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Paroisse orthodoxe St Léonard

Lettre de Saint Léonard mars 2009

PAROISSE ORTHODOXE

SAINT LEONARD

Eglise Orthodoxe de France

        

Rte Aloïs-Fauquez 13  1018 Lausanne  (Suisse)

Tel: 021/ 646 24 01  Portable Père Claude: 077/ 452 40 39

Claude.orthodoxielausannoise@gmail.com 

"Seigneur et Maître de ma vie, l'esprit d'oisiveté, de découragement,

       de domination  et  de parole  facile,            

éloigne  de moi !

        L'esprit de pureté, d'humilité, de patience et de charité,            

donne à ton serviteur.

     Oui, Seigneur et Roi, donne-moi de voir mes fautes et          

de ne pas juger mon frère.

Car Tu es béni aux siècles des siècles". (Saint Ephrem) 

Lettre de Saint Léonard

Soyons en silence !

Le texte que nous publions est celui de l’introduction de la retraite prière et silence au monastère de la Transfiguration 

Un constat assourdissant !

Nous allons parler… du silence. Notre société agitée de supporte pas le silence. Dans les tensions dues au travail, à la fréquentation de la société, dans les loisirs ainsi que dans tous les actes anodins de la vie le silence devient insupportable.

Outre les bruits quotidiens des machines de production, des véhicules, du travail; l’homme moderne introduit partout une sorte de bruit de fond qui couvre chaque instant de silence ou de solitude. Cet homme apeuré remplit alors son existence de bruits jusqu’en des endroits les plus intimes pour tromper l’angoisse qu’il a de se retrouver face à lui-même.

La consommation frénétique de bruits et de biens prend les allures d’une fuite en avant, de la négation de la personne pour appartenir à un groupe, se fondre et se réfugier dans une société qui le manipule. L’homme, alors, n’est plus une personne mais devient un individu.

Alors, l’homme ne pense plus, il répète. Il n’agit plus, il réagit ou subit. Il ne se nourrit plus, il avale. Il n’achète plus, il consomme. Il ne parle plus, il téléphone. Il ne dialogue plus, il monologue.

Dans ce Mac Donald du prêt à penser, de la malbouffe intellectuelle, sociale, alimentaire; aucune place, pas un instant, pas un temps mort. Pas le temps de souffler. Pas une respiration. Car si les hommes respiraient, la société serait remise en question et s’écroulerait comme un château de cartes. Le silence est révolutionnaire ! « Sous les pavés, la plage ». L’acte que nous vous proposons est en premier lieu un acte personnel, la décroissance sociale pour la croissance intérieure.

Quelle démarche ?

Et nous, face à notre miroir ou en regardant dans le rétroviseur de notre propre existence, nous qui faisons ce constat alarmant, reconnaissons que nous sommes fatigués !

Aspirons-nous au repos ou au silence ?

Voulons-nous faire une pause, souffler, faire le vide ?

Aussi louable soit-elle cette démarche n’est pas celle du silence !

Le silence n’est pas une simple absence de bruit mais un choix ou une sélection de ce que nous voulons et pouvons entendre et accepter de notre entourage. Le silence n’est pas le vide. Notre propos sera donc en premier lieu de faire un peu de place dans notre maison intérieure pour y placer de nouveaux meubles, pour la remplir. Le silence, c’est plein ! Le silence n’est pas un lit douillet mais une route où l’on marche droit, debout, … à l’écoute. Le silence est exigeant, il est actif. 

Ce que le silence n’est pas !

Le silence n’est pas une fuite. Deux exemples, dont un d’apparence absurde, pour nous faire comprendre les pièges à éviter.

Les jeunes qui se promènent dans la rue avec leurs appareils de musique vissés aux oreilles écoutent souvent et trop fort une musique très rythmée qui pourra leur valoir des problèmes auditifs graves. Curieusement, on peut dire que, paradoxalement, ils pratiquent une forme de (faux) silence ! Ils sélectionnent ce qu’ils veulent bien entendre, ils vivent dans leur bulle, le monde extérieur leur est étranger. Ils sont sourds et complètement déconnectés.

L’autre exemple est celui de la fuite du monde par protection. Créer une bulle où  rien ne peut plus nous atteindre. Se donner des airs de vieux sage, créer un personnage qui n’est que factice parce que ce (faux) silence n’ est en réalité qu’ un mur de séparation d’avec le monde.

Avez-vous remarqué combien la vie moderne capte notre attention sans même que nous nous en rendions compte ?

Lorsque nous conduisons notre automobile, les signaux, les interdictions, les obligations, le code de la route, la conduite et la circulation nous sollicitent une attention intensive. Le travail, les cadences de travail ne laissent aucun répit. Il faut être productifs.

Même lorsque vous marchez paisiblement en ville, les sollicitations sont nombreuses. Votre attention est captée par la publicité, la circulation, les feux, les lumières, les bruits et les règles. 

Le silence intérieur

Le silence extérieur, nous l’expérimenterons, n’apporte pas de manière immédiate le silence intérieur. Bien au contraire ! Il peut être un révélateur redoutable de l’état de notre être intérieur.

On ne peut donc pas proposer le silence à tout un chacun. On ne peut faire silence sur commande, d’un seul coup, parce que le silence n’est pas le vide.

Les pensées, les états d’âme surgissent alors et se télescopent en nous ne créant non pas la paix et l’équilibre recherchés mais bien un état de confusion et d’agitation psychologiques ou spirituels de l’homme à la rencontre de son « moi » devenu un étranger.

Cette sensation désagréable est la première étape que nous traverserons. Elle est celle du constat. L’être que nous sommes n’est pas celui que nous croyons être. Nous ne correspondons pas à l’image que nous nous faisions de nous-même.

Cette étape, beaucoup d’hommes et de femmes d’aujourd’hui la connaissent à l’occasion des circonstances de la vie, du chômage, de la maladie…C’est la dépression, le burn-out. Ces maladies typiques de l’homme d’aujourd’hui sont dues, essentiellement, à un mode de vie qui ne Correspond plus aux aspirations fondamentales  de l’homme. Et si nous sommes, ici, à St Marcel, c’est que nous en avons conscience. Cette phase que nous appellerons « dépressive » peut être dépassée. 

Une méthode ?

Comment ?

En prenant conscience de soi-même ! En reprenant contact avec son corps, son environnement. En respirant physiquement et intellectuellement et spirituellement. En se reconnaissant comme une personne importante, unique, un être irremplaçable tant aux yeux de Dieu que pour les autres. En passant du personnage virtuel à la personne consciente.

Pour cela il n’existe pas de méthode universelle. Chacun avance selon le rythme qui lui est propre. Tout au plus, pouvons-nous indiquer quelques pistes: Pour commencer, prendre une page blanche et y écrire ce que nous trouvons de positif en nous. Il n’y en a certainement plus que ce que nous croyons ! Placer sur une autre page, le négatif, ce que nous désirons changer. Ce sera en quelque sorte, une forme de journal de retraite appelé à évoluer ces jours et après notre retour.

Se placer dans l’église, face à l’icône du Christ. Contempler, prier, tenter d’être avec et dans le Christ. Savoir que l’on peut tenir cinq minutes de vraie prière sur des heures de contemplation ou même de célébration de la Divine Liturgie.

En marchant, en contemplant la nature, le travail de l’homme, en prenant conscience du monde qui nous entoure. En étant plus spectateur qu’acteur. Le spectateur n’est pas inactif puisqu’il reçoit, prend, attrape, ramasse, récolte.

Toutes ces pistes, elles sont multiples selon notre propre expérience, visent à un seul et unique but: prendre possession de soi-même en écoutant sa propre respiration. Prendre Conscience de sa propre vie. Exister en dehors de obligations sociales de toutes sortes. Et de poser ces questions hors de la pression de l’utilité, de l’action.

 

Questionnement

 

Qui suis-je vraiment ? L’image que j’ai de moi (et celle que je donne aux autres) Est-ce un leurre, un artifice avec lequel je joue et me trompe moi-même ? Suis-je mon meilleur ami ou mon meilleur ennemi ? Suis-je vrai ?

Cette vérité sur moi-même m’est-elle supportable ? Ma vie, le sens que je lui donne, est-il en adéquation avec ce que je suis au plus profond de moi ? Sachons aussi que nous nous arrangeons toujours, plus ou moins bien, avec ces questions et que l’équilibre entre l’être que nous sommes vraiment, celui que nous croyons être, celui que nous montrons aux autres (et à Dieu) est des plus précaire. Il est toujours remis en question par chaque acte que nous faisons ou parole que nous prononçons. Et cela, à chaque minute ou seconde de notre vie.

Quel est le sens de ma prière ?  Pourquoi est-ce que je prie ?  Comment ? Qui est au centre de ma prière: Dieu ou ma petite personne ?

Le silence n’est pas le vide parce que le vide n’existe pas. Il oblige l’homme à la vérité sur lui-même, il le confronte à la réalité de son existence, à son être. Le questionnement est incontournable. Il peut être pénible et peut-être impossible à certains. Ce premier silence, cet apprentissage, ces retrouvailles ne nous mettent  pas immédiatement en contact avec notre propre « moi ». C’est une étape par laquelle il faut passer. Se reconnaître, se connaître et se supporter pour vivre en accord avec soi-même et prier Dieu en vérité.

Savoir ce qui est utile. Oser dire que l’inutilité au sens du monde n’est pas l’inactivité. Identifier ses pensées, sélectionner ce qui est inutile ou superflu en nous, ouvrir et cultiver, jardiner et arroser notre âme. Tel est le sens de De ce silence actif que nous vous proposons. Cette pratique, des plus actives qui soit, n’est pas celle de la dépression au sens psychiatrique du terme mais bien celle d’une gestion de la pression qui peut permettre à l’homme de s’ouvrir, de quitter la bulle dans laquelle il se meut pour aller au-delà, vers Dieu et vers les autres.

Résultats

L’homme moderne aime les résultats !  Nous n’avons pas de résultats à vous proposer. C’est vous qui détenez les clés de vos prisons intérieures. Chacun d’entre-nous a ses fers, ses portes. Ses boulets.

Lorsque le forgeron travaille une pièce, il en voit immédiatement le résultat; de même pour le boulanger.

Le paysan, le jardinier qui sème des graines devra attendre la pleine saison pour récolter les fruits de son travail.

L’éducateur, l’instituteur, le médecin, le thérapeute, le prêtre, le maître spirituel ne verront peut-être jamais la finalité ce qu’ils ont participé à former ou modeler.

Un goût d’inachevé

Nous partirons d’ici avec un goût d’inachevé qui sera un nouveau commencement dans notre vie de tous les jours. Nous nous frotterons à notre être intérieur avec le regard interrogateur de celui qui se découvre avec un peu de distance, qui tente de quitter le psychique pour entrer, un peu, dans le spirituel.

Pour prier, il faut être apaisé. Bien sûr, il peut y avoir le cri, la révolte. La prière, c’est aussi cela. Mais elle est avant tout une rencontre active entre Dieu et l’homme qui prie. Cette activité prend alors tout son sens lorsque le Christ dit :

Heureux les pauvres en Esprit, car le Royaume des cieux est à eux.

Père Claude

Mercredi 25 février - Mercredi des Cendres

19h Divine liturgie des présanctifiés  Rite de pénitence, bénédiction et imposition des cendres

Dimanche 1er mars - Quadragésime - 10h Laudes et Divine Liturgie  Samedi: 19h Vêpres 

Samedi 7 mars - Quatre-Temps de printemps - 19h Divine liturgie  Dimanche: pas d'office 

Dimanche 15 mars - 3e dimanche de Carême - 10h Laudes et Divine Liturgie  Samedi: 19h Vêpres 

Dimanche 22 mars - 4e dimanche de Carême - 10h Laudes et Divine Liturgie  Samedi: 19h Vêpres 

Dimanche 29 mars - 5e dimanche de Carême - 10h Laudes et Divine liturgie  Samedi: 19h Vêpres 

Mardi 31 mars - Saint Benjamin - 19h Divine liturgie des présanctifiés 


Lettre de Saint Léonard février 2009

PAROISSE ORTHODOXE

SAINT LEONARD

Eglise Orthodoxe de France

Rte Aloïs-Fauquez 13  1018 Lausanne  (Suisse)

Tel: 021/ 646 24 01  Portable Père Claude: 077/ 452 40 39

Claude.orthodoxielausannoise@gmail.com

Donner

Aujourd’hui, je ne vous parlerai pas de la conversion de saint Paul. Vous connaissez ! Je m’attacherai au texte du prophète Malachie qui, je le pense, revêt une actualité particulière pour les gens de notre paroisse.

Savez-vous que la messe est un sacrifice liturgique et non sanglant ?

Savez-vous que nous n’aurions pu célébrer la Divine Liturgie aujourd’hui ?

Étonnant, n’est-ce pas ?

Le prophète Malachie fustige ceux qui apportent au Seigneur des bêtes boiteuses, malades et même le produit d’un vol. Plus tard, Tertullien , dans son Apologétique, décrira les temples païens comme des abattoirs à bon marché dans lesquels les sacrifices faisaient œuvre de débarras.

Le sens du don apparaît ici comme le négatif d’une photographie. On voit bien que donner au Seigneur ce n’est pas prélever ce qui est inutile ou superflu. Dieu n’est pas un brocanteur avec lequel on « chine » ou on marchande le prix de notre salut.

Souvenez-vous d’Abraham allant sacrifier au Seigneur un fils aimé. Ayez à l’esprit cette veuve pauvre qui donne l’indispensable et le vital: l’ huile et la farine. Pensez à Abel qui offre les premiers nés de son troupeau en sacrifice au Seigneur sans oublier Caïn qui, lui, offre les plus beaux fruits de la terre.

Le don est un prélèvement sur ce qui est indispensable. C’est précisément le sens du mot « sacrifice ». Ce mot que l’on connaît bien dans la langue française usuelle. On se sacrifie pour ses enfants, pour le travail, etc. Plus rarement pour Dieu.

Le sacrifice doit être un acte positif. Non par convenance sociale ou à contre cœur. Telle était la différence entre le sacrifice d’Abel et celui de Caïn. L’un a été accepté, l’autre refusé.

Le Psalmiste dit: « Mon sacrifice à Dieu, c’est un esprit brisé; d’un cœur brisé, contrit,tu n’as point de mépris » (traduction Osty) Qu’est-ce qu’un esprit brisé ? C’est un esprit disponible à Dieu.

Offrir un sacrifice à Dieu, donner au Seigneur; c’est aussi par cet acte extérieur commander l’acte intérieur de notre propre sacrifice et du don de soi.

Le prophète Malachie nous conduit à nous interroger sur notre attitude intérieure et extérieure lors de la Divine Liturgie.

La Liturgie est un sacrifice, elle n’est pas un spectacle ! La place du fidèle dans l’église n’est pas celle d’un fauteuil d’orchestre à trois francs cinquante !

Les fidèles, les clercs sont co-participants au Mystère eucharistique, l’Épiclèse est celle de l’Église qui se fait coupe pour recevoir l’Esprit Saint.

Lorsque le diacre proclame: « apportons nos offrandes pour l’Église….. Qu’apportons-nous ?

Dans la plupart des paroisses, à l’entrée, il y a une table d’offrande qui permet aux fidèles de faire les dons pour que la Divine Liturgie puisse être célébrée. Quelles sont ces offrandes ?

Le pain (prosphore), le vin, l’encens, l’huile, les cierges, le charbon, les diptyques. Et, bien entendu, la quête pour la paroisse.

Participer au sacrifice eucharistique implique donc une contribution des fidèles pour que la liturgie puisse avoir lieu et, aussi, une collaboration active à la vie de l'Église. Seule cette participation- collaboration permet la juste adéquation avec le sens profond du sacrifice liturgique.

Le mouvement est double: Dieu se donne gratuitement, sacrifie son fils unique, descend vers l’homme pour le rendre participant à Sa divinité. Face à cette bonté de Dieu, le rôle de l’homme ne peut être celui d’un spectateur ou d’un consommateur passif.

L'Église est aussi le lieu de la mémoire du sacrifice du Christ. Ainsi les prêtres d’aujourd’hui, comme ceux de tous les temps, prononcent les paroles du dernier repas du Christ, des premiers chrétiens, de ceux de tous les temps, de tous les lieux obéissant ainsi à l’ordre du Seigneur: « Faites ceci en mémoire de Moi ».

Dans le sacrifice liturgique Dieu se donne à nous, gratuitement ! Oui, gratuitement. Cela veut-il dire que la part de l’homme est celle d’une acceptation passive pour ne part dire résignée d’un état de fait trop difficile à supporter ? Non, et vous le savez !

La Liturgie est le lieu privilégié de la rencontre de la volonté divine et de la volonté humaine. C’est ce que l’on nomme en langage théologique: la synergie. Pour qu’il y ait rencontre, il est indispensable qu’il y ait mouvement de l’homme vers Dieu. Que le sacrifice du Christ rencontre le sacrifice de l’homme. Que l’homme sanctifie (rendre saint) sa marche vers le divin par des actes intérieurs pour se rendre disponible au feu brûlant de l’amour divin. Comment se préparer à recevoir en nous ce Christ libérateur de la mort et du péché ?

Tout d’abord, se donner tout entier en faisant silence en son cœur et se mettre dans une attitude réceptive. « Briser » son esprit, évacuer les pensées, se faire coupe pour recevoir l’Esprit Saint. Être disponible à la grâce en participant (participer à n’est pas assister à) au sacrifice eucharistique.

Sachons également, en toute humilité, que cette attitude idéale de prière ne peut être continue. Alors, si l'on prie vraiment cinq minutes… c’est bien.

La participation au sacrifice liturgique est aussi notre concours pour que la Divine Liturgie puisse avoir lieu. Le don de soi et les offrandes sont liés et forment l’équilibre du sacrifice liturgique.

Ainsi le pain et le vin consacrés, dons de la communauté, qui deviendront véritablement le Corps et le Sang du Christ, seront apportés en offrande par les fidèles comme une oblation pure.

Apportez vos diptyques, mettez de l’argent à la quête, payez vos cierges ! Tout cela fait aussi partie de l’action liturgique de l'Église. Tout est lié. Se donner et donner sont ainsi réunis en un seul mouvement pour le fidèle qui participe en vérité à la Liturgie.

Le prophète Malachie nous rappelle ce qu’est notre sacrifice liturgique. Il est à la fois le don de Dieu et le don de l’homme. Rendons gloire à Dieu le Père, à son Fils unique et à l’Esprit Saint, un seul Dieu pour les siècles des siècles. Il s’est donné complètement, entièrement. Le Créateur s’est donné pour sa créature. A Lui la gloire jusqu’à la fin des temps.

Amen.

Père Claude

Homélie du 2e dimanche après la Théophanie

 

Paroisse St Léonard

Rte Aloïs-Fauquez 13

1018 Lausanne

Tel: 021/ 646 24 01

Prêtre: 077/ 452 40 39

 

 

Dimanche 1er février

3e dimanche après la Théophanie

10h Laudes et Divine Liturgie Samedi: Vêpres

Mardi 3 février

Saint Syméon et Sainte Anne

19h Divine Liturgie

Dimanche 8 février

Septuagésime

10h Laudes et Divine liturgie Samedi: 19h Vêpres

Dimanche 15 février

Sexagésime

10h Laudes et Divine liturgie Samedi: 19h Vêpres

Dimanche 22 février

Quinquagésime

10h Laudes et Divine Liturgie Samedi: 19h Vêpres

Mercredi 25 février

Mercredi des Cendres

19h Divine liturgie des présanctifiés Rite de pénitence, bénédiction et imposition des cendres

Cours d'introduction

à la théologie orthodoxe

Philosophie et histoire de l'Église

Droit canon et dogmatique

Mardi 3 et mercredi 25 février dès 20h 15

après la Divine Liturgie

 

 

Retraites stages

et séminaires

Monastère de la Transfiguration

81170 St Marcel-Campes (Tarn)

Prière et silence

Du 10 au 13 février 2009

Animateur: Père Claude

 

Monastère de la Transfiguration

81170 St Marcel-Campes (Tarn)

Vivre la Semaine Sainte au monastère

Du 6 au 10 avril 2009

Prêtres: Père Claude et Père Dominique

 

Monastère de la Transfiguration

81170 St Marcel-Campes (Tarn)

Chanter les Heures

Du 6 au 10 juillet

Animateur: Stéphane Billod

 

Renseignements: Père Claude

AVIS IMPORTANT

 

Afin de diminuer au maximum les coûts de la « Lettre de Saint Léonard » et sauver les arbres de la planète, nous faisons une édition électronique de notre petit journal.

Merci de nous indiquer votre e-mail afin que nous puissions vous la faire parvenir sans frais.

L’édition « papier » demeure, bien entendu, pour ceux qui ne possèdent pas internet.

 

Claude.orthodoxielausannoise@gmail.com

 

HUMOUR !

Placards paroissiaux

Sainte Innocence, ingénuité ou créativité ?

Ce sont de vrais avis placardés sur les portes de vraies églises de vraies paroisses.

Ils sont écrits avec beaucoup de bonne volonté… et quelques problèmes de syntaxe…

Avis aux paroissiens.

A tous ceux qui ont des enfants et qui ne le savent pas encore, il y a dans la paroisse un espace réservé aux enfants.

Avis aux paroissiens.

Jeudi prochain, à cinq heures de l’après-midi, il y aura une réunion du groupe des mamans. Toutes les dames, qui souhaiteraient faire partie des mamans, sont priées de s’adresser au curé.

Avis aux paroissiens.

Les réunions du groupe de développement de la confiance en soi ont lieu les vendredis à vingt heures.

Prière de rentrer par la porte de derrière.

Avis aux paroissiens.

Vendredi à dix-neuf heures, les enfants de l’Oratoire feront une représentation de l’œuvre de « Hamlet » de Shakespeare, dans la salle paroissiale. Toute la communauté est invitée à prendre part à cette tragédie

Avis aux paroissiens

Chères Dames, n’oubliez pas la prochaine vente pour nos œuvres de charité. C’est une bonne occasion de vous débarrasser des choses inutiles que vous avez chez vous.

Amenez vos maris !

Avis aux paroissiens.

Sujet de la catéchèse d’aujourd’hui: « Jésus marche sur les eaux ».

Sujet de la catéchèse de demain: « A la recherche de Jésus ».

Avis aux paroissiens.

Souvenez-vous dans vos prières de tous les désespérés et les fatigués de notre paroisse.

Avis aux paroissiens.

Le mois de novembre se terminera par une messe chantée par tous les défunts de la paroisse.

Avis aux paroissiens.

Le prix du cours « Prière et jeûne » inclut les repas

Avis aux paroissiens.

Mardi soir, il y aura un cassoulet dans la salle paroissiale.

Ensuite il y aura un concert.

Avis aux paroissiens.

Le tournoi de basket des paroisses va se poursuivre avec le jeu de mercredi prochain. Venez nous applaudir, nous allons tenter de battre le « Christ Roi » ! (nom de l’équipe)

Avis aux paroissiens.

Le chœur des plus de soixante ans va cesser ses activités pendant l’été, avec les remerciements de toute la paroisse.

Avis aux paroissiens.

Souvenez-vous que jeudi commencera la catéchèse pour filles et garçons des deux sexes.

Avis aux paroissiens,

S’il vous plaît, placez vos oboles dans l’enveloppe avec les défunts dont vous souhaitez que l’on fasse mémoire.


Lettre de Saint Léonard janvier 2009

Lettre de Saint Léonard

Paroisse orthodoxe Saint Léonard 13, rte Aloïs-Fauquez 1018 Lausanne

Église orthodoxe de France

Édition électronique janvier 2009

Claude.orthodoxielausannoise@gmail.com

 

La contemplation dans la vie active

Mgr Jean de Saint-Denis

 

Une de mes qualités est de me tromper, jen bénis Dieu, car mes erreurs lui permettent de réparer mes fautes. Et lune dentre elles est davoir conçu mon sujet daujourdhui de façon concrète et humble, mais après la belle et abstraite conférence du Swami Nityabodhananda, je me voix obligé de mexcuser à lavance. Jai intitulé ma causerie - faite à bâtons rompus, ce ne sera pas une conférence - : Comment pouvons-nous pratiquer la méditation et la contemplation dans notre vie quotidienne chargée de soucis » ? Peut-on dans cette optique unir la contemplation à laction ou, comme disent les Grecs, la « praxis ». Laction, la pratique, à la « theoria » (qui na rien à voir avec la théorie abstraite des mathématiques par exemple), ou contemplation ? Peut-on saisir spontanément, dans la même vie, lintériorisation de lêtre et son extériorisation dans laction ? Voilà mon sujet.Un jour, un Swami que jaimais beaucoup et que jinterrogeais, me donna une réponse imprudente. A ma demande: pendant combien de temps faut-il méditer pour avancer un peu ? Il me répondit: « guère, six heures par jour pendant six ans ». Et moi qui conseille à mes amis, à mes enfants spirituels: Si vous méditez cinq minutes par jour pendant cinq jours, et que vous oubliez de la faire le sixième jour, ce sera déjà le maximum Nous avons toujours le temps de cuisiner ou décrire une lettre damour; pour la méditation, de quoi disposons-nous ? Cest ici, pour moi, le problème essentiel.

Ceci posé: vie active et vie contemplative, « praxis » et « theoria », intériorisation et Extériorisation, lêtre humain a un besoin absolu des deux attitudes simultanément: la tête vers le haut, le regard tourné vers lintérieur et, en même temps, les pieds et les mains vers le dehors, pour agir. Ces deux tendances déchirent lhumanité. Si nous regardons lhomme initial, total, Adam au paradis, non encore séparé dÈve, les deux mouvements sont en lui. Larbre de la vie est au centre du jardin. Et où se trouve le jardin, mes amis, sinon en nous ? Navez-vous point remarqué ce jardin magnifique qui est en nous ? Navez-vous point remarqué lexpression: arôme de sainteté ? Des Saints tels un saint Nectaire dÉgine, un Padre Pio, parfument à distance. Les fleurs sont en nous. LÉglise orthodoxe chante en parlant de la Vierge: « Tes entrailles sont un paradis odorant ». Ce paradis renferme larbre de vie.. Et quest larbre de vie ? La contemplation intérieure, précisément, nous fait retrouver le divin, la lumière, lintériorisation en Dieu, larbre de vie: tu mangeras de larbre de vie. (Je laisse de côté, aujourdhui, larbre de la science du bien et du mal qui nous valut tant de complications).

D
une part, nous avons donc lintériorisation par la méditation et, dautre part, Dieu nous dit: « Multipliez-vous, remplissez la terre », cest-à-dire, extériorisez-vous, cultivez le jardin. De même le Christ nous enseigne que le royaume de Dieu est en nous, que nous ne sommes pas de ce monde. Il naît dans une grotte, les profondeurs de notre âme et non dans une ville, il ressuscite la nuit, non spectaculairement; Il est le Verbe à lintérieur de toute créature et, dans le même temps, Il nous ordonne: « Allez, baptisez, enseignez les nations jusquaux extrémités de la terre ».

Lhomme qui ne sextériorise pas devient un complexé, client des psychanalystes, celui qui ne sintériorise pas meurt ou sennuie. Les méthodes de méditation, quelles soient hindoues, musulmanes, chrétiennes, Recommandent toutes le détachement, lisolement, le silence, la paix intérieure. Et nous voici écartelés. Mon frère et un peu mon fils, le RP Leroy, nous a dit que Dieu est silencieux; jajouterai que nous sommes surtout si bavards que Dieu ne parvient pas à placer son mot.. Le jour où nous apprendrons à nous taire, Il parlera. Nous sommes bavards non seulement en nos paroles mais aussi en nos pensées qui sont mues par un perpétuel changement, en nos diverses actions: paiement des impôts, visite des amis, développement des prunes, des affaires, crainte des guerres, des famines, tous ces événements nous plongent dans la confusion. Le silence nous échappe. Comment Dieu pourrait-il alors sexprimer ! Il est nécessaire darrêter le carrousel de nos pensées, de nous imposer le silence afin que notre œil intérieur doit disponible pour recevoir la lumière divine. Le silence et la paix provisoire (je ne parle pas encore de la paix spirituelle) sont indispensables aux premiers pas, à la pacification intérieure. Comment méditer dans le trouble ou lagitation ?

Lorsque dans l'
Église, le diacre ordonne: « Silence ! », il ne fait pas allusion au bruit extérieur, il sagit du silence de lâme. Lorsquil continue: « En paix, prions le Seigneur », cest pour nous avertir que lêtre inquiet - ne nous faisons pas dillusion- ne peut entrer en contact avec lui-même, or, là est lessentiel. Non, nous ne sommes pas de ce monde. Et pourtant, la nécessité de la vie nous appelle à la réalisation de ce monde.

Comment unir contemplation et action, comment vivre dans le monde sans être conditionné par lui ? Est-ce possible à notre époque ? Il est évident que notre siècle sextériorise particulièrement.. Reste à prouver que les expéditions dans la lune extériorisent plus que les occupations quotidiennes dun paysan. Un chercheur scientifique est-il plus éloigné du silence Intérieur quun homme qui trait une vache, nourrit un cochon ? Ou bien dun mécanicien attaché à ses moteurs ? Prenons en considération quil nous est très difficile de pratiquer simultanément la vie contemplative et la vie active, et reconnaissons, en notre conscience de Chrétiens, quune société dépourvue de contemplatifs serait une société malade. Nous formons un tout. Acceptons, par conséquent, des éléments plus contemplatifs quactifs et vice-versa. Que de fois ais-je entendu dire: A quoi servent ces fainéants de moines ! Mes amis, cest grâce à ces moines plongés dans la contemplation que le monde pourra être sauvé. Les contemplatifs sont nos poumons. Il respirent le Saint Esprit, et sans la respiration le corps déteint. Lhomme ne mange pas seulement, il respire. Léquilibre du monde est en jeu. Que chacun de nous accepte de se dire: je suis actif, je nai ni le temps ni possibilité de méditer, mais il en est qui méditent pour moi. Par la mystérieuse communion de lhumanité, je contemple avec celui qui contemple, jagis avec celui qui agit. Nous avons. Malheureusement, oublié la notion de cette union.

Je vous conterai l
histoire du mouchoir. Un fou en Christ, gardant le silence absolu et désireux dêtre dissout dans lamour de lhumanité, du cosmos, sétait installé en un coin si étroit quil ne pouvait même sy tenir allongé, car plus nous agrandissons notre espace, plus notre cœur rétrécit, plus nous rétrécissons notre espace, plus notre cœur sélargit. Voulant démontrer un jour la solidarité humaine, ce fou en Christ accomplit un geste très simple: il prit son mouchoir à petits pois bleus -nous sommes au XIXe siècle- et plaçant son doigt au milieu, le souleva lentement: si tu élèves le centre du mouchoir, tu entraînes tout le mouchoir avec ses petits pois bleus. Si tu abaisses le mouchoir, tu abaisses tout le mouchoir et ses petits pois bleus. Un danger extérieur subsiste pour les contemplatifs. Javais un ami qui sétait retiré dans un coin perdu de montagne. Entre la Provence et le Languedoc, afin de vivre en anachorète. Dépouillé de tout, il allait chercher au loin son eau et sa nourriture. Quelques mois plus tard, , de retour à Paris et en butte à mes questions, il me fit cette réponse: « Je reviens à Paris pour trouver la solitude. Dès que mon refuge a été découvert, les voitures arrivèrent de plus en plus nombreuses: on voulait me voir ». Cela fait rire mais cela montre aussi que les personnes venus en ce lieu reculé déranger ce solitaire, éprouvaient le besoin de connaître un homme voué à la contemplation. Elles avaient la nostalgie de la contemplation quelles ne pouvaient pratiquer. Un curé me disait: « Cest excessivement curieux. Quand je parle pour les masses, je nai personne. Par contre, lorsque je crois parler dans le désert, les gens arrivent ». Nous sommes tous appelés à vivre à la fois dans la contemplation et dans laction, à unir en nous lamour de Dieu et lamour du prochain, à être crucifiés sur ces deux commandements. Je pose à nouveau la question: peut-on simultanément méditer et agir ? En principe, oui, en pratique, non. L^Homme de tous les hommes, le Fils de Dieu, Jésus Christ, passa trente ans dans la contemplation et trois abs dans laction, et nous, nous ne réservons que la millième, la dix millième partie de notre existence à la contemplation ! 30 ans, 3 ans, lexemple divin nous montre que laction est dautant plus efficace que la préparation est profonde. Quelle perte dénergie dans nos vies !Certes, nous ne pouvons consacrer 30 ans à la contemplation et 3 ans à laction. Les Pères de lÉglise conseillent de couper la journée en deux: six heures de lune, six heures de lautre. Un socialiste fut très étonné de constater que dans les monastères où le temps Est réparti entre contemplation et action, le rendement est supérieur à celui des usines possédant les machines les plus perfectionnées et dont le personnel sadonne au travail douze heures par jour.

Il nous est guère possible de nous accorder six heures de méditation quotidienne; nous pouvons néanmoins établir un rythme; on parle de rationalisation du travail: essayons de rationaliser ces deux attitudes. Lhomme qui entre en lui-même provoque une certaine pulsation du cœur; dans cette pulsation, le rythme de laspir et du respir dépend, bien entendu, de la personnalité de lindividu, mais il apparaît que dans tous les cas lefficacité de laction est proportionnelle à l a profondeur de la contemplation; plus cette dernière est forte, plus laction est réelle, féconde, utile.

Larchevêque qui me sacra évêque priait sept heures par jour. Ses collaborateurs le critiquaient: Il ne soccupe pas suffisamment de ladministration, il perd son temps: sept heures par jour à prier, au lieu dêtre dans son bureau, de dicter des lettres ! Comme on lui en faisait charitablement la remarque, il répondit: « Jai trop à faire pour pouvoir prier moins ! ». A lexemple du signe de la croix que font les chrétiens, la contemplation nest pas intellectuelle; elle sarrête et plonge avec respect en notre cœur, essence de notre être. Dans le cœur la raison se tait. Ce nest que lorsque la pensée est vécue dans le cœur que nous pouvons réaliser laction; autrement, elle est vaine. La vie active empêche-t-elle la contemplation ? Le travail en lui-même, est-il une entrave ? Non. Je vous citerai le cas dun ouvrier, mon camarade de captivité. Travaillant dans lusine, il avait remarqué que les machines adoptent un rythme quasi-personnel: elles chantent et pleurent. Ces bruits, agaçants pour la plupart des gens, accompagnaient pour lui une phrase: Seigneur, aie pitié de nous. Javais limpression, me disait-il, que la machine Soutenait ma prière comme un orgue, comme un être vivant. Ce même ouvrier avait noté en prenant sa bicyclette pour revenir chez lui, que le meilleur mouvement des roues coïncidait avec: Alle-lu-ia. Je ne suis jamais monté à bicyclette et je ne sais si ce mot aurait accéléré ma vitesse, mais je connais la puissance de ce terme hébreu qui signifie: Louez le Seigneur ! Le déploiement des roues déclenchait en son cœur lépanouissement de la joie appuyée sur la prière; il rentrait en paix chez lui où lattendait une mère désagréable. Ce parcours de trois quart dheure à bicyclette lui ouvrait le paradis.Si, au lieu de courir vers le bachot, nous apprenions dès l'

enfance quil est possible dentrer à chaque instant dans le Paradis, que le silence est à la portée de notre main, si nous avions pris lhabitude de lutter contre les pensées qui se bousculent et qui basculent dans notre tête, , et ceci même au cours de laction la plus fébrile -cette action qui absorbe entièrement notre psychologie et notre sentiment- nous pourrions avancer en nous-mêmes, pénétrer dans le silence en spectateurs-acteurs et, en tant que spectateurs, juger de ce qui se passe.Lesprit de chaque homme demeure au-delà de son psychisme. Il peut « regarder » ses mouvements, ses attitudes, comme étant non les siens propres mais extérieurs à lui, sans pour autant quitter la paix et la tranquillité de son esprit. Cette tâche nest pas aisée, elle est traversée de haut en bas. Rappelons-nous alors, si nous désirons vivre tout à la fois pleinement la contemplation et laction, que le Christ nous en a annoncé laboutissement: « le joug est doux et le fardeau léger ».

 

Évêque Jean de Saint-Denis

 

Cette conférence a été donnée en mai 1967 à Paris.

 


Lettre de Saint Léonard décembre 2008

PAROISSE ORTHODOXE SAINT LEONARD

Eglise Orthodoxe de France

Rte Aloïs-Fauquez 13  1018 Lausanne  (Suisse)

Tel: 021/ 646 24 01  Portable Père Claude: 077/ 452 40 39

Claude.orthodoxielausannoise@gmail.com  

Lettre pastorale pour la fête de Noël 2008

aux bien-aimés fidèles et clercs
de l
église orthodoxe de France

 

Tandis que se gonfle à l’approche de Noël le sein virginal, avec saint Joseph le Juste, sans tout savoir et sans juger, chantons : « Tes entrailles, ô Marie, sont plus vastes que les cieux ». Apprenons, nous clercs et fidèles de l’église orthodoxe de France, pour vraiment soulager, sans savoir tout et sans juger, le monde fatigué dans les attentes décevantes, maladives ou stériles, apprenons, à la faveur de ce mystère, à rendre nos cœurs plus larges et atteindre, par là, l’universel.

 

Dans la nuit de la Nativité de « Dieu avec nous », à la faveur des ténèbres naturelles, dans les ombres des cœurs ou celles des civilisations, il n’y a point d’effort à demeurer indifférent ou replié. Quelle nouveauté ou quelle particularité vivifiante y a-t-il aussi dans les évènements de la tradition extérieure des fêtes à Noël : congés, repas, cadeaux ? Et combien il est naturel de se reposer au tournant de l’année ! Mais comment entrer, par Noël, dans le destin universel ? Comment changer, avec la Vierge féconde, l’usure, la fatigue et la tristesse du monde, en renouveau, en vitalité et en bonheur, sans perdre la patience d’attendre et d’atteindre le temps fixé pour ces réalisations ? Comment élargir nos cœurs là où les entrailles virginales s’agrandirent jusqu’à contenir l’Incontenable ?

 

Pour discerner la bonne méthode, avançons, depuis les temps les plus reculés jusqu’à cette heure même de la Naissance, avec Abraham, Isaac, Jacob, avec David, Salomon, avec Jessé et Joseph, près de Marie. Depuis Adam jusqu’à l’époux de la Vierge, au milieu de ces géants de la vie en Dieu, avant et après ces saints, nous distinguons des inconnus, beaucoup d’inconnus, de ces êtres sans biographie certaine, presque sans rôle, figurants d’un jour ou d’une heure et d’un nom, parfois seulement, dans l’écriture Sainte.

 

Pourtant chacun de ces hommes et de ces femmes, dans la chaîne généalogique de Jésus-Christ, Sauveur, est aussi indispensable que le patriarche de la foi, Abraham, ou que le roi sage, Salomon. Ils n’ont pas, ces inconnus, de biographes pour les décrire ; ils n’ont pas de vertus, sans même parler de sainteté, pour les porter à la face des générations suivantes actuelles ; ils semblent même reculer dans l’obscurité lorsqu’on cherche à les rencontrer. Est-ce honte ou discrétion de leur part ? En tous cas ils ont permis, apporté, humblement, anonymement souvent, l’engendrement du Fils de Dieu à l’humanité. Ils ont produit sur l’arbre humain la fleur unique et pure et emplie de parfum : Marie ! Nous voici devant cet enseignement lumineux et profond. Lorsque nous nous demandons : pourquoi donc vivrions-nous ? Quel est le sens de notre vie ? Combien est-il intolérable de se sentir méconnu, petit ? Qu’avons-nous à faire avec la Divine Trinité, avec Noël ou avec le destin du monde ? Pourquoi sommes-nous incapables de porter la sainteté ? En tous ces cas, toujours, réjouissons-nous, emplissons-nous de joie, car nous sommes effectivement des inconnus, de vie quelconque, quasi dépourvue de sens, parfois ratée, mais nous sommes, aussi, des maillons indispensables dans la formation de l’Homme nouveau, de la stature parfaite du Christ, de la plénitude de l’église enceinte des cieux nouveaux et de la terre nouvelle. Nous participons de manière unique à cet engendrement.

 

Précipitons-nous donc - et l’univers entier en sera soulagé - concrètement et immédiatement dans ce bonheur purificateur qui consiste à aimer être presque rien, anonyme. N’est-il pas simple de dire à l’Enfant déposé dans la crèche : «Vois, Seigneur, je suis le dernier des hommes, l’avorton, un inconnu de tous, ordinaire. Je ne possède rien de particulier, ni don, ni génie, ni fortune, ni intelligence. Je suis poussière de cette terre. Mais je T’ai engendré moi aussi et je T’engendre à cette heure nouvelle de ton Deuxième Avènement qui approche » ? Quelle n’est pas cette expérience du bonheur de se sentir petit, et secrètement, sans présomption, anneau unique de la chaîne dont le dernier maillon justifiera tous les autres ! Marie, elle-même, expérimenta mieux que quiconque cette petitesse de servante, cette humilité de la terre. À cause de cela, d’elle jaillit le miracle, le mystère de la Naissance divine qui emplit le monde de consolation et de joie.

 

La perfection de cette joie mènera ensuite, dans notre vie quotidienne, au delà de la conscience de notre quasi inutilité d’anneau d’une chaîne, à se réjouir merveilleusement de la grandeur des autres. Car cet enfant, le Christ, issu des entrailles de Marie et de la longue généalogie, va grandir jusqu’à la parfaite mesure de l’homme. Et Noël ainsi dirige également vers la déchirure et la destruction de la jalousie enracinée par Caïn dans les entrailles des cultures et des civilisations. Comme saint Jean-Baptiste vis-à-vis du Christ - « il faut qu’Il croisse et que je diminue » - nous pouvons voir poindre, dans l’Engendré au siècle, dans la nuit de Bethléem, la renaissance au sein de l’humanité de la joie de ce qu’un autre grandit.

 

Merveilleuse humanité où l’on peut entendre : je suis petit, inutile, inconnu dans la foule, sans possession, mais voyez mon frère dont notre Dieu reçoit l’offrande ! Comme il est grand !

 

Collaborons, mes frères et mes fidèles orthodoxes, cette année, à cette généalogie et à la joie dans la grandeur des autres. Alors pénètrera dans nos cœurs cette paix, et cette joie, capables de les élargir plus grandement que les cieux d’où germe le Sauveur !

X Votre bénissant,

Germain, évêque de Saint-Denis

 

 

Une joie simple

 

Homélie de la nuit de Noël

"La solitude, on fait semblant de s'y être habitué..." chante Michel Bühler et Bécaud criait désespéré "la solitude, ça n'existe pas !". Les fêtes sont des épreuves pour toutes les personnes seules. Le temps des émotions, des souvenirs. Il faut faire avec, courber le dos, attendre que ça passe.

Les guirlandes multicolores, le sapin, la crèche, les commerces décorés font mesurer ce qui est à jamais perdu, un passé qui ne peut se recréer. La nostalgie, la mélancolie.

D'autres font la fête, se sentent obligés de paraître heureux, certains le sont, Les cadeaux obligatoires, les repas de famille, etc... Les sentiments sont exacerbés, les émotions à fleur de peau, les conflits sous-jascents.

Noël est devenue une fête sentimentale, émotionnelle, une fête psychique. Regardez autour de vous: la crèche, l'âne, le boeuf, la sainte famille, les mages, le "petit Jésus", la messe de minuit comme tradition. Ce sont les images altérées, psychiques, sensibles, magiques et non théologiques, de la fête de Noël dans le monde moderne et occidental.

Et quitte à "plomber" définitivement l'ambiance de cette nuit de Noël, vérifions si les beaux chants, les belles célébrations, les beaux textes éveillent en nous des émotions, si notre esprit est sensible aux ambiances ou, alors, si cette beauté est le reflet de notre harmonie intérieure.

Noël est la fête de la joie. De la joie simple, pure, gratuite. La fête du don de Dieu à l'humanité, la fête de la réconciliation de l'homme avec le Créateur. C'est ce que nous nommons l'Incarnation du Verbe. Le mouvement de Dieu vers l'homme pour que l'homme librement puisse retrouver l'intimité divine perdue par le péché. Le péché n'est pas une notion morale. C'est tout ce qui empêche cette synergie, c'est l'éloignement de l'homme, c'est tout ce qui l'empêche d'être "icône" du Créateur. Ce sont ces glissements, souvent imperceptibles, qui parasitent notre relation avec Dieu et aussi avec nos frères.

Le Christ est né, il s'est incarné pour restaurer cette relation, nous donner les moyens d'être les enfants du Père en justice et en vérité. Par l'Incarnation, le Christ restaure la nature humaine, la renouvelle, la transforme, l'attire vers Lui, abolissant de fait la distance entre Dieu et l'homme.

Noël inaugure l'histoire du salut de l'homme qui se poursuivra avec le Vendredi Saint, la crucifixion, la mort et la résurrection.

Noël, dans le plan de Dieu, annonce la résurrection et le salut de l’homme.

Noël est la fête de la joie simple parce qu’elle n’est pas une notion philosophique, un concept abstrait. Elle n’est pas du dehors, elle n’est pas extérieure.

Elle est intérieure parce qu’il s’agit de l’Incarnation d’un Dieu personnel pour un homme personnel, non pas un individu mais une personne. Pour toi, pour moi; il t’appelle par ton nom, il te nomme, il te connaît, il te reconnaît.

L’image de la joie est celle de Marie qui « gardait avec soin toutes ces choses (paroles), les repassant dans son coeur » Matt: 2:19). Pas de manifestations extérieures. La joie simplement en harmonie avec l’événement qui, elle le sait, va bouleverser le monde.

Alors, malgré notre imperfectibilité, nos manques, notre sensibilité, notre émotivité, tentons de dégager cette joie enfouie au fond de nous (le désir de Dieu) et disons en vérité le Christ est né, il est né pour me sauver, moi, personnellement.

Alors, alors, la mélancolie fera place à la joie, la vérité prendra le pas sur nos états d’âme. Alors, vivants, nous pourrons dire en nos coeurs: Christ et né, venez adorons-le.

Père Claude

 

A bâtons rompus

Père Claude, vous êtes le prêtre de la paroisse orthodoxe St Léonard. Qu'est-ce qu'un prêtre orthodoxe par rapport au pasteur protestant ou au prêtre catholique romain ?

Un prêtre, c'est d'abord un homme au service de la communauté. Mais attention ! Lorsque l'on dit cela, on induit souvent de fausses notions de ce service. Le prêtre n'est pas un assistant social, un animateur socio-culturel, un psychologue ou que sais-je. Il est bon qu'il agisse aussi sur ce plan mais ce n'est pas sa fonction première.

Le service du prêtre, sa vocation fondamentale, est la célébration de la Divine Liturgie, l'administration des sacrements. C'est aussi, me semble-t-il, être à l'écoute des problèmes et questions spirituelles qui lui sont soumises. Le prêtre doit alors effacer sa propre personne, ouvrir son coeur, prier, laisser l'Esprit Saint le guider. Ce ministère est redoutable ! Savoir se taire pour laisser parler l'Esprit.

Le prêtre est aussi celui que la communauté, l'Eglise, a reconnu digne et délégué pour cette fonction. Lors de l'ordination, le peuple chante "Axios" (il est digne) et donne formellement et liturgiquement son approbation.

Pour ce qui concerne les Eglises réformées et romaines, chacune a son organisation. Mais je suis persuadé que pasteurs et prêtres peuvent se reconnaître dans cette définition.

Vous êtes prêtre orthodoxe, suisse...

Vous voulez dire que je ne suis ni grec, ni russe... Je suis devenu orthodoxe par choix. Mais, est-ce le bon mot ? L'orthodoxie s'est imposée à moi comme un coup de poing. Non pas comme une démarche intellectuelle mais une évidence théologique et liturgique.

J'avais été à Taizé et je fréquentais une paroisse de la ville qui avait une haute valeur liturgique. Cette recherche de juste louange basée sur la Tradition de l'Eglise a été très importante dans l'Eglise réformée vaudoise. J'ai trouvé dans l'orthodoxie le port que je recherchais. Je devins donc orthodoxe non par anti-protestantisme mais positivement.

Comment cela ?

Beaucoup de personnes quittent une église, un parti, un groupement et en deviennent aussitôt les adversaires déclarés. L'église réformée m'a beaucoup apporté, elle m'a baptisé, elle a été, pour moi, un passage qui a conforté ma foi, elle m'a élevé et grandi. Je lui en suis reconnaissant.

L'Orthodoxie me nourrit de la Tradition de l'Eglise indivise, de l'Eucharistie, des sacrements. En elle je trouve l'expression de ma foi profonde en l'Eglise, une, sainte, catholique et apostolique. Lorsque nous disons "catholique" c'est, bien entendu, dans le sens "universel" et non romain du terme.

L'Eglise Orthodoxe de France, qu'est-ce que cela ?

Une aventure remarquable ! Mais pour le comprendre il nous faut faire un peu d'histoire.

L'Eglise est née à la Pentecôte. Les disciples du Christ vont, selon les ordres du Maître, aller par toute la terre pour apporter la bonne nouvelle. C'est la période d'évangélisation sur les pas de Paul et d'autres apôtres. Des Eglises se créent, se développent. Le christianisme va conquérir l'empire.

Quelle était la caractéristique de l'Eglise à cette époque ? Elle était locale. Indivise et locale. Chaque église avait sa spécificité propre selon le lieu , les coutumes, les psychologies des peuples dans lesquels elles agissent. Si il y avait une unité de foi, il n'y avait pas une uniformité de l'Eglise. Ignace d'Antioche, au deuxième siècle, ne disait pas autre chose lorsqu'il écrivait: "là où est l'évêque est l'Eglise". Surviennent ensuite le grand schisme entre l'Orient et l'Occident. C'est précisément la volonté romaine de pouvoir et celle d'unifier et d'uniformiser les rites (la réforme carolingienne avait préparé le terrain) qui sera à l'origine de la Réforme protestante. A mon sens, la Réforme est avant tout le sursaut de l'église locale contre une forme d'impérialisme romain.

Je reviens à ma question initiale, l'Eglise Orthodoxe de France...

Oui, j'y viens... Il fallait dire cela pour mieux comprendre la démarche d'une Eglise orthodoxe DE France et non d'une Eglise orthodoxe EN France. La distinction n'est pas anodine, vous en conviendrez... Elle ramène à ce que nous disions de l'église locale. Il est temps aussi d'évoquer l'orthodoxie occidentale. Et vous le verrez ces deux termes s'accordent parfaitement.

L'histoire de l'Eglise Orthodoxe de France est celle de la renaissance de l'Orthodoxie occidentale. Comment cela s'est-il fait ?

La révolution russe de 1917 a envoyé sur les routes d'Europe et du monde nombre d'émigrés fuyant les persécutions bolcheviques. C’est ainsi qu’arrive à Paris la famille Kovalevsky.

La plupart des émigrés russes vivait en vase clos avec leurs coutumes, leur église et pensait que cet exil n’était que provisoire. Pour la première génération, le retour au pays se ferait à court ou moyen terme...

Telle n’était pas la vision d’Eugraph Kovalevsky. S’il était en France, en Occident, c’était par la volonté de Dieu. Il lui fallait retrouver les racines orthodoxes de la France, de cette France au temps de l’Eglise indivise.

Avec d’autres jeunes théologiens russes, ils fondent la Confrérie Saint Photius. Le mouvement est lancé. Il ne s’agissait pas de traduire en français le rite oriental de la liturgie de Saint Jean Chrysostome mais de trouver ce qui faisait le génie de la liturgie orthodoxe occidentale. Ces démarches n’ont pas toujours été comprises par les russes pour qui orthodoxie et nation ne font souvent qu’un. Le patriarche Serge de Moscou bénira les travaux de la Confrérie et donnera ainsi toute légitimité aux travaux entrepris. Il inaugurera la création d’une Eglise orthodoxe occidentale.

Eugraph Kovalevsky deviendra prêtre, puis évêque sous le nom de Jean de Saint Denis.

L’évêque actuel est Monseigneur Germain de Saint-Denis.

Mais, alors, quelle différence avec les orthodoxes orientaux ?

Aucune ! En disant cela, je ne fais pas de la provocation. Sur le plan théologique, aucune différence, aucune opposition. Nous sommes orthodoxes.

Aucune sur le plan liturgique également. Le rite de Saint Germain de Paris, ou ancien rite des Gaules, est aussi valide que le rite de Saint Jean Chrysostome. Il correspond mieux dans sa forme à notre psychologie. Il vaut mieux voir une complémentarité et une richesse qu’une opposition entre eux.

Pour terminer, quel avenir pour l’Eglise ?

Vous avez remarqué qu’au début de cet entretien nous avons évoqué l’église locale et que nous terminons également sur cela. Pour nous orthodoxes occidentaux, nous pensons qu’il doit y avoir unité théologique avec les autres églises orthodoxes et cela sans compromis.

Quant aux usages, à « l’économie » au sens théologique du terme, elle doit être laissée à la sagesse de l’église locale. Ainsi nous pourrons vivre les pieds biens plantés dans notre terre et la tête dans le ciel. Et que l’Esprit Saint qui souffle sur l’Eglise, nous fasse mieux voir nos points de convergence que nos différences.

J.E.


Lettre de Saint Léonard novembre 2008

PAROISSE ORTHODOXE SAINT LEONARD

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Initiation à la dogmatique

Père Claude

Pourquoi dogmatiser ?

Quel mot barbare que celui de dogmatique ! De plus, il a mauvaise presse. On désigne ainsi les personnes bornées, peu ouvertes à la discussion. Ce mot a aujourd'hui une connotation péjorative, parfois insultante.

Et pourtant !

Le dogme est un résultat. Il découle de discussions, d'affrontement parfois rudes. Le dogme est précision. Par son histoire même, le dogme est porteur de vie parce qu'il est issu à la fois de la volonté humaine qui rassemble les éléments de la vérité de l'enseignement du Christ et de la volonté divine qui agit dans l'Eglise au travers de l'Esprit Saint.

L'Eglise n'a pas dogmatisé pour le plaisir de produire des textes définitifs. Elle a passé à cet acte que contrainte et forcée par la pression de l'hérésie. Le dogmes ne sont donc pas les textes fondateurs du christianisme mais l'expression de la foi, la précision des fondements alors que cette foi était menacée. Le dogme est l'expression de la vérité.

Le dogme, une preuve ?

Si nous disons que le dogme est vérité, il est, en effet, l'expression de la foi ou d'une vérité que l'on ne peut pas prouver autrement que par une adhésion personnelle ou, autrement dit, par un acte de foi. Lorsque nous disons: Dieu existe; nous ne pouvons pas le prouver de manière indiscutable. Nous ne pouvons pas prouver non plus à nos interlocuteurs que Jésus de Nazareth est le fils de ce Dieu et cela même si nous le savons et le reconnaissons comme tel. La seule preuve que nous pourrions apporter, tout au plus, est celle de son existence historique. Nous ne pouvons pas non plus faire la preuve de l'existence de l'Esprit Saint dans l'Eglise. En bref, nous ne pouvons apporter preuve de ce que nous avançons, croyons et vivons.

Le dogme est un acte de foi produit par nécessité et par l'Eglise lorsque le message originel du Christ a été dévié de sa source première, brouillé par les interférences humaines de la philosophie, de la théologie spéculative ou de l'histoire. Ce sont donc les hérésies qui sont à l'origine de la dogmatique chrétienne.

Les hérésies

L'hérésie ! Qu'est-ce que l'hérésie ? En premier lieu elle éclôt et se développe au dedans de l'Eglise. L'hérésie nie ou met en avant un aspect de la Révélation en relativisant ou passant sous silence les autres aspects de cette révélation. L'hérésie introduit un déséquilibre notamment, nous y reviendrons, lorsqu'elle dit que le Fils est subordonné au Père; ce sera l'hérésie arienne qui empoisonnera la vie de l'Eglise durant plusieurs siècles.

Les dogmes: une réponse

Les dogmes sont donc la réponse de l'Eglise à la ou aux déviations de la foi chrétienne.

Mais quelle Eglise ?

Si dans les premiers siècles, l'Eglise était indivise, jusqu'au grand schisme de 1054, elle n'en était pas pour autant uniforme. Les langues, paroles, psychologies et pratiques étaient différentes selon les lieux. La querelle sur le baptême entre les Eglises d'Afrique et Rome ou sur la réintégration des "lapsis", ceux qui ont abjuré la foi chrétienne lors des persécutions, sont des débats qui agitent l'Eglise. Ils révèlent des pratiques différentes ou des approches particulières mais en aucun cas, dans un premier temps, ne mettent en péril les fondements de la foi chrétienne.

L'Eglise orthodoxe reconnaît les sept premiers conciles oecuméniques. Par conciles oecuméniques, il faut entendre que ceux-ci s'adressent à toute l'Eglise et par elle à toute la terre habitée. Les textes produits par ces conciles ne sont pas des actes disciplinaires, d'organisation interne, des conseils moraux, éthiques, etc. Non, ces textes représentent ce qui est le fondement de la foi chrétienne: un seul Dieu en trois Personnes, les deux natures, volontés ou énergies en Christ; Marie, Mère de Dieu, par exemple.

Méthode de travail

Il serait ardu d'entreprendre un cours qui suivrait dans le texte l'évolution de la dogmatique. Aussi, consacrons-nous aux résultats; ce que nous sommes aujourd'hui, ce que nous croyons, nous les héritiers de tout ce travail de l'Eglise antique, nous qui croyons et prononçons chaque dimanche le symbole de Nicée-Constantinople.

Plutôt qu'un cours de dogmatique, je vous propose donc une sorte de catéchisme de la foi orthodoxe. Ainsi, nous arriverons, bien entendu, presque automatiquement, à parler de la dogmatique à partir de notre situation de foi personnelle. Cette inversion nous fera mieux comprendre ce qu'est la dogmatique.

Dans le monde, c'est la lumière naturelle qui est à l'image de la lumière divine. Ainsi la vision des objets n'est possible qu'à la lumière, celle-ci est-elle faible l'oeil distingue à peine les objets, il les voit mieux à une lumière plus forte, et enfin, à la pleine lumière du soleil, il parvient à une certaine perfection de la vision. Il en est de même pour le monde spirituel, où toute vision authentique n'est possible qu'à la lumière divine et où celle-ci varie selon que Dieu la donne avec plus ou moins d'abondance. La foi est lumière, mais encore imparfaite: mais c'est dans la plénitude de l'amour que la lumière atteint sa perfection

Hiéromoine Sophrony

Et saint Irénée de Lyon d'ajouter:

Il est impossible de vivre sans la vie. Or l'existence de la vie provient de la participation à Dieu. Participer à Dieu, c'est le connaître et jouir de sa bonté.

Les mots utilisés par ces deux saints hommes, le premier du vingtième siècle et le second du premier siècle se rejoignent: lumière, vision, connaissance, participation, perfection.

Existence de Dieu ?

Ce que nous disons là présuppose que Dieu existe. Pourtant il n'y a pas plus de preuves de l'existence de Dieu qu'il n'y a de preuves de notre propre existence. S'il pouvait y en avoir ce seraient les mêmes. L'évidence, l'existence de Dieu et notre propre existence nous dispense de la preuve. Une chose est évidente quand on la connaît du fait qu'on est en train de la vivre.

Oui ou non, existons-nous et vivons-nous ? Le constater est déjà se référer à Dieu.

Qu'est-ce qu'un croyant ?C'est un homme qui a pensé: Dieu n'aurait-il pas quelque chose à nous dire ? Croire c'est beaucoup moins croire en Dieu, une forme d'abstraction, que croire Dieu, connaissance personnelle, qui dit quelque chose à l'homme. Il faut savoir se taire pour entendre parler Dieu. Et aussi pour entendre, au fond de nous, notre désir d'entendre parler Dieu.

De la distinction "croire en Dieu" et "croire Dieu" découle ce que nous mettons réellement derrière ces mots. La distinction n'est pas anodine.

Croire en Dieu peut vouloir dire se référer à un principe impersonnel qui plane au dessus de l'homme, qu'il peut porter des noms et des attributs différents selon les peuples, les sociétés, les philosophies, etc. Ce Dieu est tellement impersonnel que l'on en attend rien et qu'on peut l'affliger de tous les malheurs du monde.

Croire Dieu, c'est d'abord instituer une relation personnelle. En un mot, reconnaître sa présence réelle, propre et spécifique en tant que Créateur du monde. Croire Dieu est un acte libre et décidé. Et qui dit acte, ou action, ou décision, introduit le mouvement volontaire de l'homme vers Dieu. L'homme ne subit pas Dieu comme dans le "croire en Dieu", mais il participe et il acquiert la connaissance de Dieu. Si cet acte est volontaire, il n'est pas volontariste au sens où nous l'entendons aujourd'hui. Se taire, faire silence, écouter: cela aussi est agir.

Action et réaction

A ce propos et sur le terme agir: il ne faut pas confondre, comme l'homme moderne, les deux verbes: agir et réagir, action et réaction. La plupart du temps, nous n'agissons pas; nous réagissons à ce qui nous agresse de l'extérieur comme la faim dans le monde, les injustices sociales, la politique, à ce que les autres disent ou pensent de nous. Nous croyons que nous agissons alors que nous réagissons à toutes sortes de sollicitations extérieures sur lesquelles nous n'avons, sans doute, aucune prise et aucun pouvoir.

Le croyant, pour qui Dieu est (je suis celui qui est) agira d'abord en lui-même ou sur lui-même pour faire naître ou se développer le désir de Dieu. L' action en sera d'abord le silence et l'écoute. Alors peut-être brillera en lui ou en nous, cette lumière vacillante qui nous permettra de discerner le côté des objets qu'elle éclaire, les formes et les contours, de ce que nous recherchons qui est "croire Dieu". L'action de l'homme entraînera l'action de Dieu qui se dévoilera à celui qui le cherche et qui écoute la parole divine. Soyons en silence et agissons. Lorsque le diacre proclame dans la Divine Liturgie: "Debout ! Soyons attentifs ! en silence !", il nous met dans l'action, à l'écoute, et nous invite par delà à chasser toutes les pensées autres que celle de notre relation intime à Dieu.

L'Eglise

L'Eglise existe. Elle s'offre à nous comme le lieu où Dieu parle à l'homme et où l'homme parle à Dieu. C'est le lieu de la synergie. Nous disons quelque part dans notre liturgie que l'Eglise est l'Epouse du Christ, le Corps du Christ. Oui, elle est cela ! Mais essayons de dire les choses autrement selon le principe d'inversion que nous avons choisi au début de ce cours. Tentons de définir l'Eglise: elle est divine et humaine.

Elle est humaine parce qu'elle est le rassemblement des croyants. Elle est terriblement humaine parce qu'elle n'est pas quelque chose de subtil qui plane au-dessus de nos têtes. Elle est humaine parce que composée d'hommes et de femmes aux caractères différents, de psychologies et cultures distincts, de philosophies, politiques propres voire antagonistes. Elle est un ensemble humain et hétérogène de croyants. Nous, qui "sommes d'Eglise", nous le savons bien ! Elle est le contraire d'un régime totalitaire qui dit ce qu'il faut penser, comment penser et qui, par ailleurs, pense pour nous. C'est un peu ce que nous reprochent les non croyants: un manque d'unité visible, des références humaines changeantes selon les personnes ou les lieux et les temps. Ce qui unit c'est la certitude de la foi, l'espérance de la résurrection et le salut des âmes. La forme n'altère pas le fond.

L'Eglise est au coeur de la vie du monde. Elle est du monde de la naissance à la mort de l'homme. Elle l'accompagne tout au long des étapes de sa vie. "L'Eglise, c'est la vie humaine tant qu'elle tient debout" disait le père Georges Lusseaud qui avait le sens de la formule. Remarquez: nous employons les mots de monde et d'homme dans le sens d'humanité. Nous n'employons pas les mots de chrétiens ou de croyants. Une telle distinction est importante. L'Eglise est le monde en quête de Dieu, l'homme à la recherche de ses racines divines, l'homme à la quête de la lumière, l'homme recherchant la lumière et la chaleur de l'intimité divine.

Mais attention ! l'homme dans le sens de personne conserve son libre-arbitre et sa capacité de choix. Dans ce sens, Dieu se révèle à l'homme qui veut bien de lui. Si cette révélation n'était pas discutable mais évidente, l'homme n'aurait plus ce choix et par conséquent n'aurait plus la possibilité d'un quelconque acte volontaire. L'Eglise est humaine.

Mais l'Eglise est divine, elle est la continuation de l'incarnation du Christ. Elle existe par la volonté du Christ et résulte des paroles mêmes du Maître aux apôtres: "Je suis avec vous jusqu'à la fin des temps" (Mat. 28:20). L'Eglise est habitée par l'Esprit Saint qu'elle communique à l'homme au travers des sacrements qui sont l'Eucharistie, la baptême, le pardon des péchés, etc. Par cette action de l'Eglise, c'est le Christ lui-même qui descend et qui apparaît à l'homme répondant ainsi à l'appel de celui qui le recherche dans la foi et la confiance. Ces deux termes ont, par ailleurs, la même racine: la fidélité. Elle est le lieu de la rencontre entre le divin et l'humain, la synergie entre la volonté divine et la volonté humaine.

L'Eglise se dessine comme une croix: une barre verticale et une barre horizontale. La barre verticale signifie: nous nous tenons debout; notre verticalité montre que nous sommes faits pour un mouvement de tout l'être vers Dieu. La barre horizontale signifie que nous appartenons au monde matériel, nous en faisons partie avec nos problèmes quotidiens aux multiples facettes: famille, emploi, chômage, stress, etc.

Autre point important à souligner: en l'Eglise divin et l'humain ne vont pas l'un sans l'autre et encore moins l'un contre l'autre. C'est l'un et l'autre et ça ne fait qu'un. Pourquoi ? Parce que le Dieu qui nous parle s'est incarné ! Il s'est fait homme comme nous et a pris le nom de Jésus. Il est vraiment né, il a vraiment vécu parmi nous durant trente trois ans, il a vraiment enseigné, il a vraiment souffert, il est vraiment mort et il est vraiment ressuscité. Il a totalement épousé la nature humaine hormis le péché. Il est vraiment homme.

Non comme un homme mais en tant qu'homme, il lui a fallu se nourrir, avoir des relations sociales. Se plier à la loi, aux us et coutumes de son temps. Comme tout homme, il a inscrit ses pas dans l'histoire. Il a choisi des disciples, des apôtres et avec eux il a fondé l'Eglise en les envoyant par toute la terre pour y prêcher la bonne nouvelle du royaume. Il a fondé son Eglise.

L'Eglise continue l'incarnation de Dieu dans le monde par la transmission du témoignage donné par les apôtres, les témoins directs du Christ et de l'incarnation. Voilà pourquoi l'Eglise existe.

Qui est Dieu ?

Quel est cet enseignement que le Christ a transmis aux apôtres et que ceux-ci vont transmettre au monde ?

Un enseignement qui répond à la question: Qui est Dieu ? Réponse: Dieu est trinitaire. Un en trois personnes, Père, Fils et Saint Esprit.

Seconde question: Que fait Dieu ? Il nous libère de l'état catastrophique de l'humanité qui se sépare de Dieu. Il nous donne à tous les moyens d'être les enfants du Père, des fils adoptifs par la grâce divine, c'est à dire nous-mêmes des dieux. C'est la foi.

Enfin, le Saint Esprit qui accompagne l'Eglise et la préserve de toute erreur en maintenant intact l'héritage du Maître. Ce Saint Esprit promis agissant à tout instant pour tous ainsi que personnellement envers chaque croyant par les sacrements.

Nous croyons en un seul Dieu en trois personnes ou hypostases ou trois personnes en un seul Dieu. C'est ce que nous confessons lorsque nous disons le symbole de Nicée-Constantinople lors de la liturgie. Nous confessons aussi la Trinité lorsque nous prononçons les doxologies : Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit maintenant et toujours et aux siècles des siècles. Amen.Qui est l'homme ?

Reprenons ces éléments et scrutons la question. Parce que poser la question de savoir qui est Dieu implique de fait de poser la question qui est l'homme. Tout d'abord Dieu est le Père, le Créateur du monde. Il a créé l'homme tel que le cite les deux récits de la création du monde:

Dieu dit: Faisons l'homme à notre image selon notre ressemblance, et qu'il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur les bestiaux. Sur toutes les bêtes sauvages et sur tous les reptiles qui rampent sur la terreGenèse 1:26

Dieu façonna l'homme, poussière tirée du sol. il insuffla dans ses narines une haleine de vie, et l'homme devint un être vivant.Genèse 2:7

Les mots importants: image, ressemblance, domination.

Si l'homme est créé à l'image et à la ressemblance de Dieu, s'il est l'image de la proto image, posons la question de savoir qui est l'homme. Et affiner la question en la posant ainsi: Qui sommes-nous ? De la réponse que nous allons donner dépendra toute notre vie. Tout homme porte l'image que Dieu aura révélé de lui-même. Nous sommes à la fois les récepteurs et les transmetteurs de Dieu.

Qui sommes-nous ?

Chacun de nous s'appelle JE. Chacun est un être unique. Pierre n'est pas Paul et Henri n'est pas Alexandre. Chacun est absolument lui-même. Le JE ou le MOI fait de chaque ETRE une personne irremplaçable et unique. Nous avons tous une existence qui nous appartient en propre, une vie distincte de celles des autres êtres, un souffle particulier qui fait notre unicité par rapport à Dieu et aux autres hommes. Il est peut-être utile de rappeler ici cette notion fondamentale alors que la société ou les sociétés ont tendance à forger des hommes qui doivent obéir à des règles communes de plus en plus contraignantes. Des sociétés qui, sous prétexte de gommer les inégalités sociales mettent de fait en question, arbitrairement, nos qualités d'êtres uniques.

Sachant maintenant que nous sommes des personnes (hypostases) uniques, nous ne pouvons imaginer un seul instant de vivre seul. Le JE se tourne alors vers les autres, qui sont d'autres uniques, pour aller vers le NOUS TOUS.

Nous ouvrons la porte de ce double mystère de l'unique et du multiple parce que l'un ne peut pas exister sans l'autre. Obligatoirement l'un existe avec l'autre et vice versa. Nous en arrivons alors à la contradiction voire à l'affrontement entre le JE et le NOUS TOUS. Cette dualité, comme tout ce qui est humain est duel, ne peut qu'apporter la confrontation.

Tout homme, aussi intelligent soit-il, ne peut résoudre un tel dilemme. L'unique se dresse contre le multiple et le multiple a tendance a écraser l'unique. Pour exister le JE s'affirme par rapport au NOUS TOUS et ce dernier écrase le JE.

L'équilibre s'avère impossible et la confrontation devient permanente entre les deux entités forcées pourtant de ce-exister ensemble.

Comment dire JE sans dire NOUS ?

Comment dire NOUS sans dire JE ?

Mais aussi, comment être soi-même tout en ne faisant qu'un avec les autres ?

En parlant de l'unicité de l'être, nous dégageons l'individu du nombre. Mais l'individu n'est pas seulement une fraction du tout. Il est une personne, une hypostase. Encore une fois, nous ne sommes pas interchangeables, nous sommes des êtres irremplaçables et uniques.L'ontologie

La deuxième réalité est que ces personnes (Pierre, Paul, Jacques...) ont une ontologie commune: il sont des êtres humains. En un mot, ce qu'ils ont en commun, c'est la nature humaine. Physis en grec=nature.

Hypostasis et physis, nous ne sommes pas l'un sans l'autre. Ainsi le JE ne peut pas vivre sans le NOUS TOUS. Le JE se tourne vers les autres et dit TOI. Un JE qui aide les autres à vivre et qui aide à dire JE.

La Trinité

Ayant défini à la fois l'être et le tout, abordons maintenant ce qui est à la base de la théologie chrétienne: la Divine Trinité. Et pour faire suite à ce que nous disions auparavant, nommons la TRI-UNITE. Trois personnes en un seul Dieu. Une nature divine.

Le Père est une personne unique, il est.

Le Fils est une personne unique, il est.

Le Saint Esprit est une personne unique, il est.

Chaque hypostase de la Tri-unité est unique comme nous-mêmes sommes uniques et irremplaçables face à Dieu et aux hommes.

L'unité de Dieu ne réside pas dans les personnes mais dans la nature divine de la Divine Trinité que l'on appelle communion. Ainsi chaque personne envoie à l'autre personne.

Que manque-t-il au Fils pour être le Père ? Rien ! mais il n'est pas le Père

Que manque-t-il au Père pour être le Fils ? Rien ! mais il n'est pas le Fils

Que manque-t-il au Saint Esprit pour être le Fils ? Rien ! mais il n'est pas le Fils, etc.

Nous sommes au coeur du mystère de l'unique et de la personne. Nous sommes aussi au centre du tout, de la nature divine et de la nature humaine, Dieu ayant créé l'homme à sa ressemblance.

Résumons notre propos:

Le Père est Dieu, il n'a pas été créé, il n'a pas commencé d'être, il se tient hors du temps. Il n'a pas été créé puisqu'il est la source de tout, de toute la création. Il est Dieu.

Le Fils (Logos, Verbe, Parole) est Dieu, il est incréé comme le Père, de même substance et de même nature que le Père. Il est éternellement engendré du Père. Il est Dieu.

Le Saint Esprit est incréé, Dieu comme le Père et le Fils, de même nature et substance qu'eux. Il procède du Père qui est la source de tout.

Trois personnes égales, avec les attributs inhérents à la personne à savoir:

L'unicité de la personne unie dans une nature commune qui est la nature divine.

Lors de notre prochain cours, nous nous attacherons plus spécifiquement à la personne du Fils. Les premiers conciles ont été obligés de préciser la personne du Fils face aux hérésies christologiques. Un conseil pour terminer: relisez le prologue de l'évangile de Jean.


Lettre de Saint Léonard octobre 2008

 

 

La Liturgie: expression vivante de la Tradition

Diacre Bruno Houver

 

 

Réformes liturgiques ?

Dans l'Eglise Catholique a lieu actuellement un débat intéressant autour de la Liturgie Eucharistique. Les efforts faits par le pape pour se réconcilier avec les "traditionalistes", font de nombreux remous.

En résumé, les "modernistes" sont dans la crainte, les "traditionalistes" se réjouissent.

Entre ces courants, ou à côté, n'y-a-t-il pas une autre manière d'aborder le sujet ? Je pense qu'un autre point de vue est indispensable; c'est l'étude de la Tradition vivifiante, qui nous permet de passer au delà de ce dualisme, et de dégager une voie nouvelle.

Je voudrais ici me limiter à la question du chant et de la musique au sein de la Messe. Le chant, la parole tiennent une grande place dans la Liturgie; on peut célébrer sans icônes, mais sans le chant cela est impossible. Ce que l'on chante dans les églises, ou ce que l'on voit, est très révélateur des pensées.

De revisiter en profondeur la Tradition liturgique de l'Eglise est la condition indispensable pour que la liturgie reste "source et sommet de la vie et de la mission de l'Eglise".

Etat des lieux: une grande confusion

Le panorama actuel du chant liturgique est extrêmement varié. Comme le soulignait le pape, les cathédrales doivent servir de modèles. Je partirai donc de mon vécu de chanteur dans plusieurs de ces cathédrales. Ces cathédrales ont des Maîtres de Chapelle, des organistes, des choeurs, tous de très haut niveau. On assiste à un curieux mélange des genres, la même messe pouvant contenir du chant grégorien, baroque, contemporain et des cantiques.

Les musiciens cherchent plutôt à faire de la "grande musique", c'est normal, c'est leur métier. Mais est-ce que n'importe quelle musique dite "sacrée" est adaptée à la liturgie ? Il faudrait ici faire preuve de discernement dans le choix du répertoire. Est-ce que les cris de guerre du Kyrie de la Nelson Messe de Haydn ont un rapport avec la liturgie ?

Face aux musiciens se trouvent les tenants du latin et du grégorien, pour qui, seuls le latin et le chant grégorien peuvent apporter la dignité requise par la liturgie. A Metz par exemple, la Passion du Vendredi Saint est chantée en latin, et les pauvres participants à l'office n'y comprennent rien. Pourquoi ne la chanterait-on pas en français ? C'est tout à fait possible !

Dans le répertoire des cantiques, c'est un peu l'auberge espagnole. On y trouve de tout, du bon (Berthier, Gouze, Rimaud...) et le pire (musique style chansonnettes sur textes creux).

Tradition = latin ?

Oui, le joyau de la tradition occidentale est le chant grégorien. Il est important de l'étudier, de le connaître, mais peut-il encore être utilisé tel que dans nos églises ? Et si on l'utilise, pourquoi le chanter avec une esthétique du XIXe siècle ?

La liturgie requiert une participation consciente des fidèles. "Je prierai avec mon esprit, mais je prierai aussi avec mon intelligence, je chanterai avec mon esprit, mais je chanterai aussi avec mon intelligence" (1Cor 14:15). Or qu'en est-il de cette participation consciente si le texte entendu est incompréhensible ? On ne rétorquera que l'écoute d'un beau chant est une prière etc. mais la liturgie n'est pas faite pour cela... A force de dire que la compréhension et l'imprégnation n'ont pas d'importance, le langage théologique se vide de tout contenu vital, la foi devient vague, style new age...

La Tradition considère le choeur comme une chaire de théologie. S'il dit des paroles incompréhensibles, il ne remplit donc pas son premier rôle. "L'audition d'un texte incompréhensible rend la participation consciente à peu près nulle, ou ce qui est pire: magique" (MK). Le mystère glisse vers la magie et la foi se vide de sa substance.

Oui, il faut absolument garder le lien avec la tradition grégorienne, mais en veillant à ce que l'essentiel reste le principal.

Messe=concert ?

Les "messes concert" font place à la grande musique. Il faut se souvenir que la plupart des musiques d'église (sublimes parfois) ont été composées à une époque de décadence de la liturgie, à une époque où les fidèles ne participaient plus activement à l'office, mais assistaient passivement. Le Gloria, le Credo, le Sanctus sont des chants qui doivent être chantés par l'assemblée. Or on assiste à une grande démonstration musicale, dans laquelle et il n'est même pas possible de reconnaître le texte, puisque ce dernier n'a pas de discours continu, et en plus est décalé entre les voix. Essayons de traduire en français le "Dona nobis" de la messe du couronnement de Mozart: cela donne: Donne nou-ous, nou-ous la paix, donne donne donne nou-ous la-a pai-aix, la-a paix... cela fait sourire... De plus, le Sanctus est avec un long Benedictus rompt le rythme du canon eucharistique.

La confusion vient en premier lieu du terme "d'art sacré". "L'art sacré ça n'existe pas ! L'art est sacré dans son essence, s'il est bon il est sacré, sinon il est mauvais" (MK). La liturgie a besoin d'un art liturgique, cet art étant alimenté par une réflexion sur la Tradition de cette liturgie. La musique n'est pas automatiquement liturgique parce que les paroles sont celles de la messe, pas plus qu'une peinture devient une icône parce que le titre du tableau est "la Vierge"...

Citons Monseigneur Chevrot: "Je redoute la musique à l'église: ou elle est mauvaise et elle m'horripile, ou elle est bonne et elle me distrait. Dans les deux cas elle m'empêche de prier".

L'interprétation du chant est aussi importante. Des voix formées à l'école lyrique ne sont pas adaptées à l'office. Ecoutez les vêpres à Notre Dame de Paris, chantées par des professionnels... le ton employé, le lyrisme et le vibrato ne s'accordent pas avec l'office. L'interprétation du chant liturgique doit répondre à certaines règles que nous verrons plus loin.

Qu'est-ce que la Tradition ?

Pour avancer, il faut poser les bases de la réflexion; l'absence de réflexion sur ce qu'est la Liturgie et la Tradition ouvre la porte à tous les abus.

Comment définirions-nous la Tradition ? Je ne fais que répéter ce que Maxime Kovalevsky a enseigné à tous ses élèves: "La Tradition, c'est ce qui est contraire aux habitudes". Surprenant non ?Quand on parle des traditionalistes, l'image qui vient est plutôt le contraire... mais les traditionalistes ne sont pas attachés à la Tradition mais aux habitudes, ce sont plutôt des "habituditionnistes". "L'habitude, c'est le moindre effort, c'est une attitude statique et passive. A l'inverse, la Tradition exige un effort incessant de recherche pour se conformer progressivement à un idéal, c'est une attitude vivante, extrêmement dynamique. Dès que cette recherche s'arrête, la tradition devient habitude, et l'habitude en ce domaine, c'est la mort" (MK).

La Tradition n'est pas non plus le laisser-aller, surtout pas ! La Tradition est un fleuve qui traverse l'histoire de l'Eglise, un arbre sur lequel nous devons nous greffer. Cela nécessite un travail de recherche, d'étude, pour être dans la continuité de ce fil d'or. La Tradition, c'est l'Esprit Saint qui a soufflé dans l'histoire et qui souffle toujours aujourd'hui.

L'étude de la Tradition doit nous faire remonter aux racines, à la source. Nous devons aussi avoir l'esprit critique, voir les déviations que l'homme a apportées au cours de l'histoire, et avoir le courage de dépoussiérer ce qui doit l'être. Revenir à la fraîcheur et à la vigueur du message évangélique est un devoir absolu pour tout chrétien. Connaître les origines dans leur pureté initiale, étudier l'histoire nous permet alors de faire jaillir quelque chose de nouveau et d'ancré dans la Tradition.

Tradition et Liturgie

Un des premiers principes de la Liturgie, c'est que la participation des fidèles doit être consciente. Le Christ a longuement enseigné les foules et ses disciples... dans la langue du peuple (en araméen). Rappelons saint Paul: "Dans une assemblée, je préfère dire cinq paroles intelligibles... plutôt que dix mille en langues" (1 Cor. 14:19). Dans l'histoire, la liturgie a toujours été traduite dans la langue du peuple. Les liturgies antiques étaient-elles célébrées en latin ? Non, mais c'est le grec qui a été la première langue liturgique. Lorsque le grec ne fut plus compréhensible, il a fallu passer au latin, et la chose ne se fit pas sans discussions: "comment traduire les beautés de la théologie dans une langue de juristes et de militaires ?". Les partisans du grec ne pouvaient se faire à l'idée de traduire les textes en latin, et pourtant cela se fit et la musique s'adapta. Lorsque la Russie fut christianisée les textes furent traduits dans une nouvelle langue forgée pour l'occasion (le slavon).

La traduction des textes liturgiques est chose difficile, mais toute langue sur cette terre est apte à témoigner des merveilles de Dieu, l'Esprit Saint ne parle-il pas toutes les langues, tous les dialectes ? Maxime Kovalevsky, d'origine russe, disait souvent que le français est une belle langue liturgique.... La liturgie est le lieu par excellence où nous apprenons, où nous assimilons les textes bibliques et patristiques. Cette assimilation se fait par l'écoute et par le chant et ne peut donc se faire que dans notre langue. "Le chant est un langage qui permet de présenter d'une manière non doctrinaire et non scolaire, mais vivante, un enseignement dont la profondeur dépasse les possibilités de l'exégèse purement verbale" (MK). Qu'est-ce qui nous reste à 40 ans de nos études de langues étrangères ? quelques poèmes et quelques chants car le chant a un pouvoir d'assimilation extraordinaire. Qui aujourd'hui peut encore réciter par coeur quelques passages de l'Evangile ou quelques Psaumes ? Réponse: ceux qui les chantent !

La place du chant dans la liturgie est énorme. D'ailleurs, dans toutes les traditions religieuses, il en est ainsi... Quelle que soit la tradition religieuse, les textes sacrés sont chantés, jamais lus à voix parlée... Le chant est un constituant organique de la liturgie. Hormis l'homélie, tout devrait être chanté: les lectures, le canon, le Pater, etc. La musique liturgique est un art précis qui a pour but

- de porter la parole avec dignité

- de sortir l'homme de ses conditionnements extérieurs

- de le rendre disponible à la prière

- de le nourrir par l'assimilation des textes.

L'étude des trois grandes traditions musicales chrétiennes (Grecque, Russe et Grégorienne) nous révèle qu'elles sont bâties sur des structures similaires:

- la modalité

- l'absence de rythmique préétablie

- le style formulaire (voir travaux du père Jousse)

- l'interprétation "a capella".

Ces principes sont à la base de ce que doit être le chant liturgique. Avec la musique tonale et mesurée, c'est la musique qui prend presque toujours le pas sur le texte. Or c'est le texte qui doit guider la musique et non l'inverse; c'est un véritable retournement à effectuer dans l'interprétation que de partir du texte et de baser toute l'interprétation sur ses inflexions...

Témoignage d'une réponse possible

Quand je parle autour de moi de ces principes, à savoir que la liturgie peut être en français tout en étant enracinée dans la tradition grégorienne, on me répond invariablement que c'est impossible.

Or, cela fait soixante dix ans que la démonstration de cette possibilité a été faite. Cette démonstration n'est pas abstraite, mais elle est vécue et expérimentée au sein de l'Eglise Orthodoxe de France. Ce n'est pas ici le lieu de débattre de l'existence de cette communauté, mais de regarder objectivement son expérience liturgique.

La musique a été composée par Maxime Kovalevsky, émigré d'origine russe. Comme il composait pour des français, pour une Eglise de France, il s'est plongé dans la tradition grégorienne. Et de son travail, de son attachement viscéral à la Tradition est né une musique tout à fait originale. La musique de Kovalevsky est basée sur les tons grégoriens harmonisés. Parfois certaines mélodies grégoriennes ont été reprises telles que, le texte ayant bien sûr été traduit. Les harmonisations sont d'une grande sobriété, le compositeur ne cherchant jamais à se mettre en avant, mais s'effaçant avec humilité.

Maxime Kovalevsky a composé un cycle liturgique entier, ce qui donne à l'année liturgique une grande cohérence.

La rencontre avec cette musique a été pour moi un choc. J'entendais là quelque chose que je n'avais jamais entendu, et en même temps j'avais l'impression immédiate d'être chez moi, dans ma tradition.

Je ne dis pas que tout le monde doit chanter du Kovalevsky. Mais il a ouvert une voie nouvelle, qui est au delà du débat entre traditionalisme et modernité. Cette voie est celle de la Tradition qui ne se répète pas tout en gardant une profonde continuité.

Maxime Kovalevsky, (1903-1988) mathématicien et actuaire, musicologue et compositeur, liturgiste, maître de chapelle, professeur d'Histoire de la liturgie, des liturgies comparées et d'art sacré.

Principaux ouvrages:

- "Retrouver la source oubliée" (éditions Présence Orthodoxe)

- "Orthodoxe et Occident" (éditions de l'Ancre)

Pour écouter extraits: http://orthodoxie.free.fr/la sonotheque.htm

 

 

 

 

 


Lettre de Saint Léonard Septembre 2008

Le salut par les œuvres ?

Faut-il sauver son prochain ? Existons-nous uniquement dans cette vie pour sauver les autres ? Une telle attitude d’esprit serait tellement gratifiante… et si peu humble !

Dans notre monde, il y a tant de personnages qui veulent sauver l’humanité. Des gens biens sous tous rapports, moraux, parfois religieux, qui se laissent prendre au jeu des bonnes œuvres. Des hommes et des femmes qui dénoncent les injustices sociales ou les dictatures politiques, des héros qui défendent les petits et soutiennent les faibles.

Tous font de bonnes choses, soulagent ceux que la société de consommation et de la réussite a piétiné et laissé sur le bord du chemin.

Certains ont cru observer que dans notre dernière lettre nous relativisions quelque peu facilement la question des œuvres. Il ne s’agit là que d’une question de priorités. L’inversion de ces priorités, pour le chrétien, ne le mène qu’à l’activisme social, politique ou simplement à de l’humanisme teinté de morale chrétienne. On ne s’élève pas par les oeuvres. Elles ne sont pas un plaisir, de la vanité pour celui qui donne et une aumône redoutable pour celui qui reçoit.

Saint Cyprien de Carthage, l’une des trois lumières de l’Eglise d’Afrique (martyr en 258) avec Augustin et Tertullien écrivait:

« C’est ainsi que, par naissance spirituelle, on devient enfants de Dieu; c’est ainsi que, d’après la loi céleste, on reproduit la justice de Dieu le Père. Il a tout mis en commun pour notre usage, et tous les hommes sont appelés à jouir également de ses bienfaits. Ainsi le jour éclaire, le soleil brille, la pluie tombe, le vent souffle également pour tout le monde. Ceux qui dorment jouissent également du sommeil. La clarté des étoiles et la lune est commune à tous. Celui qui partage entre ses frères ses biens et ses revenus, imite, dans cette juste distribution, l’équité du Père céleste ».

L’évêque de Carthage définit la cause de la charité chrétienne et des bonnes œuvres: la naissance spirituelle par le baptême, l’entretien de cette vie intérieure par la prière et le jeûne. Mais, ajoute-t-il, cela ne suffit pas!Vaine est la prière, vains sont les jeûnes s’ils ne débouchent pas sur ce qu’il appelle l’obligation de l’aumône.

Pour le chrétien, il s’agit de la seconde étape. Reconnaître le Christ Lui-même dans son prochain battu, humilié, bafoué, souffrant, dans la pauvreté et dans le besoin; Ce Christ qui Lui-même, par miséricorde, s’est incarné, a souffert, est mort pour nous, pour tous les hommes.

Et Cyprien de conclure:

« Gravons ces enseignements dans nos esprits; sachons les aimer; qu’ils inspirent constamment nos bonnes œuvres. L’aumône, mes frères bien aimés, est une chose divine.. Elle est la consolation des croyants, le gage de notre salut, le soutien de notre espérance, l’appui de notre foi, l’expiation de nos péchés. Œuvre à la fois grande et facile, elle dépend uniquement de celui qui la fait. On n’a pas à craindre la persécution, c’est le couronnement de la paix. L’aumône est le plus grand de nos devoir envers Dieu; elle soulage la faiblesse et honore la fortune. Aidé par elle, le chrétien s’enrichit de la grâce divine; elle fléchit la colère du souverain Juge; il compte Dieu parmi ses débiteurs »

Ces pages « cadrent » de manière admirable, ce que sont les œuvres et la charité chrétienne.

Père Claude

 

Le bon samaritain

Homélie de l’évêque Jean

de Saint-Denis

Photo : ev-jean-nb.jpg

Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. Amen.

La signification immédiate de cette parabole du Christ est difficile peut-être à réaliser, mais aisée à comprendre.

Qui est notre prochain ? Ce n’est pas notre frère par le sang, les idées ou la confession, par la nationalité ou d’autres liens; il peut être étranger à nous sous tous les rapports; car le Samaritain était dans la vie normale séparé des Juifs. Sa vie coupée de la leur. Mon prochain n’est pas celui qui m’est bénéfique, mais celui à qui je fais du bien.

Les chrétiens ont donc pour frère: l’humanité. Elle est notre prochain. Non point qu’elle nous aime ! L’Eglise a été persécutée, les croyants sont souvent méprisés dans leur milieu. Non point qu’elle nous comprenne ! Chaque siècle déforme la doctrine du Christ, la haine de la religion fut forte et peut toujours augmenter … Certains pays, des sociétés entières s’efforcent de la détruire.

L’humanité est notre prochain parce que nous sommes destinés à l’amer et que nous l’aimons. Ceci est le sens direct, indiscutable de la parabole du Bon Samaritain; tout esprit en dehors même de l’Eglise peut le comprendre. Notre Sauveur nous demande d’êtres des soleils. De même que le soleil brille sur les méchants et les bons, Il veut que nous agissions non selon le monde extérieur, ce qui est ou ce qui n’est pas, Il veut que nous rayonnions la compassion sur l’univers.

Nous voici parvenus au deuxième sens: la compassion.

Dieu Se met en mouvement pour sauver notre terre, Il vient chez nous pour guérir les malades, tout comme le bon Samaritain. Cherche-t-il à satisfaire Sa justice, relever Sa Propre gloire ? A-t-il besoin de gloire ! Le mouvement intérieur de Dieu est la compassion. Lorsque ce sentiment éclôt dans l’âme d’un homme, son oreille s’ouvre à la vie divine. Compassion pour le pauvre, l’ignorant, le sourd, le persécuté, le malade, l’homme demi-mort … Admirables, les qualités de la compassion ! Elle est le moteur du monde nouveau, car c’est le respect qui pousse le compatissant vers le malheureux. Elle n’est pas charité extérieure, bien qu’il soit bon d’aider même extérieurement. L’homme qui souffre est sacré pour le compatissant, non par nature mais parce que le sentiment de compassion a pour racines la vénération et la délicatesse. Elle désire le bonheur des souffrants, elle bande les plaies, conduit à l’hôtellerie, paye à l’avance la chambre et se retire.. Elle est la base de la véritable culture chrétienne. La compassion met en mouvement Dieu immuable, inclinant les cieux afin que le Bon Samaritain, notre Seigneur Jésus Christ, descende parmi nous.

Cette parabole nous présente un troisième sens, magnifiquement développé par les Pères de l’Eglise: le Bon Samaritain, c’est le Christ. L’homme demi-mort symbolise, pour saint Ambroise de Milan, Adam, l’humanité tombée entre les mains des brigands. L’humanité est demi-morte et demi-vivante. Un regard attentif le discerne immédiatement: mi morte, ni vivante. Que de fois avons-nous l’impression devant certains êtres -beaucoup d’êtres- qu’ils ne sont plus tout à fait vivants. Certes, ils bougent, ils parlent, ils désirent, tout « cela » tourne, s’accomplit comme si c’était des ombres, des mannequins réalisant un mécanisme précis.. Certes, ils naissent, font carrière, amassent de l’argent, puis ils meurent. Entrons dans la vie spirituelle et nous prendront de suite conscience de ce quelque chose de mortel. Nous constaterons soudain que notre âme est appesantie, qu’elle dort, enchaînée à un rêve. Combien il est Difficile, alors, de se redresser, d’abandonner cet état demi-mort et demi-vivant.

Ni morte, ni vivante, voici la situation de l’humanité après le péché, tombée entre les mains des brigands diaboliques.

Les lévites et les prêtres voient le blessé et passent outre. L’ancienne loi divine, les métaphysiques et les religions d’avant le Christ voyant l’humanité demi-morte passent outre, car il aurait fallu, pour soigner un tel dénuement, s’abaisser. Seul, le Christ, par Son incarnation, pliant les cieux, Se penche vers nous, devient proche de nous. Il a reconnu dans l’humanité Son enfant, agissant envers nous comme envers Son prochain.

« Il était en voyage, arriva près de lui, et, le voyant fut touché de compassion », S’approcha de la misère… Il n’a pas craint les blessures, les laideurs du péché, Il S’approche, bande les plaies, verse l’huile et le vin. Nous sommes en face des trois grands sacrements: le baptême panse les plaies de nos péchés avec ses bandelettes mouillées d’eau baptismale; l’huile de la confirmation nous fortifie et nous console. L’Esprit Saint Se donne à nous et au monde par la Pentecôte, Il vient en nous; le vin, le Sang du Christ dans l’Eucharistie, nous purifie et nous vivifie.

Le Bon Samaritain veillant sur l’homme demi-mort est le Fils de Dieu qui s’incarne par compassion, pour être tout près de nous, semblable à nous. Dieu avec nous, comme nous. Il nous apporte trois sacrements: le baptême, la confirmation et l’eucharistie.

« Puis il le mit sur sa propre monture, le mena dans une hôtellerie ». Ainsi commence le salut de l’humanité après l’Incarnation. Le Christ place l’humanité sur Sa propre monture et la mène à l’hôtellerie: à l’Eglise.

« Il le mena dans une hôtellerie, et prit soin de lui ». Au début de la vie spirituelle, lorsque le Christ nous introduit dans l’Eglise, nous sentons réellement que c’est lui qui nous soigne, c’est la grâce d’appel. Sa main est Posée sur nous, Il nous dirige, mais ensuite il repart. Il passe et ne Se fait plus sentir. Il est venu nous chercher, Il S’est courbé sur nous, Il nous a soignés avec les trois sacrements, Il nous a conduits dans cette Eglise où nous pouvons tout recevoir.. L’âme a été touchée par la main bénie du Christ, puis, tout à coup, il ne lui reste que le souvenir. La grâce d’appel semble s’achever.

L’autre épreuve, l’autre étape s’avance. « Le lendemain », dit l’Evangile, « tirant deux deniers, il les donna à l’hôte et lui dit: « Aie soin de lui, et tout ce que tu dépenseras de plus, je te le rendrai à mon retour ». Les paroles du Christ sont faciles à comprendre, elles parlent à notre âme, mais quels sont ces deux moyens, ces deux deniers remis par notre Sauveur à l’hôte ? Saint Ambroise répond: ces deux deniers sont l’enseignement du Christ et les sacrements. Inépuisable enseignement de l’Evangile, inépuisable vie sacramentelle.

Mais pourquoi le Christ ajoute-t-il: « Tout ce que tu dépenseras de plus, Je te le rendrai à mon retour » ? Comment, la Tradition et les sacrements ne suffiraient-ils point ? Qu’est-ce, ce dépensé en plus ? La parabole ne le dit pas. Et « Je te le rendrai » ? Si le Christ le rend, c’est qu’Il ne l’a pas donné ? D’où viennent ces deniers non versés par la mains divine ?

Notre Seigneur prévoit que l’Evangile et la Tradition subiront au cours des siècles de nombreuses déformations et que, chargés d’infirmités, ils pourront perdre de leur puissance. Ne fermons pas les yeux. De même que pour l’humanité, notre vie personnelle contient des périodes où malgré les richesses célestes et terrestres de l’Evangile et de la Tradition, nous sommes pauvres et désemparés. Quels seront alors ces deniers que l’Eglise dépensera en plus et que Dieu lui rendra ? Ce sont la prière et le cri de l’Eglise elle-même pour toute l’humanité. Et le Christ « rendra », compensera cette dépense de force par la plénitude de la vie du Saint Esprit. La Liturgie appelle ce don ineffable: l’Epiclèse. L’Eucharistie symbolise les deux pièces déjà offertes par le Christ: « Prenez et mangez, prenez et buvez, ceci est Mon Corps, ceci est Mon Sang ». Cela, le Christ nous l’a accordé, ainsi que la puissance du sacrement de lier et de délier au ciel et sur la terre. Mais l’autre denier, celui que l’Eglise apporte, celui que nous apportons, c’est notre prière, l’Epiclèse, l’ardente Prière. Cette pensée soulève encore un voile de la parabole, montre un nouveau chemin. Mais si mes paroles ont pu éveiller votre désir d’aller plus avant, que Dieu soit loué. Amen.

 

 

 

 


Lettre de Saint léonard électronique août 2008

Tradition et connaissanceComme chaque année, nous nous sommes retrouvés à St Nectaire pour notre université d'été. Le temps d'une rencontre avec notre évêque, de l'étude; le temps de recharger nos batteries. En vrac, quelques réflexions:

La Tradition apporte la vraie connaissance. Qu'est-ce que la Tradition ? Ni statique, ni immobilisme, ni nostalgie du passé; la Tradition est le mouvement de l'Eglise vers le salut qui est la vision de Dieu. Tradition où se rejoignent le passé, le présent et l'avenir, le tout et l'infime, le collectif et le particulier, l'universel et le local. La Tradition de l'Eglise n'est pas non plus une addition de traditions mises bout à bout, elle est une. Elle est fondement et référence de l'Eglise du Christ jusqu'à nos jours, jusqu'à la fin des temps.

La Tradition, si elle est mouvement, elle est aussi enseignement ininterrompu de l'Eglise qui a précisé sa foi par les conciles oecuméniques (qui concernent et sont acceptés par toute l'Eglise). Précisions rendues indispensables par la survenance d'hérésies (éléments philosophiques, mystiques qui altèrent le message du Christ) dans les communautés chrétiennes.

Mais attention ! Ce qui peut être présenté comme traditionnel peuvent n' être que des habitudes, voire des usages, des particularisme locaux. Les habitudes sont le contraire de la Tradition, elles figent, congèlent, et ne mènent pas à la vraie connaissance.Que n'a-t-on pas dit sur la connaissance ! Et aussi sur les moyens d'ouvrir le coeur et l'esprit de l'homme sur les mystères de la vie.En tant que chrétiens et orthodoxes, nous osons dire que la connaissance est ni plus ni moins que la recherche, toujours en marche, toujours inaboutie d' un seul et unique but: l'intimité divine.

Les Pères de l'Eglise, dont saint Irénée de Lyon au IIe siècle, ont marqué la différence entre vraie et fausse gnose (connaissance en grec). Aujourd'hui, on dirait entre mysticisme et foi subjective, entre connaissance et foi objective appuyée et révélée par la Tradition.

La foi objective s'appuie sur l'enseignement de l'Eglise éprouvé dans les siècles par des générations de chrétiens. Elle est libre, elle ne force en rien, elle se laisse découvrir. Elle est mystère qui ne demande qu'à être scruté et non secret gardé et ouvert aux seuls initiés.

Après la théologie, la foi objective, intervient un nouvel élément: la mystique ou la contemplation. La mystique est le mouvement indispensable à la théologie pour que l'homme puisse découvrir la vraie connaissance. La théologie et la mystique emportent l'homme vers Dieu qui, dans sa grande bonté, s'approche et se découvre progressivement à celui qui le recherche.

Cette recherche de connaissance n'est pas celle du mysticisme ou de ce que les Pères nomment la fausse gnose et qui existe encore aujourd'hui: recherche d'un plaisir intellectuel qui s'accommode d'illusions engendrées par l'esprit humain, de constructions philosophiques intéressantes, des frissons mystiques étonnants. Non ! Sans la théologie, sans la Tradition de l'Eglise, la mystique n'a pas de base et va s'envoler vers une sorte d'anthropocentrisme duquel Dieu est absent. Sans la mystique, la théologie ne devient qu'une philosophie décharnée, sans intérêt, sans mouvement. Inintéressant !

Une autre difficulté survient lorsque nous abordons ce thème: la morale ou encore le moralisme. On confond souvent, dans certains milieux religieux ou laïcs, foi, spiritualité, morale, religion, art de vivre. La morale individuelle et la morale collective.

Le chrétien marche vers la sainteté, c'est à dire vers l'intimité divine, c'est là l'unique but qui conditionne alors un art de vivre en bonne intelligence et respect de la création mais cela n'a rien à voir avec les règles morales qui régissent la société dans laquelle il évolue. Il est probable par ailleurs que cet art de vivre en chrétien va trouver des points de convergence avec les règles de la société qui, pour l'homme en voie de déification, sont des conséquences et non des sources de vie ou un but à atteindre.

Si les bonnes actions, l'aide aux pauvres ne sont que les conséquences d'une vie spirituelle quelque peu aboutie, elles ne sont d'aucune façon une obligation. Elles sont un bien donné et non une forme de justice sociale ou morale que le chrétien serait en droit ou se devrait d'appliquer au monde. Si elles ne sont pas indispensables au salut de l'homme, les oeuvres sont utiles sur le plan social et en tant que témoignage. Le rôle et la mission de l'Eglise est, selon les paroles du Christ, d 'enseigner et de baptiser les nations au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. Notons que le Christ n'emploie pas le mot "convertir". La conversion est l'affaire du Saint Esprit !

Une autre difficulté rencontrée par les chrétiens de tous les temps est le respect des lois et des Autorités temporelles. Cela a été et est particulièrement vrai pour celles et ceux qui vivent dans des régimes totalitaires, athées, persécuteurs. L'apôtre Paul répond: "Soyez soumis..." Cela peut être choquant pour l'homme social que d'accepter un état d'injustice. Soumission ne veut pas dire approbation.

Les premiers chrétiens étaient persécutés par l'Empire. Pourtant, il étaient des citoyens vertueux, respectant les lois et vivant en bonne intelligence avec les institutions. Malgré tout ils étaient persécutés uniquement parce qu'ils refusaient de sacrifier et de rendre un culte au nom de César. De sacrifier à la créature plutôt qu'au Créateur. Et Tertullien de répondre dans son Apologétique: " (à l'empereur) Tu nous persécutes, tu nous fais tuer mais nous prions pour toi, pour que tu sois un bon empereur..." Ces temps troublés ont engendrés des martyrs et des saints comme nulle autre période de l'histoire. Le communisme, par exemple, a, lui aussi, produit des saints qui ne se rebellaient pas contre l'ordre social mais qui affirmaient Dieu dans leur vie.

Aujourd'hui encore, dans nos litanies, dites de saint Martin, nous prions: " pour notre pays et ceux qui nous gouvernent, pour que Dieu leur donne la sagesse afin que nous vivions dans la paix et la tranquillité; pour les magistrats et officiers... Nous prions pour tous ceux qui souffrent... pour ceux que nous aimons et aussi, dans les diptyques, pour nos ennemis et ceux qui nous haïssent.

Les lois évoluent, changent selon les sociétés et les hommes. Elles s'inspirent et inspirent la morale. Ces considérations mondaines retiennent ou aspirent l'homme dans les filets de l’oiseleur dont il ne peut, souvent pas se délivrer. Le respect des lois, de la morale, l’instauration de la justice ne sont pas des buts en soi qui puissent permettre à l’homme de s’élever vers Dieu; le respect de toutes ces vertus n’est que, répétons-le, la conséquence de la connaissance et de l’intimité divine.

L’acquisition de la paix intérieure demande un détachement face aux contingences matérielles, politiques, sociales. Cette disposition d’esprit n’est pas la négation de la vie en société pour vivre en vase clos et retiré du monde. La question centrale de toute vie spirituelle est celle des priorités et non de l’inversion de ces dernières. On ne peut s’élever par le monde par les oeuvres. Ce serait bon, bien; ce serait de l’altruisme. Si cette notion est morale, elle n’est pas religieuse et ne mène qu’à la satisfaction personnelle.

Alors, dans la Tradition de l’Eglise, dans son enseignement ininterrompu acquerrons la vraie connaissance qui fera de nous des hommes marchant vers la liberté intérieure dans le Christ à qui soit la gloire avec le Père et l’Esprit Saint aux siècles des siècles.

Père Claude

 

 

 

 

 


Lettre de St-Léonard électronique juin-juillet 08

L'âme et le rythme liturgique

Évêque Germain de Saint-Denis

La liturgie prétend et arrive quelquefois à rendre l'homme disponible à la grâce et nous allons essayer de voir comment l'âme humaine progresse à travers l'architecture liturgique pour devenir capable de Dieu. Ce n’est pas un thème inventé, il s’agit simplement de parcourir la liturgie et de regarder comment elle s’adresse et qualifie progressivement l’âme humaine. Vous savez que l’on peut considérer que dans tous les offices divins, il y a sept parties successives et ceci est vrai pour toutes les heures de l’office liturgique. Dans la liturgie de la messe, , il y a neuf parties, un peu comme les neuf registres angéliques et, ce qui paraît intéressant, c’est d’examiner ces neuf parties de la liturgie ecclésiale et de les greffer sur la liturgie de l’âme.

1. La première partie est la préparation de la divine Liturgie. Pour des personnes qui président à des offices liturgiques, il faut avoir ces quelques éléments-là. La préparation a un aspect multiple, c’est à dire, avant l’acte liturgique proprement dit, on doit se préparer. La préparation se fait dans le cadre que chacun connaît de par son activité, il y a des gens qui se préparent à la Liturgie dans la rue parce qu’ils arrivent à la dernière minute, d’autres arrivent par métro et certains ont la chance d’arriver dans l’église avant ce moment-là. Ils vénèrent les icônes, ils mettent des cierges et il y a tout un cadre qui est personnel. Mais l’élément central de la préparation, c’est l’acquisition de la paix intérieure. C’est la sortie de l’âme émotionnelle et de l’expérience de la vie immédiate, et l’on peut dire autrement, c’est introduire l’homme dans l’âme mystique, c’est à dire qui s’approche des Mystères. Cette préparation saisit d’avance, au-delà du monde empirique immédiat, l’exposé intérieur que sera la Liturgie qui va être célébrée sous forme symbolique. Que se passe-t-il ? On adopte dans son âme le lieu dans lequel on va se trouver. On adopte aussi d’avance les habitants de ce lieu qui vont célébrer avec vous et puis le mode de la tradition, le mode de comportement. L’âme se tourne alors du monde extérieur vers le monde intérieur et elle commence alors à vivre intérieurement. Il y a des conseils qui ont été donnés par les Pères de l’Eglise pour préparer la Liturgie, ils conseillent de lire les psaumes du Roi David. Pourquoi ? Parce que les psaumes sont les cantiques de l’âme. Ce n’est pas un moment pénitentiel, ni de présence divine mais de préparation. C’est une manière de s’ouvrir. Pour cette préparation il est objectivement bon de prendre du temps. L’âme se revêt d’attitudes qui apprécient par avance le mystère qu’on va célébrer. Il y a une multitude de manières de s’y prendre. Et ceci est vrai pour les offices divins, car accéder à un office divin sans un minimum de préparation, c’est dommage.

2. La deuxième partie de la Liturgie peut s’appeler l’introduction. Il y a l’entrée du temple, des mystères ou la petite entrée, quand il s’agit de l’entrée du clergé. On chante le praelegendum et dans les liturgies vespérales le Psaume cosmique. L’attitude de l’âme change, elle se met en face de la Divine Trinité, vers un Dieu personnel. L’on ajoute le Trisagion qui est une louange angélique et la bénédiction trinitaire: « Béni soit la Sainte Trinité... ». C’est un événement qui établit la dépendance de la créature vis à vis du Créateur. Dans la liturgie de saint Jean Chrysostome, on dit: « Béni soit le règne du Père, du Fils et du Saint Esprit ». L’homme dit à Dieu: Je suis ton serviteur. Et l’âme, de mystique qu’elle était à la préparation, devient religieuse. Et du point de vue physique, la position est toujours debout. D’ailleurs, le commandement diaconal le dit bien à ce moment-là: « Debout » et « Soyons attentifs ! ».

3. La troisième partie est le moment où, ayant franchi les collectes, le kyrie et éventuellement les hymnes, on commence à préparer la couche nuptiale avec les Psaumes, le Graduel, l'Alléluia, les lectures de l'Ancien et du Nouveau Testament. A ce moment-là, l'homme dépasse les illusions et tous les soucis qu'il avait traîné derrière lui. L'homme s'éveille dans son coeur et commence à prendre conscience de son âme. Pourquoi ? Parce qu'elle est enseignée. On passe dans un état d'âme qui n'est plus du tout religieuse mais que nous pouvons appeler état d'âme spirituelle, pneumatique c'est à dire capable de s'ouvrir à l'Esprit Saint. Dans cette partie de la Liturgie, un certain accomplissement se produit à ce moment-là, il y a Dieu et soi-même. L'univers n'est pas encore là mais il y a la Divine Trinité et soi-même. Au fond, c'est l'individu qui s'approche de l'Inconnu et de Celui dont il a reçu la bénédiction. C'est une sorte d'irruption de l'Esprit Saint qui prend l'homme tel qu'il est dans cette troisième partie de la Liturgie.

4. La quatrième partie, c'est la lecture de l'Évangile, ou dans l’office divin c’est le chant « Lumière Joyeuse » ou le « Cantique de Marie » que l’on chante aux Vêpres. De l’état d’âme spirituelle avec l’Évangile, on entre dans un état d’âme gnostique. On est debout en silence, on est sacrifié au Verbe et au moment où on entrera dans le Canon de la Liturgie, ce sera l’inverse, c’est le Verbe qui sera sacrifié à l’homme, les choses vont se renverser. Dans ce moment, les mots bombardent l’esprit et le coeur, et l’homme change. C’est une phase de connaissance et cette connaissance a un double aspect, c’est d’avoir un aspect de nourriture (on est nourri par la parole de Dieu) et un aspect de sacrifice (Dieu immole les hommes par son Verbe et par sa Parole et l’homme se tait). L’Évangile éclaire, il illumine et il transforme. Cette période-là communique un feu, une flamme avant d’être un enseignement moral. Car si c’est trop un enseignement moral, il n’y a pas cette puissance divine qui sanctifie l’homme et qui dépasse. Celui qui pénètre et ouvre le sens des Évangiles, s’aperçoit combien le sens moral est dépassé. Le cheminement est long. Il y a besoin d’une certaine lenteur parce que la recherche de Dieu l’exige. C’est une chose que tous les Pères spirituels disent: « Tu cherches Dieu, va lentement ». La position physique est debout.

5. Ce qui constitue la cinquième partie sont les demandes litaniques et l’Offrande, la Grande entrée qui est l’entrée du Christ à Jérusalem et qui est un moment de l’offrande universelle. C’est lorsqu’on chante: « Que toute chair humaine fasse silence ».. Et quelle est la caractéristique de l’âme ? ici l’âme devient ecclésiale, pourquoi ? D’abord les catéchumènes sortent. Ensuite la Foi est proclamée dans le Christ qui offre et qui est offert. C’est l’Offrande et l’Offertoire. Le Mystère est préparé. On apporte les sept offrandes, et la huitième, l’homme s’offre lui-même. Pourquoi est-ce un état ecclésial ? Parce que l’on associe les vivants, les morts, les saints, les anges et l’histoire. On ne peut pas dire finalement que cette étape soit seulement ecclésiale, elle est catholique dans le sens central du terme parce qu’elle contient la vision de tout et de tous. Et c’est une vision universelle qui ne peut pas être portée par tout le monde. C’est pour cela que, dans l’Eglise antique, on faisait sortir les catéchumènes.. Pourquoi je dis cela ? Parce que ce qu’on appelle le monde, c’est dans le sens un peu négatif du terme, saint Isaac le Syrien disait: « Qu’est-ce que le monde ? C’est le complexe des passions multiples. ». Vous pouvez retenir ce terme. Et ceux qui sont encore un peu mondains (dans ce sens-là) ne peuvent vraiment pas porter cette partie de la Liturgie parce qu’elle n’a pas été précédée par les autres étapes. Et je crois que c’est un peu un défaut, par exemple, de mettre les Litanies à caractère universaliste, dès le début de la Liturgie comme c’est fait dans la Liturgie de Saint Jean Chrysostome. Au fond comme la vision est catholique, on associe toutes les ordonnances de l’univers et cela ne peut guère venir qu’à ce moment-là.

Examinons un peu les demandes litaniques telles que nous les chantons.. Nos litanies sont les litanies dites « de Saint Martin », elles sont construites comme toutes les grandes litanies. Qu’est-ce que l’on fait dans les litanies ? Le regard embrasse l’univers et toutes ses nécessités. Mais on ne le fait pas n’importe comment. On commence par l’Eglise, les Eglises, ensuite l’univers, le monde politique, les évêques, les clercs, les malades, les temps, la prospérité, les persécutés, les persécuteurs, les animaux... C’est toute une chaîne et ces demandes sont placées là seulement au moment où les fidèles, les clercs et l’Eglise se sont dépouillés, ont abandonné le monde et se sont ouverts. Après que l’âme soit devenue mystique, qu’on se soit formé spirituellement, qu’on se soit relié à Dieu et que l’on ait pris conscience qu’on a un esprit par l’étape spirituelle. Après on s’est nourri, on s’est rempli de l’enseignement du Christ. Après avoir abandonné le monde, on s’arme spirituellement et ce n’est qu’après qu’on peut regarder le monde et prier pour lui. Mais on ne peut pas regarder le monde si on n’est pas armé. C’est pour cette raison que l’on met les litanies à ce moment-là. Que faire ? Avant de demander pour quelqu’un, on doit d’abord acquérir la paix. Dans la liturgie orientale, on dit d’ailleurs toujours: « En paix, prions le Seigneur ». Saint Jean Chrysostome dit juste et nous, nous disons: « de tout notre coeur et de tout notre esprit ». On peut dire cela à partir du moment où l’esprit a été éveillé. C’est le premier élément de cette prière litanique: avant de demander pour les autres, on commence à acquérir un peu de paix.

Comment elle se déroule? D’abord on embrasse l’unité de l’univers, puis à l’intérieur de l’univers, on place les distinctions. Et lentement, les demandes deviennent de plus en plus individuelles. Mais on ne fait pas l’inverse. Il y a d’abord tous les patriarches, ensuite tous les fidèles, puis vient le temple, puis vient le pays, puis viennent les fonctions, puis viennent les saisons, et ainsi de suite. On passe de l’universel au particulier ou au détail. Ensuite ce sont les demandes pénitentielles: "Prions pour ceux qui cherchent Dieu sans encore pouvoir Le nommer". Ce sont des demandes qui sont brèves, rapides, sans aucune explication. Le caractère de cette prière, c'est d'être universel et la liturgie ne peut être uniquement pour les malades, pas non plus pour un malade, ni pour telle maison, ni pour les patries ou telle patrie. Cependant si la liturgie est célébrée pour tel pays, pour tel malade, c'est certainement efficace mais on a souvent tendance à faire une liturgie pour monsieur untel et ainsi de suite.

Et pour que la prière porte, elle doit être dite de tout coeur et de tout esprit. Le Christ dit: "Le temps est venu où les adorateurs viennent qui sont des adorateurs en esprit et en vérité". Et cela doit être dit avec la foi totale. C'est une sorte de prière qui part comme une flèche, qui franchit les cieux et qui entre dans les entrailles divines, pourrait-on dire. Et alors là, si contrairement à ce qui a été dit tout à l'heure, l'initiation de l'âme doit être lente, l'âme approche lentement de Dieu, les Psaumes sont longs, les lectures sont longues, les Évangiles peuvent être très longs, par contre les demandes doivent être brèves. Cette brièveté dans la demande, en même temps que la lenteur pacifique pour aller vers Dieu correspond à ce qui est dit: « Cherchez le Royaume de Dieu et tout le reste vous sera donné par surcroît ». C’est à dire prenez le temps de chercher, faites appuyer votre esprit et votre âme mais dans l’action, soyez prompt, rapide, immédiat, spontané. C’est Jean de Cronstadt qui avait une expression très jolie: « Il vaut mieux se tromper que de traîner ». Dans l’action, ne traînez pas ! C’est un détail qui est très important. Nous devons tous retenir cela, l'homme doit prendre le temps de chercher (dans la quête de Dieu, la rapidité est mortelle) mais dans l'action il part. Dans la réalité concrète de la vie, , il faut prendre les décisions rapides, s'en tenir aux décisions et quelquefois même si on a l'impression que les décisions ont été trop rapides, même si elles semblent donner de mauvais résultats, mais parce que ce sont des décisions, Dieu rectifiera...

Quoi qu'il en soit, la demande est aussi importante et indispensable que la prière de contemplation et de louange, il y a besoin des deux: pourquoi ? Parce que la demande a une efficacité très grande. Elle ouvre l'homme à l'univers et l'empêche d'être égoïste. Elle le sort de lui-même. Elle fait qu'il n'est pas renfermé sur lui-même. Elle réalise le commandement: "Aime ton prochain comme toi-même". Par exemple lorsque l'on fait une prière de psalmodie, une prière de l'âme ou lorsque l'on écoute l'Evangile, il y a moi et il y a Dieu, et quelques-uns qui sont à côté, mais l'univers est absent. Par contre, quand on chante la Liturgie, l'univers est présent. Aussi, après les lectures, après ce commencement de transformation qui s'est opéré dans l'âme humaine parce que l'Evangile a été reçu et a nourri, après cette contemplation, on entre dans une action que l'on peut appeler gratuite ou royale, souveraine, post-contemplative qui est la demande universelle attachée à la demande individuelle.

Nous connaissons ce refrain tout à fait universaliste dans les liturgies qui est celui du "Kyrie eleison" qui revient souvent, c'est une sorte de prière perpétuelle. On peut trouver une prière répétitive et perpétuelle et on y retrouve ce que dit l'apôtre Paul: "Il vaut mieux dire cinq mots avec son intelligence que cinq mille ou dix mille en langues".Le désir de parler en langues fait qu'on peut être possédé par des esprits inférieurs et peut-être pas par l'Esprit de Dieu. Dans certains milieux chrétiens, même orthodoxes, on entend parfois que le don des langues serait le don le plus précieux. Mais l'apôtre Paul dit "cinq mots": une sorte de prière répétitive est plus profitable à l'âme que le don des langues qui peut être parfois dangereux. Dernier petit mot: "kyrie eleison" est un sujet intéressant, il semble qu'il allie la foi et une attitude de pécheur. On se voit pécheur, on demande à Dieu compassion, pitié et simultanément on confirme qu'il est le Seigneur et le Sauveur. Il est difficile de traduire cette sorte de pénétration de la grâce divine là où l'homme se trouve par la prière du Kyrie et c'est pour cela que si l'on dit: "aie pitié", c'est faible. Il vaut mieux garder le: "Kyrie eleison" tout le temps. Résumons tout cela ! finalement, l'âme catholique, c'est l'action du chrétien pour l'univers entier par la prière.

6. Vient ensuite la sixième partie qui est la Liturgie par excellence. Beaucoup de liturges et de Pères de l'Eglise ont appelé cela la mystagogie ou la théurgie, mot un peu compliqué, et je me demande si on ne peut pas appeler cela l'étape mystériologique. Que se passe-t-il ? L'homme devient capable du mystère de la Divine Trinité. C'est l'étape de l'action divine, d'un Dieu pour un Dieu et par un Dieu.. A ce moment-là, l'homme entre dans la déification. Dans l'Office divin, quand on chante les Vêpres, cette étape vient après le "Notre Père", par exemple, lorsque l'on fait dans les offices divins les bénédictions des huiles. Quelquefois, , on fait le sacrement à ce moment-là. Ce n'est pas toujours une étape inclue dans l'office divin mais dans la Liturgie, cette étape c'est le Canon lui-même ou la Consécration des Dons. Le monde alors se transforme dans la plus sublime des actions. C'est une action trinitaire, sacramentelle, suressentielle, transcendante, immanente, où l'homme est associé au monde angélique. On présente les dons et on dit: Nous ne sommes pas assez forts, que les anges nous relaient et présentent les dons. Et dans cette action, on trouve la création, la rédemption, l'ascension, la transfiguration, la déification, l'amour de Dieu pour l'homme. C'est l'action liturgique que rien ne peut enfreindre, c'est à dire que rien ne peut la ternir, rien ne peut la diminuer et l'âme humaine est capable du mystère.

7. Vient la septième partie: c'est la fraction du pain et le Notre Père. C'est le moment où l'on commence à s'acheminer vers l'immolation de Dieu à l'homme, c'est à dire vers l'eucharistie au sens plénier du terme. Ici le Notre Père, la prière dominicale qui fait la liaison entre l'étape mystagogique et l'eucharistie. Que se passe-t-il ? C'est tellement mystérieux avec le Notre Père, au fond on appelle l'action du Père sur la terre et on attire le feu du Saint Esprit sur l'être humain. J'ai l'impression qu'on peut dire ici qu'on appelle une nouvelle création ou une recréation de l'homme. C'est une étape ontologique au sens de la liturgie où l'homme retrouve ses capacités et son intimité avec Dieu et en même temps, il demande à Dieu d'intervenir. Dans l'Eglise primitive, le Notre Père n'était pas dévoilé aux non initiés, aux non baptisés, c'est pour cela que dans l'Eglise de Rome encore maintenant, on dit quelquefois le Notre Père à voix basse dans l'Office divin et on le disait uniquement à voix haute dans la Liturgie parce que les non initiés étaient sortis. A noter qu'il n'y a aucun élément pénitentiel dans le Notre Père, cela n'est plus le moment.

Alors vient la fraction du pain et l'immixtion des parcelles de pain dans la coupe. C'est l'union du Corps et du Sang, c'est la civilisation de l'ordonnance du monde qui va de l'origine du monde jusqu'au Christ, c'est l'oeuvre de la création qui s'unit avec la civilisation du vin qui est l'oeuvre de la liberté progressive des enfants de Dieu dont le chemin a été commencé par Abraham. Et la civilisation du vin va du Christ jusqu'à la fin des temps. Il est intéressant de mêler les deux, et la fraction du pain et l'immixtion sont liées au Notre Père. Au fond, le mystère de la déification de l'homme et la totalité du mystère eucharistique se trouve dans la prière du Notre Père: il y a le pain quotidien, (la vie, le travail) et le pain au-delà des formes qui est le pain de la Vie divine, c'est à dire que tout notre travail, la sueur de l'être humain doivent être vérifiés par Dieu et transformés par lui. On ne sait pas très bien comment appeler l'état d'âme qui préside à cela, sinon on peut le nommer l'état d'âme de Marie. Car, qui a accompli cette sorte d'union qui reprend l'ontologie et projette le monde dans son destin, sinon Marie ? Ou bien c'est un état d'âme où l'Eglise devient typique, c'est à dire elle fait ce qu'elle fait. Là, l'homme est présent droit devant Dieu mais en même temps, il est dans Son intimité.

8. La huitième partie, c'est l'eucharistie proprement dite, le centre de la Liturgie, à ce moment-là on entre dans un monde nouveau qui est le monde futur qui se prépare. Nous sommes dans les prémices de ce monde nouveau. Quels sont les éléments de cette partie de la Liturgie ? Premièrement il ne s'y passe rien. C'est un point, comme en acupuncture, on reçoit une parcelle et cependant c'est une touche qui est centrale. C'est comme la vérité, la vérité c'est un point. Si vous la déplacez un peu dessus, un peu de côté, un peu dessous, devant, derrière, ce n'est plus la vérité. La vérité, c'est un point unique, c'est comme le centre d'une sphère ou le sommet d'une montagne et dans la communion, cependant s'opère un renversement total des valeurs parce qu'il y a la Présence divine. Il est vraisemblable que si l'on ressent quelque chose à ce moment-là, on sent son âme, mais ce n'est pas Dieu. Il peut y avoir quelque chose de psychique à ce moment-là. C'est le premier élément au fond. Renversement mais point unique dans la vie. Deuxième élément de ce moment eucharistique, c'est que probablement, on ne peut rien en dire. C'est pour cela qu'il est difficile d'en parler. Vous savez déjà: dans l'amour humain, on ne peut rien dire, ni décrire et un amour qui se raconte, c'est peut-être un récit, c'est peut-être une mémoire de quelque-chose qui s'est passé. Peut-être ce qui est à ramasser ici avec l'eucharistie c'est que l'homme est complètement changé. C'est un moment de dynamisme total et c'est pourquoi nous donnons la communion fréquente, et à plusieurs. C'est un petit peu comme dit la parole de l'Institution: ce pain est rompu "pour vous et pour un grand nombre". Les mots sont prononcés. Il est à noter que le Christ n'a pas dit que c'était pour tous. Pourquoi ? Parce que s'Il avait dit que c'était rompu pour tous, cela devenait obligatoire, tandis que là, il ne veut pas obliger. Ce n'est pas un ordre mais seulement pour ceux qui veulent. Devant la communion, nous sommes quelquefois comme devant certaines intuitions de formules dans le domaine mathématique qui changent la perception scientifique de l'univers, d'une manière totale, et nous avons ainsi des petits faits perçus aussi dans les mystères qui changent la face du monde. L'état d'âme qui correspond à cette partie de la Liturgie qui est la communion, c'est l'intimité du monde à venir. On est déjà dans le monde futur.

9. La neuvième et dernière partie de la Liturgie, c'est lorsqu'on chante: "Nous avons vu la Vraie Lumière, nous avons reçu l'Esprit céleste", c'est une étape angélique. Cela doit être bref parce que on y expérimente un état de libération et on accélère liturgiquement le rythme de la Liturgie quand on arrive vers la fin parce qu'on est dans un avant-goût du paradis, une sorte de réjouissance, d'épanouissement où les épreuves n'ont plus de sens. C'est une sorte d'état d'enfance pour nous qui ne sommes pas des anges. Le clôture liturgique est double: premièrement, on proclame la Gloire de Dieu: "Bénissons le Seigneur", "Rendons grâce à Dieu", et ensuite il y a le souhait, l'envoi adressé par le prêtre aux fidèles, on dit: "Allez en paix", que le Seigneur vous sauve, c'est Lui qui vous aime, ainsi de suite.

Après ces neufs parties, vient peut-être un peu de silence, on boit, on mange, on danse, on fait le bien, on fait l'aumône parce qu'on a envie de donner, à mon avis, c'est le sens des agapes. Mais les agapes doivent être légères, pourquoi ? Parce qu'il ne faut pas tomber de l'état angélique, de l'état d'enfance dans un trouble grossier et dégradant.. Mais il ne faut pas non plus être triste et puritain. Alors la liturgie, surtout dominicale, c'est une fête. Précisons une dernière chose, il faut prendre des précautions avec ce qui vient d'être dit, pourquoi ? Premièrement, parce que jamais l'âme humaine ne peut être entièrement donnée à la joie, ni entièrement donnée à la tristesse. Dans la joie, on doit garder quelques souffrances sinon l'événement est monstrueux. En même temps, elle écrase, et la joie où il n'y a pas quelque chose qui ressemble un peu à la souffrance, en général devient une souffrance pour les voisins. Vous avez remarqué ces joies extraordinaires qui pèsent sur les autres, de même dans la tristesse il faut garder un peu de joie et rester ouvert aux autres. Et quand on arrive là, on peut dire que l'âme humaine est qualifiée, elle est passé de l'extérieur à l'intérieur, elle a acquis la capacité de Dieu. Après elle acquiert la capacité de se promener un petit peu comme la fiancée du Cantique des Cantiques et de danser devant la Face de Dieu. La sagesse est acquise et l'homme devient véritable. On pourrait peut-être faire le même exercice au sujet de la liturgie pour voir la qualification de l'esprit. Mais c'est un autre sujet à voir une prochaine fois. Mais souvenons-nous de ces différents caractères, on les connaît un peu et si on les repère, la liturgie peut prendre un sens plus actif pour ceux qui la célèbrent, les clercs et les fidèles.

 

Evêque Germain de Saint Denis

 

 

La prière liturgique

Réflexions de l'assemblée

 

"Le livre des Psaumes est l'être même d'Israël et le Cantique des Cantiques est son devenir"

Citation d'André Neher dans L'essence du prophétisme (ouvrage recommandé par Mgr Germain).

Il y a nécessité que les fidèles aient des initiatives dans la liturgie. Maxime Kovalevsky disait: "Il ne faut pas que les fidèles thésaurisent tout le silence, alors que le choeur thésauriserait toute la louange".

Dans la liturgie, il y a des choses chantées, dites et secrètes.

Il convient d'enseigner les fidèles sur le sens des termes (ex. la chair, le mémorial, ...)

L'inspiration dans la liturgie peut être faite par exemple:

à l'épiclèse (= prière de l'Eglise) où il y a prière silencieuse du prêtre (qui peut invoquer l'Esprit Saint avec les noms donnés par la Tradition et les Pères ou prier particulièrement pour telle ou telle personne).

L'épiclèse est en effet le moment où le prêtre introduit tous les détails de la vie, car l'Esprit Saint s'occupe des détails.

Dans les Collectes qui "ramassent" la liturgie: le prêtre peut y développer une inspiration à haute voix.

Il est important de donner aux fidèles le sens de l'offrande (l'un des noms antiques de la Liturgie) qui est nécessaire au dialogue liturgique, à ce théâtre sacré.

Le Royaume des cieux est l'esprit dans le coeur de l'homme. Cet esprit-silence se conquiert par la violence de l'effort: c'est un aboutissement.

Il y a trois ennemis pour ceux qui participent à la Liturgie:

l'ignorance de la grandeur de la Liturgie,

la routine et la somnolence,

la persécution par les soucis de la vie.

Ces trois formes de mort correspondant à un manque vis-à-vis des Personnes de la Divine Trinité:

ignorance par rapport au Verbe, au Fils,

sommeil par absence de l'Esprit Saint,

persécution par des soucis qui deviennent nos pères et nous empêchent de connaître notre Seul Père.

La répétition liturgique, même bien faite, n'est pas suffisante pour nourrir la vie et faire progresser. Il faut y rajouter une ascèse (effort personnel) et la pénitence. Maxime Kovalevsky disait: "il n'y a pas de bonnes habitudes". Quelquefois, il faut bousculer le rite pour qu'il ne devienne pas une habitude (par ex: par des catéchèses sur les changements du temps liturgique).

Le rôle de l'Eglise dans l'univers est de "distribuer la puissance divine au monde". La Liturgie tient se rôle et elle ne fait acception de personne, elle s'adresse à tous.

Une liturgie est réussie si elle a été préparée. Il convient d'inciter le maximum de fidèles à apporter sa pierre à la préparation de la liturgie (temps, offrande, fonction,...)

Il faut veiller aussi à favoriser le prolongement de la liturgie dans la vie quotidienne. Les agapes permettent de bien faire cette transition, car l'on vient d'être plongé dans la vie du Christ et l'on y expérimente des rapports nouveaux. Dans le mot "renvoi", il y a "envoi": à la fin de la Liturgie, nous sommes envoyés en mission