : Est-ce que l'année dernière Dieu n'a pas ébranlé la ville entière ? Eh bien ! est-ce que tous ne couraient pas au baptême? Est-ce que les libertins, les hommes infâmes et corrompus, abandonnant leurs demeures et les lieux qu'ils habitaient, ne se convertirent pas et ne devinrent pas pieux? Or, trois jours après ils retournèrent à leur malice première. D'où cela vient-il ? De l'excès de notre lâcheté. Faut-il s'étonner qu'il en soit ainsi après un châtiment qui passe sans laisser de traces, lorsque la même chose arrive après une catastrophe qui laissé de son passage des monuments durables? Le châtiment de Sodome, par exemple, n'a-t-il pas laissé d'impérissables vestiges? Quoi donc ! Les peuples voisins en sont-ils devenus me.il. leurs ? Nullement. Et le fils de Noé n'était-il pas vicieux aussi ? Ne l'était-il pas en face même de la désolation universelle qu'il voyait de ses yeux? Ne nous étonnons donc pas si les Juifs restèrent incrédules malgré de tels prodiges, eux qui ont su corrompre jusqu'à la foi elle-même, et la faire servir au mal: par exemple, lorsqu'ils disaient que le Fils de Dieu était possédé du démon. Est-ce que vous ne voyez pas qu'il en est encore ainsi, et que beaucoup d'hommes sont de là nature des serpents , gens incrédules et ingrats qui, comme les vipères, se hâtent de mordre la main du bienfaiteur qui les a réchauffés? Je dis ceci afin que vous ne vous étonniez pas que ces miracles n'aient pas converti tous ceux qui les virent.

3. Notre âge a vu les miracles du tombeau de saint Babylas, il a vu ceux qui ont éclaté à Jérusalem et qui ont achevé la destruction du temple, et tous ne sont pas convertis. Qu'est-il besoin de rappeler les temps anciens? Je vous ai dit ce qui est arrivé l'année dernière; (207)

nul n'y a fait attention, on eut bientôt repris la pente du passé, et l'on est retombé aussi bas qu'auparavant. Toujours debout, le ciel crie, pour ainsi dire, sans cesse qu'il a un maître, que cet univers est l'oeuvre d'un ouvrier, et quelques-uns persistent à dire le contraire. Ce qui est arrivé à Théodore l'année dernière, qui n'en a pas été frappé d'étonnement? Et cependant la religion n'y a rien gagné; mais ceux qui étaient devenus pieux pour un instant, sont retournés à ce qu'ils étaient auparavant. La même chose arriva aussi aux Hébreux : c'est pour cela que le prophète a dit : " Lorsqu'il les mettait à mort, ils le recherchaient, se convertissaient, et venaient au matin près du Seigneur ". (Ps. LXXVII, 34.) Qu'est-il besoin de rapporter tout ce qui leur est arrivé en général? Combien de maladies n'éprouvèrent-ils pas ? Combien de fois s'étant relevés ont-ils promis de changer de vie, et sont-ils cependant restés les mêmes ? Le changement subit nous démontre notre volonté et la liberté de notre nature. En effet, si le mal était naturel, nous ne pourrions changer; car nous ne pouvons changer ce qui se fait par nature et par nécessité. Cependant nous changeons, direz-vous. Ne voyons-nous pas parfois des gens qui voient naturellement, devenir aveugles par frayeur ? parce que la nature cède lorsqu'une autre nature vient à l'encontre. Ainsi, c'est suivant l'ordre de nature que l'effroi nous cause l'aveuglement ; et c'est aussi naturellement que, s'il survient un sujet de frayeur plus terrible que le premier, la première crainte disparaît. Mais quoi donc, direz-vous, si la tempérance est dans la nature, et que la crainte la chasse lorsqu'elle l'a dominée? Que direz-vous si je vous démontre que, même sous l'empire de la crainte, certaines personnes ne sont pas tempérantes , mais conservent jusque-là leur impudence, ne serez-vous pas obligés d'avouer que la nature n'y est pour rien? Citerai-je des faits d'autrefois ou des faits d'aujourd'hui? Pharaon, dites-moi, ne fut-il pas changé tout d'un coup, et n'en revint-il pas à sa première malice? Dans le cas qui nous occupe, les exorcistes prononcèrent purement et simplement le nom de Jésus; et ils dirent aux démoniaques, qui n'ignoraient pas ce qu'était Jésus : " Nous vous adjurons par le Jésus que prêche Paul". La réponse que font les démoniaques prouve leur connaissance. Ces Juifs se bornent à dire Jésus, sans ajouter, comme ils devaient Le Sauveur du monde >z, celui qui est ressuscité. Mais ils ne voulaient pas confesser sa gloire. C'est pour cela que le démon, sautant sur eux, leur dit : " Je connais Jésus, et je sais qui est Paul ";comme s'il leur disait Vous ne croyez pas et vous abusez de ce nom en parlant comme vous faites. Le temple est désert, sa défense est facile à emporter; vous n'êtes pas des prédicateurs, vous êtes à moi, dit-il. La fureur du démon est grande. Les apôtres auraient pu aussi maltraiter les Juifs comme faisait le démon; étant plus forts que les démons, comment n'auraient-ils pu faire ce que faisaient ceux-ci? ils n'usaient pas néanmoins de ce pouvoir. Cela montre bien leur douceur: on les chasse, et ils font le bien; les démons que l'on sert font tout le contraire. " Je connais Jésus ", dit-il, rougissez de honte, vous qui ne le connaissez pas. " Et je connais aussi Paul ": Et, en effet, il savait qu'il était le prédicateur de Dieu. Ensuite il saute sur eux, déchire leurs vêtements, et par là il semble leur dire : Ne croyez pas que j'agisse ainsi par mépris pour Jésus et pour Paul. La crainte du démon était grande aussi. Pourquoi ne déchira-t-il pas leurs vêtements sans ajouter ces paroles ? il eût ainsi assouvi sa colère et établi l'erreur. Il redoutait, comme je l'ai dit, la puissance inabordable ; et il n'eût pas eu tant de force s'il n'eût prononcé ces paroles. Voyez, partout les démons sont plus sages que les Juifs; ils n'osent pas contredire la parole ni accuser les apôtres ni le Christ. Une fois ils disent : " Nous savons qui tu es "; et Pourquoi es-tu venu nous tourmenter avant le temps? " (Matth. VIII, 29.) Une autre fois : " Ces hommes sont les serviteurs du Dieu Très-Haut " (Act. XVI,17); ici ils disent : " Je connais Jésus et je connais aussi Paul "; car ils craignaient ces saints et tremblaient devant eux. Peut-être y a-t-il parmi vous quelqu'un qui, en entendant ces paroles, désire posséder une telle puissance de manière à empêcher les démons de le regarder en face, et qui envie l'avantage qu'ont eu ces saints de posséder aine telle force? qu'il écoute le Christ : " Ne vous réjouissez pas de ce que les démons vous sont soumis ", (Luc, X, 20), dit-il, parce qu'il savait que les hommes seraient fiers de ce privilége par vaine gloire. Si vous ambitionnez ce qui plaît à Dieu, et ce qui est d'utilité commune, vous suivrez une voie plus (208) glorieuse. Il n'est pas si difficile d'être délivré du démon, que de se délivrer du péché. Le démon n'empêche pas d'acquérir le royaume des cieux, il coopère à nous le faire obtenir malgré lui, à la vérité. Mais il y coopère cependant , car il rend plus continent celui qu'il possède. Le péché au contraire exclut du royaume des cieux.

4. Mais peut-être quelqu'un dira-t-il: je ne souhaite pas d'acquérir ainsi la continence ! Ni moi non plus je ne vous le souhaite pas, mais je vous souhaite de l'acquérir par une autre voie , en faisant tout par amour du Christ. Mais si, ce que je ne souhaite pas; ce malheur vous arrivait, il faudrait encore demander cette grâce. Si donc le démon n'exclut pas du ciel, et si le péché en exclut, c'est un plus grand bien d'être délivré du péché. Appliquons-nous donc à délivrer le prochain du péché, et avant le prochain à nous en délivrer nous-mêmes. Veillons à ne pas laisser le démon s'emparer de nous. Examinons-nous avec zèle. Le péché est pire que le démon; car le démon rend humble. Ne voyez-vous pas combien les démoniaques, lorsqu'ils sont délivrés, de leur maladie, sont tristes et chagrins ? comme leur visage est couvert de honte, et comme ils n'osent regarder? Voyez l'absurdité : ceux-ci rougissent de ce qu'ils souffrent, et nous, nous ne rougissons pas de ce que nous faisons; ils sont victimes de l'injustice, et ils ont honte, et nous, nous commettons l'injustice, et nous ne craignons rien. Et cependant leur malheur n'est pas digne de honte, mais bien de pitié, de bienveillance et d'indulgence; il est même digne d'admiration et de louanges sans nombre, lorsque, soutenant contre le démon un combat si rude, ils supportent tout en rendant à Dieu des actions d e grâces ; notre état à nous, au contraire, est ridicule, honteux, digne d'accusation, de supplice et de châtiment; il mérite les plus grands maux, l'enfer, il est impardonnable. Voyez-vous comme le péché est pire que le démon? Les démoniaques, à cause des maux qu'ils endurent, ont un double bénéfice : l'un, qui est d'être plus continents et plus sages; l'autre, qui est de s'en aller purs devant le Seigneur, puisqu'ils ont subi ici-bas le châtiment de leurs péchés. propres. Souvent nous avons parlé sur ce sujet, et nous avons montré que ceux qui sont châtiés ici-bas , s'ils supportent leurs maux avec patience, sont déchargés vraisemblablement d'une grande partie de leurs péchés. Le mal qui provient du péché est double aussi : d'une part nous offensons Dieu, de l'autre, nous devenons plus mauvais qu'auparavant ; faites attention à ce que je vous dis.

Le péché ne nous blesse pas seulement parce que nous péchons, mais encore parce que l'âme contracte une habitude, comme il arrive pour le corps. Un exemple exprimera plus clairement ma pensée. De même que le fiévreux ne souffre pas seulement de sa maladie actuelle, mais encore de la faiblesse qui en est la suite, lorsqu'il revient à la santé après une longue maladie ; ainsi en est-il du péché;. même après qu'il est guéri, nous ressentons encore l'affaiblissement qu'il nous a causé. Voyez celui qui a dit des injures à quelqu'un et n'en a pas été puni. Il ne doit pas seulement pleurer parce qu'il n'a pas subi la peine des injures qu'il a dites, il doit encore s'affliger pour une autre cause.. Pourquoi donc? Parce que son âme est devenue plus impudente. Chacun des, péchés que nous commettons dépose dans l'âme un certain poison qui y reste, même après la destruction du péché. N'entendez-vous pas ceux qui reviennent à la santé, après la maladie, dire : Je n'ose pas encore boire d'eau ? Et cependant ils sont rétablis; mais la maladie leur a laissé cette infirmité. Les démoniaques, au milieu de leurs tortures, rendent des actions de grâces à Dieu, et nous, qui sommes heureux, nous blasphémons Dieu, et nous le supportons avec peine. Il. s'en trouve plus parmi ceux qui jouissent de la santé et de la fortune, qui agissent ainsi, que parmi les pauvres et les infirmes. Le démon est là qui les menace comme un bourreau terrible, comme un maître d'école qui lève sa' lanière et ne la laisse jamais reposer. Que si quelques-uns ne deviennent pas sages en passant par une telle épreuve, ils n'en sont pas punis. Ce n'est pas là un médiocre avantage. Si les insensés, les fous, les enfants, ne sont pas responsables, les démoniaques ne le sont pas non plus; il n'y a personne d'assez cruel pour punir des péchés d'ignorance. Donc nous autres pécheurs sommes dans un état pire que celui des démoniaques. — Mais nous n'écumons pas, nos yeux ne se retournent pas, nos mains ne se tordent point. Plût à Dieu que

Jean Chrysostome: Homélies sur les Macchabées

Saint Jean Chrysostome
Homélies sur les Macchabées

 

HOMÉLIES SUR LES MACCHABÉES *
PREMIÈRE HOMÉLIE. *
DEUXIÈME HOMÉLIE. *
TROISIÈME HOMÉLIE *
FRAGMENT DE SAINT JEAN CHRYSOSTOME SUR LES MACCHABÉES. *
 

PREMIÈRE HOMÉLIE.
AVERTISSEMENT ET ANALYSE.

Ces discours ont été prononcés à Antioche; ils ne portent aucune date. La premier a pour objet principal de louer le courage et la fermeté d'âme de la mère des Macchabées. Le second est l'éloge du septième et plus jeune fils, et l'orateur y exalte aussi leur mère de temps en temps. Ce second discours est plus court que le premier : c'est afin, nous apprend Chrysostome, de laisser un champ plus vaste à leur maître commun, l'évêque Flavien, qui doit prendre la parole après Chrysostome. La dernière homélie, la plus courte des trois, est soupçonnée par quelques-uns de n'être pas authentique et ce n'est pas sans raison, car elle a certainement un autre cachet; le style en est maigre; tout y est dit comme en courant. Nous n'avons pourtant pas cru devoir la retrancher; il suffira d'avoir indiqué ces motifs de défiance pour qu'on ne la regarde pas comme une production certaine du saint docteur. Nous l'avons fait suivre d'un fragment de saint Jean Chrysostome sur les Macchabées, cité par Jean de Damas au livre IIIe des Images, et qui ne se trouve dans aucune des trois homélies.

Les reliques des martyrs sont la terreur des démons. — C'est la grâce qui donne du courage aux martyrs. — Force d'âme de la mère des Macchabées; les mères chrétiennes doivent imiter cet exemple, et instruire leurs enfants dans ces principes. — La constance de cette sainte femme ne laisse aucune excuse aux hommes jeunes ou vieux qui manquent de courage en présence des épreuves de la persécution.

1. Qu'elle est brillante et joyeuse, notre ville ! Combien ce jour est plus éclatant que tous les autres jours de l'année ! Non pas que le soleil envoie aujourd'hui sur la terre un rayon plus lumineux qu'à l'ordinaire ; mais c'est que la splendeur des saints martyrs éclaire notre cité tout entière plus vivement que la foudre; car ils sont plus radieux que dix mille soleils, plus resplendissants que les grands luminaires. Grâce à eux la terre est aujourd'hui mieux décorée que le ciel. Ne me parlez pas de poussière, ne songez ni à la cendre, ni aux ossements consumés par le temps : non; mais ouvrez les yeux de la foi, et regardez la puissance divine siégeant auprès d'eux, la grâce du Saint-Esprit qui les environne, et la gloire de la lumière céleste dont ils sont revêtus. Les rayons que darde sur la terre le disque du soleil n'égalent point ces clartés, ces jets de flammes qui s'élancent de leurs corps bienheureux, et vont aveugler le démon lui-même. Lorsque des chefs de brigands, des spoliateurs de tombeaux aperçoivent, gisant à terre, de riches armes, une cuirasse, un bouclier, un

1. Ces homélies furent prononcées à Antioche, mais elles ne portent aucun indice de l'année où elles le furent.

casque, le tout étincelant d'or, soudain ils bondissent en arrière, et ils n'osent ni s'avancer ni toucher à ces objets, soupçonnant quelque grand danger s'ils avaient cette audace ; de même les démons, qui sont les vrais chefs de brigands, quand ils voient exposés les corps des martyrs, reculent tout à coup et prennent aussitôt la fuite. Car ils ne considèrent pas la nature mortelle de ces dépouilles, mais la dignité cachée de Jésus-Christ, qui s'en est revêtu dans un temps. Ce n'est point un ange qui a été ceint de ces armes, ce n'est point un archange ni quelque autre puissance créée , mais le Maître. lui-même des anges. Et de même que saint Paul criait: Cherchez-vous une preuve du Christ qui parle en moi (II Cor. XIII, 3) ? de même ces saints martyrs peuvent s'écrier Cherchez-vous une preuve. du Christ qui a combattu en nous? En effet ces corps sont précieux, parce qu'ils ont reçu des coups pour leur Maître, parce qu'ils portent les stigmates pour Jésus-Christ. Et de même qu'une couronne royale ornée de mille pierres variées jette des feux de diverses nuances, ainsi les corps des saints martyrs, où sont incrustées comme autant de pierreries les blessures qu'ils (368) ont reçues pour Jésus-Christ, apparaissent plus précieux et plus respectables que tous les diadèmes des rois. Les présidents des jeux publics, lorsqu'ils organisent une fête, regardent comme la plus grande munificence d'introduire, pour les faire combattre dans l'arène, des athlètes jeunes et pleins de vigueur, de sorte qu'avant même le spectacle de la lutte, la beauté de leurs membres excite l'admiration des assistants : ici c'est tout le contraire. Le Christ ne nous donne pas un spectacle du même genre, mais un spectacle terrible et plein d'horreur; car ce n'est pas une lutte d'hommes à hommes, mais un combat des hommes contre les démons; pour ce spectacle il n'a pas amené dans la lice des athlètes jeunes et vigoureux, mais de tout jeunes adolescents, et avec eux un vieillard, Eléazar, puis une femme avancée en âge, la mère de ces jeunes gens. Qu'est-ce donc là, Seigneur? Vous amenez sur le champ de la lutte les âges qui ne sont bons à rien ? Qui a jamais entendu dire qu'une femme eût lutté dans une vieillesse si avancée? Personne, nous répond le Seigneur; mais cette chose étrange, nouvelle, inouïe, je vous y ferai croire par des faits. Je ne suis pas de ces donneurs de jeux qui se reposent de tout sur la puissance des lutteurs; j'assiste mes athlètes moi-même, je leur viens en aide, je leur tends la main, et la plupart de leurs succès leur viennent de ma protection.

Lors donc que vous verrez une femme tremblante, âgée, courbée sur un bâton, se présenter au combat et terrasser la fureur d'un tyran, lorsque vous la verrez triompher des puissances invisibles, vaincre aisément le démon, briser sa force avec grande assurance, admirez la faveur que lui accorde le maître du combat, reconnaissez, pleins de saisissement, la puissance de Jésus-Christ ! Ses athlètes n'ont point l'énergie de la chair, mais ils ont celle de la foi ; leur nature est débile, mais la grâce qui les dispose au combat est puissante; leur corps est affaibli par les années, mais leur âme est fortifiée par les aspirations de la piété. Cette lutte ne tombe point sous les sens: vous ne sauriez donc au dehors reconnaître les athlètes; mais pénétrez dans leur âme par la pensée, et voyez en l'état florissant; constatez combien leur foi est robuste, afin de savoir que celui qui joute contre le démon n'a pas besoin d'une forte enveloppe matérielle, ni de la vigueur de l'âge, mais que, fût-il extrêmement jeune ou parvenu à la dernière vieillesse, si son âme est généreuse et bien trempée, son âge ne lui sera d'aucun préjudice pour le combat.

2. Et pourquoi parler de vieillards et d'adolescents, quand des femmes se sont préparées pour la lutte et ont été glorieusement couronnées? Les arènes matérielles où il faut tenir compte de l'âge, du sexe et de la condition ferment leur porte aux esclaves, aux femmes, aux vieillards et aux enfants; mais ici le théâtre est ouvert en toute liberté à toutes les conditions, à tous les âges, à l'un et à l'autre sexe, pour que l'on puisse y constater la libéralité et la puissance ineffable de Celui qui préside à ces luttes, et y voir confirmer par des faits cette parole de l'Apôtre : Que sa puissance s'accomplit dans la faiblesse. (II Cor. XII, 9.) En effet, quand des enfants et des vieillards montrent des forces au-dessus de la nature, la grâce du Dieu qui opère en eux se manifeste d'une manière tout à fait. éclatante.

Et afin que vous compreniez que cette faiblesse matérielle des combattants ne fait que rendre plus glorieux ceux qui reçoivent la couronne, laissons de côté le vieillard et les enfants, et amenons sur la scène cette créature plus faible qu'eux, cette femme, cette vieille mère de sept fils, car les angoisses maternelles ne sont pas un médiocre obstacle dans de pareilles épreuves. Que faut-il donc le plus admirer en elle ? est-ce la faiblesse de son sexe, ou son grand âge, ou la délicatesse de ses affections? Car ce sont là de fortes entraves pour une carrière qui demande tant de patience. Mais il y a encore quelque chose de plus grand qui nous fera voir dans leur entier et le courage de cette femme et la perfidie du démon. Qu'est-ce donc? Eh bien ! voyez un peu la perversité de l'esprit malin : ce n'est pas elle qu'il a traînée la première sur l'arène , il ne l'a engagée dans la lutte qu'après ses fils. Et pourquoi? C'est afin d'ébranler son âme par les épreuves de ses sept enfants, c'est afin qu'ayant amolli ainsi la fermeté de ses résolutions, qu'ayant d'avance épuisé ses forces au spectacle du supplice des siens, il trouve en elle une créature affaiblie dont il puisse aisément triompher. Ne faites pas attention aux tourments que ceux-là ont acceptés, mais considérez qu'au supplice de chaque fils elle endurait de plus cruelles souffrances et qu'elle était comme égorgée successivement dans chacun d'eux (625). Et ce que je dis là, toutes les mères le savent bien. (369) Souvent une mère voyant son enfant brûlé par la fièvre souffrirait tout pour faire passer le feu de la maladie du corps de l'enfant dans le sien propre , tant il est vrai que les mères trouvent les maux de leurs enfants plus insupportables que ceux qu'elles ressentent personnellement ! Et puisqu'il en est ainsi, cette mère était torturée dans le supplice de ses enfants plus cruellement qu'eux-mêmes, et le martyre était plus grand dans la mère que dans ses fils. En effet, si la nouvelle seule de la maladie d'un enfant suffit pour bouleverser les entrailles de celle qui lui a donné le jour, que n'a point dû souffrir la mère des Macchabées qui se vit privée, non pas d'un seul enfant, mais d'un groupe si nombreux d'enfants, cette mère qui ne connaissait pas seulement leurs souffrances par ouï-dire, mais qui les leur voyait endurer sous ses propres yeux ? Comment ne fut-elle pas hors d'elle-même envoyant chacun d'eux périr lentement dans diverses tortures épouvantables? Comment son âme ne quitta-t-elle pas violemment son corps? Comment, dès la première vue, ne s'élança-t-elle pas sur le bûcher afin de se soustraire au reste du spectacle? Car bien que douée d'une haute sagesse, elle était mère pourtant; bien qu'elle aimât son Dieu, elle était revêtue de chair; quoique pleine de zèle, toutefois elle était femme, et quoiqu'embrasée d'une ardente piété elle était retenue par les liens de l'affection maternelle. Si nous autres hommes, à la vue d'un condamné qui traverse bâillonné la place publique et qu'on traîneaux gémonies, nous sommes émus rien qu'à cet aspect, sans avoir aucun motif d'amitié pour lui et bien que suffisamment rassurés par la perversité de cet homme contre la crainte pour nous-mêmes d'un pareil traitement, je vous le demande, que dut éprouver une femme à la vue, non pas d'un seul condamné que l'on emmène, mais de sept enfants à la fois que l'on fait périr le même jour, non par une prompte mort, mais par diverses cruautés? Quand elle eût été de marbre, quand même ses entrailles eussent eu la dureté du diamant, n'aurait-elle pas été troublée, n'aurait-elle pas ressenti quelque chose de ce qu'éprouve naturellement une femme et une mère? Voyez combien nous admirons le patriarche Abraham pour avoir attaché et placé sur l'autel ce fils qu'il offrait à Dieu, et comprenez par là combien fut grand le courage de cette femme. O spectacle à la fois plein d'amertume et de joie ! plein d'amertume, vu la nature des événements ; plein de joie, vu la disposition de celle qui en était témoin. Car elle ne voyait point leur sang qui coulait, mais les couronnes que Dieu tressait à leur justice ; elle n'apercevait point leurs flancs déchirés, mais les tabernacles éternels qui s'élevaient pour eux; elle ne considérait point les bourreaux qui les assiégeaient, mais les anges groupés autour d'eux ; elle oubliait ses angoisses de mère, elle ne tenait aucun compte de sa maternité, et peu lui importait son âge ; non, elle ne tenait aucun compte de la maternité, cette chose tyrannique, de la maternité, qui triomphe ordinairement des bêtes mêmes. En effet, combien de bêtes sauvages se laissent prendre par tendresse pour leurs petits, et, sans nul souci de leur propre conservation, tombent sans précaution entre les mains des chasseurs. De plus, il n'est point d'animal si faible qui ne défende sa progéniture, il n'en est point de si doux qui n'entre en fureur quand on lui enlève ses enfants. Mais notre sainte martyre brisa le joug tyrannique de maternité que lui imposaient et les hommes doués de raison, et les bêtes qui en sont dépourvues ; et non-seulement elle ne s'élança pas à la tête du tyran, non-seulement elle ne lui déchira pas le visage en voyant déchirer sa jeune postérité, mais elle poussa cette haute sagesse au point de préparer elle-même au tyran son barbare festin , et tandis que les premiers étaient encore à la torture, elle disposait les autres à souffrir les mêmes cruautés.

3. Que les mères écoutent ce récit; qu'elles soient jalouses du courage de cette femme, et de sa tendresse maternelle; qu'elles élèvent ainsi leurs enfants; car ce n'est point l'enfantement qui fait la mère, c'est là un simple effet de la nature; ce qui constitue la mère, c'est d'élever ses enfants, car ceci est le fait du libre arbitre. Et si vous voulez comprendre que ce qui constitue la mère ce n'est point de mettre l'enfant au monde, mais de bien l'élever, écoutez saint Paul louant la veuve, non pas pour avoir donné le jour à ses enfants, mais pour les avoir élevés. Car après avoir dit : Qu'on choisisse une veuve figée d'au moins soixante ans, éprouvée pour ses bonnes oeuvres (I Tim. V, 9, 10), il ajoute une parole qui montre quelle est l'œuvre principale d'une femme. Et quelle est-elle? C'est, dit-il, si elle a élevé ses enfants. Il ne dit pas que c'est d'en avoir eu, mais de les avoir (370) élevés. Imaginons donc ce que doit avoir souffert cette femme, s'il faut l'appeler de ce nom, en voyant les doigts d'un de ses fils palpiter sur les charbons, sa tête bondir, une main de fer saisir la tête du second, en arracher la peau, et la victime encore debout et parlant au milieu de ce supplice. Comment put-elle ouvrir la bouche? comment put-elle remuer la langue? comment son âme ne s'envola-t-elle pas de son corps? Je vais vous le dire : c'est qu'elle ne regardait pas sur la terre, mais qu'elle préparait tout pour l'avenir; elle n'avait qu'une crainte, c'était que le tyran ne se modérât et ne terminât trop tôt la lutte, qu'il ne désunît ses enfants, et qu'il n'en restât quelqu'un sans couronne. Et la preuve qu'elle le craignait, c'est qu'elle saisit en quelque sorte le dernier de ses propres mains, pour le plonger dans la chaudière : seulement, au lieu de ses mains elle se servit de sa parole, l'exhortant et le conseillant. Nous autres, nous ne pouvons apprendre sans douleur les maux des étrangers, et elle, elle voyait sans douleur les maux des siens. N'écoutons pas à la légère des faits semblables, mais que chacun, dans cet auditoire, applique toute cette tragique histoire à ses propres enfants; représentez-vous leur vue si chère, retracez-vous par la pensée les êtres que vous aimez le plus, et supposez-leur les mêmes souffrances vous connaîtrez bien alors toute la portée des choses dont je vous entretiens. Que dis-je? même alors vous ne la connaîtrez pas; car tout discours est impuissant à dépeindre les souffrances de la nature ; l'expérience seule nous en instruit. C'est bien le cas d'appliquer à cette mère, après le martyre de ses sept enfants, la parole du Prophète : Tu es comme un olivier chargé de fruits dans la demeure de Dieu. (Psaum. LI, 10.) Aux jeux olympiques, il entre souvent mille combattants, et la couronne reste à un seul; ici, il y a sept combattants, et tous les sept sont couronnés. Où me montreriez-vous une terre plus fertile? Où trouver des entrailles plus fécondes, et un enfantement plus heureux? La mère des apôtres fils de Zébédée ne donna le jour qu'à deux enfants; et je ne sache point d'autre femme que la mère des Macchabées qui ait donné naissance à sept martyrs, qui se soit elle-même ajoutée à leur nombre, l'augmentant ainsi non pas d'une seule martyre, mais pour ainsi dire de bien d'autres. Car ses enfants ne furent que sept martyrs; mais leur mère qui, selon la chair, ne fut qu'un martyr de plus, tint la place de deux fois sept martyrs, puisqu'elle fut martyre en chacun d'eux, et que c'est elle qui les rendit martyrs. Elle a donc enfanté pour nous une église tout entière de martyrs. Elle a eu sept fils, et elle n'en a enfanté aucun pour la terre, mais tous pour le ciel, ou plutôt pour le roi des cieux; elle les a tous enfantés pour la vie future. Le démon la fit entrer la dernière dans l'arène, afin, comme je l'ai déjà dit, que sa force étant épuisée d'avance au spectacle des épreuves, son ennemi pût facilement s'en rendre maître. S'il arrive souvent que des hommes, en voyant couler le sang, tombent en défaillance, et qu'il faut toutes sortes de soins pour rappeler en eux la vie qui leur échappe, et cette âme prête à fuir de leur corps, que n'a-t-elle pas eu à souffrir, quel trouble n'a-t-elle point ressenti en son âme, cette femme qui voyait tous ces flots de sang s'échapper non pas du corps d'un étranger, mais de la chair de ses propres fils? Ainsi donc, le démon la fit paraître sur l'arène après ses enfants, dans le but de l'affaiblir : mais il arriva tout le contraire; elle ne se présenta au combat qu'avec plus d'audace. Quelle en est la cause? Quel en est le motif? C'est qu'elle n'avait plus rien à craindre, c'est qu'il ne lui restait plus d'enfants ici-bas pour qui elle eût à redouter un acte de faiblesse qui les aurait privés de la couronne; c'est que les ayant tous mis en sûreté dans le ciel comme dans un asile inviolable, les ayant envoyés recevoir leur couronne céleste et jouir des biens immuables, elle s'armait pour la lutte avec une audace toute joyeuse. Ajoutant son propre corps à la troupe de ses enfants, comme à une couronne on ajoute une pierre d'un grand prix, elle s'en alla vers Jésus, l'objet de ses désirs, en nous laissant le plus grand des encouragements, le plus efficace des conseils, puisque sa conduite est une exhortation vivante à braver tous les supplices avec constance et grandeur d'âme. Quel homme, en effet, ou quelle femme, quel enfant ou quel vieillard sera désormais digne de pardon ou même d'excuse, s'il craint les dangers auxquels il serait exposé pour Jésus-Christ; puisqu'une femme avancée en âge, mère de tant d'enfants, a combattu de la sorte même avant le règne de la grâce, quand les portes de la mort étaient encore fermées, que le péché n'était pas encore effacé, ni la mort (371) terrassée, et qu'on voit cette femme supporter pour Dieu de pareils tourments, avec ce courage, avec cette ardeur? Pesons donc tout cela, hommes et femmes, jeunes gens et vieillards; inscrivons sur le registre de noire coeur ces combats et ces luttes, ayons sans cesse présente à notre âme comme une exhortation perpétuelle au mépris des souffrances, la fermeté de la mère des Macchabées, afin qu'après avoir imité ici-bas la vertu de nos saints martyrs, nous puissions dans le ciel avoir part aux mêmes couronnes. Autant ils ont montré de constance dans leurs épreuves, autant nous devons nous armer de courage dans nos luttes contre nos affections désordonnées, contre notre colère, contre notre avidité polir les richesses, pour les plaisirs du corps, pour la vaine gloire, et pour toutes les choses semblables. Car si nous venons à bout de cet embrasement de nos passions comme ces illustres martyrs ont triomphé du feu, il nous sera donné de nous placer à leurs côtés, et de jouir du même crédit auprès de Dieu; puissions-nous tous obtenir ce bonheur, par la grâce et la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ, par lequel et avec lequel gloire au Père et au Saint-Esprit, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

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DEUXIÈME HOMÉLIE.
ANALYSE.

Nous ne pouvons, ni louer dignement les martyrs, ni les louer tous ; mais ils nous savent gré du peu que nous faisons à cet égard et nous tiennent compte de la bonne intention. — Saint Chrysostome se bornera à louer le plus jeune des sept frères : il le compare à Isaac. — Il retrace ensuite, par un tableau saisissant, la grandeur d'âme de la mère des Macchabées, et il exhorte les chrétiens de tout sexe et de tout âge à imiter cette fermeté.

l. Il n'est pas possible avec une seule langue de louer tous les saints martyrs, et quand même nous aurions mille bouches et mille langues, nos éloges seraient encore insuffisants; quand je considère les belles actions de nos sept martyrs, je suis comme un homme avide de richesses, qui, devant une source d'où l'or sortirait par sept ouvertures, tenterait d'abord de l'épuiser tout entière, puis s'en irait après un travail long et inouï, laissant là la plus grande partie de cet or. En effet, n'importe ce que vous puiserez à cette source, vous en laisserez toujours la plus grande partie. Mais quoi ? parce que nous ne pouvons contribuer à cette oeuvre autant qu'elle le mérite, faudra-t-il nous taire? Nullement. Car c'est à des martyrs que nous apportons nos dons, et les martyrs imitent leur Maître dans l'appréciation des honneurs qui leur sont rendus. Et comment fait-il, ce Maître? Quand on lui offre des présents, ce n'est pas à l'importance de ce qu'on apporte, mais à la bonne volonté de celui qui offre, qu'il mesure la récompense. C'est ce qu'il a fait à l'égard de la veuve de l'Evangile : cette (372) femme avait donné deux oboles (Luc, XXI, 2-4) Dieu l'estima plus que ceux qui avaient beaucoup donné; car Dieu ne fit pas attention à l'exiguïté de la somme, mais à la richesse de l'intention la somme était de deux oboles, mais l'intention était plus précieuse que des milliers de talents d'or.

Mettons-nous donc courageusement à célébrer leurs louanges, et ce que nous avons fait hier, continuons-le, si vous voulez, encore aujourd'hui : hier nous avons pris à part la mère des Macchabées, et notre discours a été consacré à elle toute seule : en agissant ainsi, nous n'avons point voulu la séparer du groupe de ses enfants, mais seulement nous préparer plus sûrement de nouvelles sources de richesses. Poursuivons aujourd'hui le même plan : détachons de ce groupe l'un des enfants, et disons quelques mots en son honneur; car il serait à craindre que, semblables à sept fleuves, les éloges des sept martyrs venant à se confondre, n'inondent pour ainsi dire notre discours. Prenons donc à part l'un de ces jeunes gens, non pour le détacher du groupe de ses frères, mais afin de nous rendre la tâche plus légère; car en donnant des louanges à l'un, la gloire en reviendra également aux autres, puisqu'ils ont tous participé aux mêmes luttes. Du reste, leur mère se représentera encore à nous aujourd'hui, sans que nous cherchions à parler d'elle : la suite du discours la ramènera forcément ; elle ne pourra se résoudre à rester isolée de ses enfants : si elle ne les a pas quittés dans les tourments, elle ne s'en tiendra point séparée dans les éloges.

Lequel voulez-vous donc que nous choisissions, parmi les sept athlètes ? Sera-ce le premier, le second, le troisième, ou le dernier ? Mais pour mieux dire, nul d'entre eux n'est le derniér, car ils forment un groupe, et dans un groupe on n'aperçoit ni commencement ni fin ; toutefois, afin de mieux déterminer celui que nous voulons louer, ce sera le dernier en âge. Car leurs épreuves sont analogues, et leurs exploits sont égaux : or, où il y a égalité d'exploits, il n'y a point de premier ni de second. Prenons donc le dernier en âge, aussi grand que les autres pour les sentiments, aussi grand sous ce rapport non-seulement que ses frères, mais encore que le vieillard. Ce jeune enfant, seul d'entre ses frères, fut conduit, libre d'entraves sur le lieu du supplice; car il n'attendit pas la main des bourreaux, mais son propre zèle devança leur cruauté, et on l'amena sans l'avoir enchaîné. Il n'avait pour spectateur aucun de ses frères, car tous avaient péri ; mais il eut des spectateurs plus augustes que des frères, ce furent les yeux maternels. Ne vous le disais-je point, que même sans le chercher, nous en viendrions forcément à parler de leur mère? Voici en effet que la suite de mon discours la met en scène. Quel spectacle auguste et grandiose; le jeune enfant avait pour spectateurs non-seulement la foule des anges, mais qui plus est, ses frères eux-mêmes, qui le contemplaient non de la terre, mais du ciel. En effet, ils siégeaient, la tête couronnée, comme les juges aux jeux olympiques, mais au lieu de se prononcer simplement sur la lutte, ils exhortaient le combattant à mériter sa couronne. Le lutteur était donc là, sans liens, et prononçant des paroles pleines d'une sagesse divine; il voulait convertir le tyran à sa propre piété; et comme il n'y put parvenir, il fit la seule chose qui lui restât, il se livra lui-même pour être mené au supplice. Le tyran avait pitié de l'âge de cet enfant, et l'enfant pleurait sur l'impiété du tyran; car le tyran et le martyr ne regardaient pas les choses de la même manière; ils avaient tous deux des yeux semblables selon la chair, mais selon la foi leurs yeux étaient différents : l'un ne voyait que la vie présente, l'autre considérait la vie à venir, vers laquelle il allait prendre son vol ; le tyran n'apercevait que ce cruel appareil de chaudières , le martyr entrevoyait l'enfer où le tyran voulait le précipiter.

Si nous admirons Isaac pour ne s'être pas élancé loin de l'autel quand son père l'attacha et le garrotta (Genès. XXII), pour n'avoir pas bondi en voyant le glaive levé sur lui; nous devons admirer bien davantage le jeune Macchabée, puisqu'on ne l'attacha pas, puisqu'il n'eut pas besoin de la contrainte des liens et n'attendit point la main du bourreau; mais qu'il devint à lui-même sa propre victime, son propre sacrificateur et son propre autel. Il jeta les regards autour de lui, et ne voyant là aucun de ses frères il se troubla; on le pressa de se bâter et de faire en sorte qu'il ne fût point séparé de leur troupe glorieuse. Et c'est pour cela qu'il n'attendit pas la main du bourreau, car il craignait d'être épargné par le tyran, il tremblait que ce dernier, dans sa pitié pour lui, ne voulût le soustraire au sort de ses (373) frères: il prévient donc cette résolution, et lui-même il se soustrait à un acte d'humanité si cruel. Il y avait bien des motifs capables de fléchir le tyran : l'âge de l'enfant, le supplice de tous ses frères, capable de rassasier même une bête féroce (mais le tyran, lui, n'était pas encore assouvi) ; puis, les cheveux blancs d'une mère, enfin, il voyait qu'il n'avait rien gagné au supplice des précédents.

2. Le jeune martyr ayant songé à tout cela, se précipita à ce supplice d'où il était ensuite impossible de réchapper; il se plongea dans la chaudière comme dans une source d'eau fraîche, la regardant comme un bain céleste et comme un baptême. Et de même que lorsqu'on est la proie des flammes, on va se jeter dans un réservoir d'eau froide, ainsi notre martyr, brûlé du désir d'aller rejoindre ses frères, se précipita dans ce lieu de tourments.

Sa mère l'excitait encore par ses exhortations, non pas que son jeune fils en eût besoin, mais c'était afin que l'on connût la fermeté de cette femme; elle n'eut, en effet, pour aucun de ses sept enfants, les sentiments habituels chez une mère, ou plutôt, elle les eut an contraire pour chacun d'eux, mais elle ne se disait pas : Eh! quoi? on m'a ravi tous mes enfants : ce dernier seul me reste; s'il m'est enlevé, je n'en ai plus aucun ; qui désormais aura soin de ma vieillesse, si lui aussi vient à me quitter? Ne me suffisait-il pas de livrer la moitié des six autres, ou si ce n'était pas assez, tous les six autres? Le seul qui me soit laissé pour consoler ma vieillesse , le donnerai-je encore comme les précédents? Elle n'a dit ni pensé rien de tout cela ; mais par ses paroles d'encouragement, comme si elle se fût servie de ses bras, elle enleva son ',fils et le plongea dans la chaudière, rendant gloire à Dieu de ce qu'il avait accueilli tous les fruits de ses entrailles, de ce qu'il n'en avait rejeté aucun, de ce qu'il avait récolté tous les produits de l'arbre. De sorte que je puis hardiment dire qu'elle a plus souffert que ses enfants. En effet, la plus grande part de douleur et la défaillance leur étaient épargnées; tandis que leur mère, en qualité même de mère, avait une idée nette, une intelligence entière, et un sentiment très-clair de ce qui se passait. On pouvait y voir un triple feu, l'un allumé par le tyran, l'autre par la nature, et le troisième par le Saint-Esprit. La fournaise attisée par le tyran de Babylone n'était pas aussi ardente que la fournaise préparée à la mère des Macchabées parle tyran dont nous parlons; dans la première, la flamme avait pour aliments le naphthe , la poix, les étoupes et les sarments : ici le feu est activé par les sentiments de la nature, les angoisses maternelles, la tendresse de la famille, le saint accord de ces enfants. Le feu ne les torturait pas tant dans ces chaudières cruelles que leur mère était torturée par sa tendresse pour eux; mais elle en triomphait par sa piété; la nature luttait contre la grâce, et la victoire restait à la grâce : la piété surmontait ses angoisses, le feu était vainqueur du feu, le feu spirituel vainqueur du feu matériel, du feu allumé par la cruauté du tyran. Et de même qu'un rocher au bord de la mer reçoit les attaques des flots sans en être lui-même ébranlé, tandis qu'il les disperse en écume et les fait évanouir sans effort ; de même le coeur de cette femme, pareil à ce rocher du rivage, reçoit les coups de la douleur maternelle; mais il demeure inébranlable et il en brise le choc par sa constance et son ferme courage; elle tient à honneur de montrer au tyran qu'elle est vraiment leur mère, qu'ils sont vraiment ses généreux enfants, non point par les liens de la nature, mais par la ressemblance de leur vertu ; il lui semble voir non pas la flamme des supplices, mais un flambeau nuptial. Une mère qui pare ses enfants pour un mariage n'a pas autant d'allégresse que cette mère éprouvait de joie à la vue du supplice de ses fils; et comme si elle eût revêtu l'un de la robe d'époux, qu'elle eût tressé des couronnes pour l'autre, et préparé pour un troisième la chambre nuptiale, ainsi était-elle joyeuse de voir l'un courir à la chaudière, l'autre à la poêle cruelle, et de voir couper la tête à un troisième. Ce n'était partout que fumée, odeur de chair brûlée; chacun de ses sens lui transmettait quelque chose de ses enfants : ses yeux les voyaient, ses oreilles entendaient leurs paroles si chères à son coeur, ses narines recevaient la fumée si douce à la fois et si désagréable de leurs chairs consumées; désagréable aux infidèles, mais la plus agréable de toutes , à Dieu et à elle-même ; cette fumée qui obscurcissait l'air, mais non pas l'âme de leur mère, car elle se tenait debout et imperturbable, supportant avec fermeté tout ce qui se passait. Mais il est temps de terminer ce discours, afin que nos martyrs (374) reçoivent de plus nombreux éloges de la bouche de notre commun maître Flavien.

Que les pères imitent cette sainte femme, que les mères la prennent pour modèle, que son exemple soit suivi également par les femmes et par les hommes, par ceux qui vivent dans la virginité, sous le sac ou dans les fers ; car à quelque degré que nous poussions la patience et l'austérité, notre constance sera toujours dépassée par l'admirable résignation de cette femme. Que personne donc parmi ceux qui sont arrivés au plus haut point du courage et de la fermeté, ne trouve indigne de soi-même de prendre les leçons de cette femme âgée; mais prions tous en commun, habitants des villes et des déserts, personnes vouées à la virginité, ménages brillants de chasteté conjugale , fidèles qui méprisent toutes les choses d'ici-bas et qui ont crucifié leur chair, demandons tous à Dieu de pouvoir, après avoir fourni la même carrière qu'elle, être jugés dignes du même crédit auprès de lui, et prendre place en ce jour-là, à côté de la sainte martyre, grâce à ses prières, à celle de ses enfants, et de l'illustre et généreux vieillard Eléazar, qui complète cet auguste chœur, et qui a montré une âme de fer dans les tourments. Or nous pourrons y parvenir, si avec leurs saintes prières nous y contribuons nous-mêmes de toutes nos forces, si, avant les luttes et les épreuves, nous domptons en temps de paix nos propres passions, réprimant les mouvements désordonnés de la chair, mortifiant notre corps et le réduisant en servitude. Car si nous vivons ainsi pendant le calme , nous recueillerons de nos exercices une brillante couronne; et si Dieu, dans son amour pour nous, juge à propos de nous faire soutenir une lutte comme la leur, nous arriverons tout préparés sur le terrain , et nous obtiendrons les biens du ciel; puissions-nous tous parvenir à ce bonheur par la grâce et la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ, par lequel et avec lequel, gloire, honneur et puissance au Père et au Saint-Esprit, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il

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TROISIÈME HOMÉLIE
ANALYSE.

Cette homélie si courte renferme néanmoins un tribut de louanges successivement données an vieillard Eléazar, aux sept frères Macchabées et à leur pieuse mère; saint Chrysostome termine en opposant les sacrifices inouïs de cette sainte femme à la mauvaise grâce de tant de chrétiens lorsqu'il s'agit du sacrifice d'argent même le plus léger.

Ce morceau si médiocre est-il de saint Chrysostome ? on en a douté, et, croyons-nous, avec raison. Les choses n'y sont qu'effleurées, et il ressemble plus à un canevas qu'à un discours.

1. Lorsque je considère d'une part les éloges qui sont dus aux martyrs pour leurs actions, et de l'autre cette multitude qui se trouve ici à l'étroit, je suis dans l'hésitation. Si donc vous voulez bien, nous laisserons pour le moment les instructions de côté, et nous (375) tâcherons d'imiter l'énergie des martyrs. Que le vieillard Eléazar se présente le premier, lui par qui a commencé la lutte, lui, qui est le fondement de ce témoignage public, la porte de l'arène, le chef de ces courageux soldats, l'éclaireur de leur constante phalange, le vieillard aux cheveux blancs mais au coeur de jeune homme, le proto-martyr de l'ancienne loi, la figure de saint Pierre, prince des apôtres. L'ennemi était las de sollicitations et de coups de fouet, et le patient ne cessa de parler; il était debout, ce vieillard rendu tremblant par les années, et le tyran était assis, respirant la menace et le carnage; et néanmoins le vieillard chancelant sortit florissant de la lutte, et celui qui était dans la force de l'âge se retira vaincu. Celui qui était debout et que l'on déchirait, c'était un vieillard à cheveux blancs; celui qui siégeait au tribunal, c'était un jeune homme parlant en maître et plein de colère, et pourtant la victoire demeura aux cheveux blancs. O triomphe d'un genre nouveau ! toute une armée lançant à la fois ses flèches, mise en déroute par un seul vieillard qu'elle blesse de ses traits. Mon admiration pour la lutte du vieillard m'empêche de passer au courage des jeunes gens : il faut cependant en venir à eux, qui ont aussi réduit le tyran : car il a été glorieux aussi le trophée qu'ils ont élevé de sa défaite : la jeunesse ne devait pas se montrer moins intrépide que la vieillesse.

Sept jeunes gens de suite, après des prodiges de valeur, reçurent la couronne : fruits des mêmes entrailles, ils s'étaient élancés à une même expédition. Je termine ici mon discours, si bon vous semble, vous, les chantres vaillants de ces vaillants martyrs. Mais, je le répète, sept jeunes gens, fruits des mêmes entrailles, s'élancent à une même expédition, et tous les sept, l'un après l'autre, sont couronnés pour leurs , exploits : leurs parents leur avaient donné, avec la qualité de frères, la même parure de vertu, et ils se précipitèrent l'un après l'autre dans l'arène. Il faut à présent, généreux martyrs, que je rappelle à votre occasion cette parole de l'Evangile : Heureuses les entrailles qui vous ont porté et les mamelles que vous avez sucées. (Luc, XI, 27.) Et, puisque j'ai parlé de mamelles et d'entrailles, l'instant est venu de passer à la mère de ces héros, qui est morte plusieurs fois dans un seul corps, ou mieux, qui, plusieurs fois égorgée, n'a pas une seule fois ressenti de douleur; femme à la fois invulnérable et criblée de blessures. Le premier de ses fils, traîné à la mort, ne lui causa pas autant de trouble qu'elle ne se tourmentait pour le second, qui n'avait pas encore commencé la lutte; la mort du second ne lui fit pas autant de peine qu'elle ne redoutait la vie du troisième dont le terme lui était inconnu; le troisième et le quatrième, égorgés à leur tour, étaient peu de chose pour elle tant que vivait encore le cinquième; même le trépas du sixième ne put triompher de son courage héroïque; restait enfin pour la lutte le septième, le dernier de tous, qui allait compléter les sept cordes de cette lyre du martyre. Eh bien ! cette mère fut-elle fléchie par l'âge encore si tendre de son enfant? eut-elle pitié de ce dernier gage de sa maternité? Non, elle poussa elle-même l'enfant à la mort, non de ses mains, mais de ses conseils: O mon fils, lui dit-elle, ne laisse pas incomplet le nombre de vos couronnes; partage avec tes frères angoisses et actions d'éclat; à la communauté de votre naissance, égale celle de ta conduite; fais voir que, sur l'arène aussi, tu es bien le frère de ceux qui ont péri. La nature t'a fait mon septième enfant, sois mon septième martyr par ta libre volonté; que l'on ne m'appelle pas, par ta faute, la mère de sept enfants et de six martyrs seulement.

Et maintenant où sont-ils ceux qui n'apportent pas à Dieu même leur argent en offrande? Une mère est venue amener en ce jour ses sept jeunes fils au Seigneur, et elle n'a mis aucune tiédeur à présenter au sacrifice ces fruits de ses entrailles; et que de gens, dans certaines circonstances, quand il s'agit de quelques oboles, nous marchandent mesquinement leur offrande ! Apportons donc à Dieu, nous autres, l'offrande de nos âmes, de nos richesses et de nos corps, glorifiant en tout Jésus-Christ, à qui appartiennent la gloire et la puissance dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
 

 

 

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FRAGMENT DE SAINT JEAN CHRYSOSTOME SUR LES MACCHABÉES.
(Extrait du traité de saint Jean Damascène, de Imaginibus, liv. 3.) Edition du R. P. Michel Lequien, tom. I, pag. 384.

Les images qui reproduisent les traits des princes ne sont pas toujours d'éclatants objets d'or, d'argent ou de quelque matière précieuse, on voit souvent l'airain lui-même nous représenter également leur figure. Or, la diversité des matières n'ôte rien au mérite de cette ressemblance, et les images faites de matières précieuses ne perdent rien non plus à ce que d'autres, moins précieuses, reproduisent les mêmes modèles. Les unes comme les autres tirent leur valeur de la ressemblance du prince; ressemblance que n'avilit point telle ou telle matière, mais qui les rend plus précieuses en se communiquant à elles.

Traduit par M. MALVOISIN

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